19.12.2011 - UNESCO

Comment les personnes atteintes du VIH sont-elles perçues à la télévision ?

Copie d'écran d'une des vidéos sur le VIH et le SIDA - © UNESCO

En juillet 2010, des études d’audience ont été menées auprès de la population dans une banlieue de Nairobi en coopération avec l’Université de Lillehammer, afin d'étudier la représentation des personnes vivant avec le VIH/SIDA dans les médias et la manière dont l’audience a réagi aux vidéos réalisées dans le cadre du projet UNESCO des jeunes producteurs de télévision sur le VIH et le SIDA. En outre, selon l’audience, est-il nécessaire de traiter du VIH et du SIDA à la télévision ? Le public en a-t-il assez d’une telle programmation ?

Les mini-documentaires d’intérêt humain diffusés au public ont été réalisés il y a deux ans par dix jeunes producteurs de télévision d’Afrique de l’Est. A l’époque, le travail consistait à dépeindre les personnes atteintes du VIH et du SIDA selon une approche généralement positive. Depuis, vingt-cinq personnes provenant de divers milieux sociaux et avec différentes vues politiques et religieuses ont été réunies pour représenter le public. Les quatre groupes de discussion étaient constitués également de personnes vivant avec le VIH et/ou représentants des minorités sexuelles.

Aucune recherche de ce genre n’avait été effectuée avant la préparation de ces vidéos par les jeunes producteurs de télévision. Pour le public vivant avec le VIH, c’était également une première puisqu’il allait être entendu. Naturellement, ce groupe de discussion a été plus critique à l’égard de la couverture médiatique sur le VIH que les autres groupes. Ayant une expérience de vie avec le virus, ils ont affirmé que les médias dressent encore le portrait des personnes vivant avec le VIH et le SIDA d'une manière souvent très perçue comme stigmatisante.

Au contraire, le groupe aurait aimé que les médias décrivent les personnes atteintes du VIH et du SIDA comme des gens actifs, qui peuvent tout faire, vivre longtemps et de manière positive. Il a également ajouté que les médias ne devraient pas diffuser des messages stipulant que les gens attrapent le virus parce qu’ils ont fait quelque chose de mal. Une des femmes du groupe explique :

« Les médias ne représentent pas bien la population atteinte du VIH et du SIDA. La manière dont ils le font est stigmatisante : comme attraper le VIH lorsque vous avez été infidèle. On ne contracte pas le VIH uniquement en étant infidèle ! Délivrer ce genre de message stigmatise la population, alors que certaines personnes ont contracté le VIH de manière somme toute innocente. Lorsqu’une telle annonce passe à la télévision, les jeunes enfants apprennent que l’on attrape le VIH quand on est infidèle. Donc si vous voulez être ouverts avec vos enfants et que vous voulez leur dire que vous êtes séropositif, devinez ce qui leur vient à l’esprit ? Ma mère a été infidèle ... ça c’est stigmatisant ! »

Un homme précise également que les messages médiatiques ne fournissent pas suffisamment d'information et peuvent par ailleurs être mal interprétés :

Personnellement, j’ai la sensation que les médias ont échoué. Je viens de la minorité sexuelle des gais et des lesbiennes et on ne nous a jamais démontré que l’on pouvait attraper le VIH en ayant des rapports sexuels avec un autre homme. Vous savez les gens pensent même que pour attraper le VIH il faut un homme et une femme, alors si je le fais avec un homme je ne crains absolument rien.

Ce groupe a également conclu que le VIH n'est pas un thème fréquent à la télévision, qu’un clin d’œil par-ci par-là n’est pas suffisant, et que les questions du VIH et du SIDA sont davantage visibles lors des campagnes telles que la Journée mondiale du sida. Ils croient aussi à une lassitude de la programmation télévisuelle sur le VIH :

Les gens en ont assez d’écouter les problèmes liés au VIH. Ils pensent tout savoir. Ils ne veulent ni regarder, ni écouter et parfois ni se sentir assimilés - après tout, je ne suis pas séropositif, alors quoi !

Un autre groupe de discussion composé d’adultes de plus de 30 ans a également conclu que l’on ne voit pas souvent des spots sur le VIH à la télé. Ils se sont demandés si ce ne sont pas les producteurs de télévision et les maisons de médias eux-mêmes qui seraient atteints de «lassitude».

Même si certaines des vidéos de l’UNESCO contiennent des images perçues par certains membres du groupe comme taboues (comme par exemple, celles décrivant les mutilations génitales féminines ou interrogeant des personnes représentant les minorités sexuelles), la majorité pense que ce contenu doit être diffusé.

Il en va de même pour l'information sur le VIH et le SIDA. Cette fois-ci, tous les groupes de discussion ont jugé nécessaire de poursuivre la diffusion du contenu sur le VIH et le SIDA. Il reste à déterminer dans quel genre ce type d’information devrait être présentée et auprès de quel public cible afin d’éveiller à nouveau l'intérêt des téléspectateurs.

Pour regarder les vidéos sur le VIH et le SIDA, veuillez cliquer ici.




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