» Un océan à bout de souffle : ce que l’on sait de la désoxygénation
05.06.2018 - Commission océanographique intergouvernementale

Un océan à bout de souffle : ce que l’on sait de la désoxygénation

Denise Breitburg (Centre de recherche environnementale du Smithsonian)

D’éminents chercheurs de plus de 50 pays se réunissent cette semaine pour partager les dernières avancées scientifiques relatives aux impacts du changement climatique sur les écosystèmes océaniques, lors du 4e Symposium international sur les effets des changements climatiques sur l’océan, ECCWO (Washington DC, États-Unis, 4-8 juin).

Grâce à un milieu scientifique en plein essor, à des innovations et à des découvertes passionnantes, nous comprenons mieux à présent le système climatique de notre planète – mais comment pouvons-nous transformer ces connaissances pertinentes pour la prise de décision en mesures concrètes qui nous mèneront vers l’océan dont nous avons besoin pour l’avenir que nous voulons ?

Cette série d’entretiens vous invite à plonger au cœur des principaux thèmes du Symposium, à travers le regard de femmes qui ont consacré leur vie aux sciences océaniques. Leurs points de vue nous montrent à quel point la conservation et l'exploitation durable de l'océan dans un contexte de changement climatique représentent un enjeu vital, mais soulignent également le rôle important que peut jouer la communauté scientifique pour combler le fossé entre les connaissances et l’action.

Le Dr Denise Breitburg, chercheuse principale au Centre de recherche environnementale du Smithsonian (États-Unis) et coprésidente du Global Ocean Oxygen Network (GO2NE) de la COI-UNESCO, étudie les conséquences de la désoxygénation de l'océan. À travers le groupe GO2NE, elle a mené une étude internationale portant sur les causes, conséquences et solutions à la faible teneur en oxygène de l’océan dans le monde, dont les résultats ont été publiés par le magazine Science.

Pourriez-vous expliquer brièvement ce qu'est la désoxygénation de l’océan ?

Pour que des écosystèmes marins soient en bonne santé, ils ont besoin d'oxygène. Les animaux en ont besoin pour se développer, se reproduire et survivre. Mais la teneur en oxygène est en baisse en haute mer et dans les eaux côtières en raison de l'augmentation des températures mondiales et de la surcharge en nutriments. Cette problématique n’est pas isolée – les eaux se réchauffent et s'acidifient, la pêche bouleverse les réseaux alimentaires et les habitats marins peuvent se dégrader à cause des plastiques et autres polluants. Comprendre les causes et conséquences du déclin de l'oxygène, seules ou en lien avec d'autres facteurs de stress, peut nous aider à mieux protéger ces écosystèmes importants.

En quoi la compréhension du déclin de l'oxygène dans l'océan peut-elle bénéficier à la société ?

Comprendre le déclin de l'oxygène peut nous aider à améliorer la durabilité de la pêche et la sécurité alimentaire pour les personnes dont l’apport en protéines et la subsistance dépendent des poissons et des crustacés. Freiner et inverser la désoxygénation permettrait également de protéger d’autres services écosystémiques clés, tels que le cycle des nutriments – fournis par l’océan et les eaux côtières –, et de réduire le risque de retombées négatives sur le système climatique, ce qui pourrait aggraver le réchauffement climatique.

À partir de janvier 2021, la Décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques au service du développement durable mobilisera ressources et connaissances pour la gestion d’un océan plus sain et durable. Quelle est votre vision pour la Décennie ?

La Décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques au service du développement durable aidera les chercheurs du monde entier à travailler ensemble pour relever des défis scientifiques tels que le déclin de l'oxygène dans l’océan. En plus de souligner l’importance de la recherche océanique, la Décennie aidera également les chercheurs à travailler avec les décideurs politiques et les gestionnaires de ressources pour s'assurer que les politiques et les réglementations reposent sur des bases scientifiques solides.

Comment le Global Ocean Oxygen Network (GO2NE) de la COI-UNESCO peut-il contribuer au Plan scientifique de la Décennie ?

Le Global Ocean Oxygen Network (GO2NE) de la COI-UNESCO est composé de scientifiques issus de nombreux pays dont l’expertise s’étend de l'océanographie physique aux zones de pêche. Nos objectifs visent à :

  • Intégrer les divers efforts de recherche sur le déclin de l'oxygène en haute mer et dans les eaux côtières et offrir une vue globale et pluridisciplinaire du problème ;
  • Faciliter la communication avec les réseaux, systèmes d'observation, États membres de la COI, parties prenantes et décideurs afin de sensibiliser davantage à la problématique de la désoxygénation ;
  • Promouvoir le développement et la coopération scientifiques et identifier les domaines de recherche émergents ;
  • Augmenter les capacités de recherche et le transfert de connaissances.

Le GO2NE et ses membres continueront à fournir activement des informations sur le déclin de l'oxygène dans l’océan et les eaux côtières dans le cadre du processus de l'Objectif de développement durable 14. Nous avons mis en place une conférence scientifique internationale biennale portant sur la désoxygénation pour rassembler les chercheurs autour de cette problématique. Ils participeront à la formation de la prochaine génération de chercheurs et continueront à trouver des solutions pour ralentir le déclin de l'oxygène et ses effets. Je suis ravie de contribuer au Plan scientifique de la Décennie en tant que membre et coprésidente du GO2NE.

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La Commission océanographique intergouvernementale (COI) de l'UNESCO co-organise ce Symposium international quadriennal depuis 2008 en collaboration avec le Conseil international pour l'exploration de la mer (CIEM), l'Organisation des sciences de la mer pour le Pacifique Nord (PICES) et l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l’agriculture (FAO).

Suivez toutes les news du Symposium ECCWO sur Twitter @ECCWO !

Pour plus d'information, veuillez contacter :

Salvatore Arico (s.arico(at)unesco.org)

Denise Breitburg (breitburgd(at)si.edu)

Ou visitez :

Site web du Symposium ECCWO




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