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31.03.2017 - Commission océanographique intergouvernementale

La place de l'océan dans les négociations climatiques de la COP22 de l'ONU: Dévoilement d’une Feuille de route "stratégique"

Le Secrétaire exécutif de la COI, Dr Vladimir Ryabinin, modère le groupe scientifique lors de la journée d'action des océans à la COP22

La Commission océanographique intergouvernementale (COI) de l'UNESCO a contribué à mobiliser les gouvernements, la société civile et la communauté scientifique autour de grandes initiatives visant à inclure les questions océaniques dans le programme climatique de la COP22, et à fournir des solutions liées à l’océan pour faire face aux changements climatiques.

Toutes les photos de la COI à la COP22 sont disponibles ici.

Du 7 au 18 novembre 2016, la 22e Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP22) s'est penchée sur les initiatives et les solutions possibles pour faire appliquer l’Accord de Paris, accord historique sur le climat qui, pour la première fois dans l'Histoire, non seulement engage tous les pays pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais reconnait également le rôle crucial que possède l'océan dans la régulation du climat. L'Accord de Paris est entré en vigueur le 4 novembre 2016, après ratification par les pays responsables de plus de 55% du total des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Pour la Commission océanographique intergouvernementale de l'UNESCO, la COP22 a été l'occasion de profiter de l'élan de la COP21 pour consolider son engagement à l’égard de la sphère politique, de la recherche et de la société civile afin d’intégrer plus efficacement les problématiques liées à l’océan dans les mécanismes d'atténuation et d'adaptation aux changements climatiques. Le mot d'ordre à Marrakech était clair pour toutes les parties prenantes: l'action.

La Présidente du Forum mondial de l'océan et partenaire de longue date de la COI, Biliana Cicin-Sain, souhaite que davantage de considération soit accordée à l'océan dans les COP sur le climat. Elle a d’ailleurs invité les acteurs de la COP22 à se concentrer sur les « initiatives d'action réelle ... pour l'atténuation, l'adaptation, la gestion des migrations et l’allocation des ressources afin d’assurer que l’océan, les côtes et les Petits Etats insulaires en développement soient en mesure de faire face aux changements climatiques ». Tout au long de la COP 22, la COI a tenté de contribuer à l'agenda de solutions par une approche rigoureusement scientifique afin que la science continue d’être à la base du débat politique sur l’océan et le climat.  

Feuille de route "stratégique" pour des mesures en faveur des océans et du climat

La Journée d'action pour les océans fut  l'événement clé en lien avec l'océan et le climat à la COP22. Les 
discours d'ouverture de haut niveau de la Princesse Lalla Hasna du Maroc, de la ministre française de l'Environnement, de l'énergie et de la mer, Ségolène Royal, et du Commissaire européen chargé de l'environnement, des affaires maritimes et de la pêche, Karmenu Vella, ont grandement contribué à mettre en lumière cette journée spéciale dédiée aux océans, suscitant l'intérêt des délégations gouvernementales et observatrices de la Zone Bleue du site Bab Ighli.

L'événement de la journée du 12 novembre a su montré la manière dont le monde parvient à remédier aux impacts du changement climatique sur l'océan, les mers et les zones côtières et insulaires tout en annonçant de nouvelles initiatives totalisant une contribution financière de plus de 4 milliards de dollars américains d'ici 2020. 

Parmi les initiatives présentées lors de la Journée d'action pour les océans,
la Feuille de route stratégique pour des mesures en faveur des océans et du climat 2016-2021 offre un guide à toute la communauté des océans et du climat pour les cinq prochaines années ainsi que des solutions en lien avec l’océan pour l'atténuation, l'adaptation, le renforcement des capacités, etc.

Lire le rapport officiel des activités de la journée d'action pour les océans


La COI a participé activement au processus de consultation et de préparation qui a conduit à la publication de la Feuille de route « stratégique », en particulier concernant les thèmes du renforcement des capacités, et des sciences et observations océaniques. La COI souhaite mobiliser les gouvernements pour qu'ils investissent dans l'océanographie et les sciences marines pour améliorer la base de connaissances concernant les interactions entre les océans et le climat, notamment en renforçant les réseaux mondiaux d'observation océanique et en renforçant les moyens humains et techniques dans les pays vulnérables.

En plus de la Journée d'action pour les océans, la COI a organisé plusieurs événements parallèles dans les deux zones (négociations; et associations/société civile) afin de mobiliser le plus grand nombre d’acteurs possible autour des questions océaniques et climatiques. Par exemple, un 
side-event avec UN-Oceans (9 novembre 2016)  qui est un mécanisme de coordination impliquant toutes les agences des Nations Unies travaillant sur les questions océaniques ; et le Forum sur l’océan et le climat du 11 novembre 2016 ont été organisés conjointement avec la Plateforme océan et climat ainsi qu’avec le Global Ocean Forum.

Le Secrétaire exécutif de la COI, Vladimir Ryabinin, a souligné « la nécessité d'une meilleure communication entre les scientifiques et les décideurs politiques grâce à un nouveau cadre de collaboration pour transformer les sciences océaniques en actions climatiques ».

Solutions océaniques au changement climatique

Transformer les sciences océaniques en actions climatiques efficaces fut un thème commun à plusieurs événements parallèles organisés par la COI en partenariat avec divers gouvernements et institutions scientifiques. Le Secrétaire exécutif de la COI a participé à trois événements organisés par le Plymouth Marine Laboratory  et le National Institute of Oceanography and Fisheries d’Égypte, offrant une perspective intégrée et une mise à jour sur les implications du changement climatique pour les systèmes océaniques naturels et humains, incluant des thèmes sensibles tels que le réchauffement, l'acidification, la désoxygénation et l'élévation du niveau de la mer.

