» La Directrice générale exprime sa tristesse après la mort de l’écrivain martiniquais Edouard Glissant
04.02.2011 - UNESCOPRESS

La Directrice générale exprime sa tristesse après la mort de l’écrivain martiniquais Edouard Glissant

© UN photo/Jean-Marc

La Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, a exprimé « sa profonde tristesse » à l’annonce de la mort de l’écrivain, poète et essayiste martiniquais Edouard Glissant, décédé à Paris le 3 février à l’âge de 82 ans.

« C’est une figure majeure de la littérature antillaise qui vient de s’éteindre mais aussi un écrivain engagé, a déclaré la Directrice générale. L’œuvre foisonnante qu’il nous laisse est un hommage au métissage et au concept de créolisation qui lui était si cher. L’UNESCO s’enorgueillit de l’avoir compté parmi ses collaborateurs puisqu’il avait dirigé le Courrier de l’UNESCO de 1982 à 1988 ».  

L’UNESCO rend aujourd’hui hommage à son collègue Edouard Glissant, défenseur de la mondialité, cette face humaine de la mondialisation.  

« Le métissage [dans la Caraïbe] n’est pas un consentement passif à des valeurs imposées », affirmait l’écrivain martiniquais Edouard Glissant dans un article paru dans Le Courrier de l’UNESCO en 1981 sous le titre « La vocation de comprendre l’autre ». C’était un an avant sa nomination au poste de rédacteur en chef de cette revue qu’il allait diriger jusqu’en 1988. « La Caraïbe apparaît (…) comme un lieu exemplaire de la Relation, où des nations et des communautés, qui ont toutes leurs originalités, partagent cependant un même devenir », estimait ce penseur de l’universel à qui nous devons le concept de « Tout-Monde » (titre d’un de ses romans paru en 1993). Il voyait le métissage non pas comme un simple mélange de cultures, mais comme une rencontre des différences, participant ainsi à forger la notion de diversité culturelle défendue aujourd’hui, comme hier, par l’UNESCO.

Quelque mois après avoir pris la direction du Courrier de l’UNESCO, Edouard Glissant avait publié un numéro intitulé « Guerre à la guerre : la parole aux poètes » (novembre 1982), avec la participation d’éminent écrivain du monde comme Adonis, Ginsberg, Labou Tan’si, Voznesensky, pour ne citer que ceux-là. Peu après, ce fut le tour aux « Théâtres du monde », à la « Civilisation de la mer », aux « Arts d’Amérique latine », à l’ « Histoire de l’Univers »… Le ton était donné : le Courrier de l’UNESCO allait s’affirmer comme un forum ouvert aux débats intellectuels à l’échelle internationale. Cette « signature » d’Edouard Glissant demeure indélébile sur les pages de notre revue.  

En 2006, Edouard Glissant avait participé à la célébration du Cinquantenaire du Premier congrès des écrivains et artistes noirs organisé en collaboration avec l’UNESCO. L’âge avait laissé ses marques sur sa peau, mais n’avait aucunement affecté l’esprit fougueux du jeune homme de 28 ans qui avait rejoint le groupe des intellectuels noirs en 1956 pour revendiquer haut et fort sa créolité.  

Né en 1928 à Sainte-Marie (Martinique), élève d’Aimé Césaire au lycée Schoelcher de Fort-de- France, Edouard Glissant s’est engagé activement dans la lutte anticoloniale, manifestant notamment en faveur de l’indépendance algérienne. Depuis Un champ d’îles (1953), et La Terre inquiète (1954) jusqu’au long poème Les Indes (1956), son écriture se fait l’écho l’oppression infligée au peuple antillais. Ses romans, comme La Lézarde (1958) ou Malemort (1975), évoquent également un peuple hanté par une histoire douloureuse et à la recherche de son identité.

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