» Qu'est-ce que la bioéthique ? En quoi est-elle liée à notre vie quotidienne ? Entretien avec Eugenijus Gefenas
26.01.2017 - Secteur des sciences sociales et humaines

Qu'est-ce que la bioéthique ? En quoi est-elle liée à notre vie quotidienne ? Entretien avec Eugenijus Gefenas

Eugenijus Gefenas © UNESCO / I. Marin

Dans cet entretien, M. Eugenijus Gefenas (Lituanie), Président du Comité intergouvernemental de bioéthique (CIGB), explique en quoi consiste la bioéthique et pourquoi l'UNESCO est un lieu unique pour le développement de la bioéthique et de l'éthique des sciences et des technologies.

Je préfère parler d’un ensemble de caractéristiques de la bioéthique pour expliquer cette discipline.

Premièrement, je parlerais de la bioéthique comme d’un ensemble des décisions problématiques sur la vie humaine et la santé. Cela s'applique tant au niveau individuel qu’au niveau collectif - les êtres humains individuels et l'humanité dans son ensemble. Ce qu’il faut garder à l'esprit, c’est que nous parlons de questions complexes et problématiques, ce qui signifie qu’il n’existe pas une seule bonne interprétation ou une seule solution au problème.

Habituellement, ces décisions problématiques conduisent à des points de vue conflictuels et controversés. Par exemple, si nous parlons de l’euthanasie, on entame une discussion sur la dignité humaine en fin de vie. Certains pays introduiraient des programmes d'euthanasie pensant que les souffrances des gens peuvent être insupportables, d’autres non. Il y a des opposants et des partisans à cette question. D'une certaine façon, lorsque nous parlons de bioéthique, nous sommes confrontés à des choix controversés et à des situations dilemmatiques. Nous devons choisir le scénario qui est le « moins mauvais ». Nous ne parlons pas souvent de bons scénarios.

Quand on parle de bioéthique, une autre caractéristique réside dans le facteur multidisciplinaire. Différentes disciplines sont liées à cette discussion sur les questions problématiques. Par exemple, il est important d'impliquer les médecins dans les débats, car ils décriront les faits scientifiques et les conséquences de suivre un scénario ou un autre. Il est également important d’impliquer des avocats pour les aspects juridiques et des philosophes pour réfléchir aux différentes valeurs et aux points de vue contradictoires. Cela reflète la nécessité d'une approche pluridisciplinaire.

Enfin, il est important de reconnaître la pluralité des visions du monde impliquées dans la délibération d'une problématique. C’est ce que reflète la Déclaration universelle de l'UNESCO sur la bioéthique et les droits de l'homme, qui décrit le fonctionnement des organismes nationaux de bioéthique comme des organismes pluralistes. Cela signifie qu'ils ne sont pas confinés à une seule religion ou philosophie. Ainsi, dans les cas où il pourrait y avoir des désaccords à cause de certaines perspectives religieuses, les dilemmes problématiques de la bioéthique peuvent être abordés à partir d'un certain parti pris. Cependant dans cette organisation, et probablement dans la plupart des pays européens, les organismes représentant ces réflexions sur la bioéthique insistent sur l’importance d’avoir des points de vue différents.

Pour résumer la bioéthique :

  • La bioéthique fait référence aux domaines thématiques et aux aspects problématiques de la vie humaine et des soins de santé. Sachant que cela s'applique au niveau médecin-patient, mais aussi, plus largement, à la santé publique et aux sciences humaines, ainsi qu'aux problèmes écologiques tels que le changement climatique.
  • Ensuite, il s’agit d’une approche multidisciplinaire – c.-à-d. qu’il y a des approches différentes face à ces situations problématiques. Il est important d'avoir des experts issus de la science, des sciences sociales et des sciences humaines. Leurs perspectives sont très pertinentes et il s’agit d’un travail commun.
  • Enfin, il est très important d'avoir une pluralité de points de vue sur le monde pour refléter les nombreuses interprétations et les solutions possibles.

Ces caractéristiques-clés constituent la discipline de la bioéthique.

Pourquoi pensez-vous qu'il est important pour l'UNESCO de travailler sur la bioéthique et l’éthique des sciences et des technologies ?

Je pense qu'il est essentiel de traiter les questions morales et sensibles relatives aux sciences de la vie et aux technologies. Et plus les organisations couvrent cette perspective, mieux ce sera. Pour l'UNESCO, c’est très pertinent parce qu’il s’agit d’une organisation qui représente les sciences et la culture. Donc, dans son essence, c'est une organisation multidisciplinaire qui couvre des domaines très différents de nos vies. C'est pourquoi je pense que la combinaison des sciences et des sciences humaines et la sensibilisation aux questions culturelles font de l'UNESCO un endroit très approprié pour une discipline comme la bioéthique.

En outre, c'est la seule organisation où nous pouvons avoir une perspective globale sur la bioéthique. Ceci est très important pour les pays en voie de développement. En effet, ces pays sont les endroits où les réflexions bioéthiques pourraient être transférées, étant donné qu’ils ne disposent pas toujours des ressources suffisantes pour le faire.

Enfin, nous avons mis en place un programme d’Assistance aux Comités de bioéthique (ACB) pour aider la création d'organismes nationaux de bioéthique dans différents pays, en plus des instruments préparés par les organes consultatifs de l'UNESCO, CIB* et COMEST*. Ceux-ci montrent la direction de ces réflexions à tous les pays du monde, en particulier aux pays en voie de développement.

Ce ne sont là que quelques-unes des principales raisons pour lesquelles l'UNESCO est un lieu unique pour le développement de la bioéthique et de l'éthique des sciences et des technologies.

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* Comité international de bioéthique (CIB)
* Commission mondiale d’éthique des connaissances scientifiques et des technologies (COMEST)




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