Plus que de simples mises à jour sur les sciences de l'océan et du climat, ces événements ont permis le partage de données hautement techniques avec les négociateurs et les décideurs du climat. La directrice du Programme "acidification des océans" de la National Oceanic and Atmospheric Administration des États-Unis (NOAA), Libby Jewett, a su vulgariser l'acidification de l'océan en une 
citation : "Ce qui va dans l'air, va dans l'océan!", en faisant référence à la relation étroite entre l’augmentation des émissions de CO2 dans l'atmosphère et l’acidification des océans. Cet événement, organisé conjointement avec l'Organisation météorologique mondiale, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, et d'autres agences onusiennes, s'est concentré sur la transformation d’informations scientifiques en données accessibles et utiles au public.

La COI a contribué à fournir une plateforme  de transmission des résultats scientifiques à une variété de décideurs nationaux, allant d’experts des régions polaires à des spécialistes du 
contexte africain. L’enjeu principal était la symbiose entre les solutions politiques et une base de connaissances scientifiques solide pour soutenir les solutions technologiques et écosystémiques aux changements climatiques. Le chef de la section des politiques maritimes et de la coordination régionale de la COI a souligné que « la science est nécessaire pour appuyer l'action, mais il ne faut pas oublier que la science a également besoin de l’action ». Dans un contexte où l'océan est dégradé par de multiples facteurs, l’interdisciplinarité se révèle plus nécessaire que jamais.

Carbone bleu: l’atténuation avec un grand A

Le potentiel de la science et des solutions existantes au changement climatique fut mis en valeur au pavillon de l'UNESCO le 10 novembre 2016, au cours d'un 
événement spécial consacré au carbone bleu, c’est-à-dire le carbone capturé par les océans et les écosystèmes côtiers tels que les herbiers marins, les mangroves et les marais salants.

Organisé par l'Initiative « carbone bleu », un partenariat entre la COI, Conservation International et l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), cet événement a démontré comment, le carbone bleu peut limiter la perte d'écosystèmes côtiers et stimuler leur récupération avec la mise en place de mécanismes de financement appropriés. L'animatrice de l'événement, Emily Pidgeon (Conservation International), a expliqué comment 
"au cours des cinq dernières années, le carbone bleu est passé d’un simple intérêt de la communauté scientifique à une question centrale ici à Marrakech".


Les chiffres sont là pour démontrer le potentiel du carbone bleu. Selon Jennifer Howard, de Conservation International, « le rétablissement de 25 à 50% des zones d'écosystèmes de carbone bleu pourrait entraîner une réduction des émissions de dioxyde de carbone de 20 millions de tonnes. » Cet énorme potentiel est un argument fort pour la conservation des zones d'écosystèmes de carbone bleu comme les mangroves, qui sont de véritables pôles de la biodiversité marine, mais qui sont menacées par plusieurs impacts découlant de l’activité humaine.

Mobiliser le secteur privé

Le dernier axe de la stratégie de mobilisation de la COI durant la COP22 était l’implication des principaux partenaires du secteur privé. Le Dr Ryabinin a notamment participé à un événement intitulé « L'Océan et le climat: de l'accord à l'action », organisé par l’entreprise environnementale française SUEZ. Le PDG de SUEZ, Jean-Louis Chaussade, a mis l'accent sur les conséquences de la pollution plastique dans son 
discours d'ouverture, exprimant son inquiétude vis-à-vis de l'idée que «d'ici 2030, nous risquons d'avoir autant de microplastiques que de poissons dans l'océan».

SUEZ a pris un engagement ferme et prononcé sur les questions océaniques et climatiques. En tant que partenaire de longue date de la COI, SUEZ a parrainé diverses initiatives de communication et de sensibilisation aux problématiques liées à l’océan, notamment par le parrainage des activités de la COI en lien avec la Journée Mondiale de l’océan, célébrée chaque année le 8 juin.

SUEZ et la COI désirent élargir leur partenariat en 2017 afin de coopérer lors de deux conférences phares pour la COI, soit la 2e Conférence internationale sur la Planification spatiale marine (15-17 mars 2017 à Paris) et la Conférence des Nations Unies sur l’océan (5-9 juin 2017 à New York).

Quelle est la prochaine étape pour l’océan et le climat ?

Dans la perspective de la COP22, la COI continuera de s'engager activement dans la politique et la recherche dans les domaines des sciences océaniques et climatiques. La mobilisation des partenaires gouvernementaux et des intervenants du secteur privé sera cruciale pour la mise en œuvre de la Feuille de route « stratégique » pour des mesures en faveur de l’océan et du climat.

La COI continuera d'agir comme point d’ancrage du dialogue entre le monde scientifique et le monde politique à l’échelle internationale, en coordonnant de nouvelles activités de recherche; et en identifiant les nouveaux enjeux liés aux conséquences du changement climatique sur l'océan, et à l'atténuation du changement climatique par la conservation et la restauration des écosystèmes côtiers et marins tels que les marais salants et les mangroves. L’objectif ultime étant de renforcer la contribution globale de l'océan à la réalisation des Objectifs de développement durable sur la conservation de l'océan et la lutte contre le changement climatique.

Consultez toutes les photos de la COP22  : on.unesco.org/2fZW27OIOC
Pour plus d'informations, veuillez contacter:

Julian Barbière (
j.barbière@unesco.org)




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