13.03.2014 - UNESCOPRESS

La Commission de la condition de la femme des Nations Unies souligne le besoin de plus de femmes dans les médias

© UN photo/Tobin Jones - Les femmes continuent de courir des risques en Somalie - Une animatrice lit les informations à Radio Shabelle, l'une des stations de radio les plus populaires de la ville de Mogadiscio.

La révolution des technologies de l’information et de la communication (TIC) offre des opportunités de communication à travers les continents et les cultures sans précédent ; et pourtant, des inégalités persistent en fonction des possibilités d’accès et des compétences mises à disposition des femmes et des filles.

« L’accès aux technologies de l’information et de la communication ainsi qu’à des médias libres et indépendants : un moyen sûr de contribuer à l’égalité hommes-femmes et à l’autonomisation des femmes et des filles, » tel était le thème de l’une des manifestations parallèles de la 58e session de la Commission de la condition de la femme, organisée aux Nations Unies et coparrainée par l’UNESCO et la Mission permanente de l’Autriche. Le débat a insisté sur le besoin urgent d’autonomiser les femmes et les filles en leur donnant accès aux TIC, ainsi qu’en promouvant un environnement propice à des médias libres et indépendants capables de fournir des informations sans crainte de représailles ou d’attaques. 

« Nous ne pouvons pas discuter de l’accès aux TIC sans parler de l’importance de médias libres et indépendants : ce sont les deux faces d’une même pièce, » a souligné S.E. Martin Sajdik, Représentant permanent de l’Autriche auprès des Nations Unies. « Le rôle d’une bonne gouvernance et d’institutions efficaces – dont la liberté d’expression et l’accès à des médias et des informations indépendants, en vue de parvenir au développement durable – a souvent été mis en avant, y compris lors de nos discussions au sein du Groupe de travail ouvert sur les objectifs de développement durable. La capacité des journalistes et des professionnels des médias à effectuer leur travail sans crainte de représailles ou d’attaques est au cœur même de la promotion d’un environnement propice à des médias libres et indépendants. »

« Nous nous trouvons déjà à moins de 700 jours de 2015, à une époque où chaque gouvernement s’efforce de trouver de nouvelles sources de croissance et de catalyser le progrès. Nous nous rencontrons aujourd’hui afin d’examiner l’un de nos moteurs les plus puissants : les technologies de l’information et de la communication, » a déclaré la Directrice générale, Irina Bokova, avant d’ajouter : « Afin d’en approfondir les résultats, les TIC reposent sur deux piliers. En premier lieu, ces technologies doivent être inclusives : elles doivent réduire les clivages, et non les aggraver. En second lieu, elles doivent se baser sur le respect des droits humains et de la dignité. »

Le Gouvernement autrichien a soutenu les premiers résultats de la première étude mondiale sur la sécurité des femmes journalistes, intitulée « Violence et harcèlement contre les femmes dans les médias : une perspective mondiale ». Elle est le fruit d’une collaboration entre l’Institut international pour la sécurité de la presse (INSI) et la Fondation internationale des femmes dans les médias (IWMF), en partenariat avec l’UNESCO. D’après Elisa Lees Munoz, Directrice exécutive de l’IWMF, ces résultats ont révélé qu’environ deux tiers des femmes journalistes ont fait l’objet d’intimidations, de menaces ou d’abus en relation avec leur travail. En outre, elle a indiqué que la majorité des femmes victimes d’harcèlements ne signalent pas ce qui leur est arrivé, bien que plus de la moitié d’entre elles ait confirmé souffrir des conséquences psychologiques d’une telle expérience. 

D’après l’UNESCO, 33 femmes journalistes et professionnelles des médias ont été tuées entre 2006 et 2013. Irina Bokova note : « Cela représente 6% du nombre total de journalistes tués ; et nous savons bien que les femmes journalistes doivent faire face à de nombreuses autres menaces, comme l’intimidation et la violence, y compris sexuelle. Nous ne pouvons pas tolérer cela. En tant qu’agence des Nations Unies mandatée pour la promotion des libertés d’expression et de la presse, j’interviens et demande justice chaque fois qu’un journaliste est tué. »

La manifestation a réuni plus de 180 participants, dont des représentants d’Etats membres, des ONG et des médias. Outre Irina Bokova et l’Ambassadeur Sajdik, ont également pris part au panel de discussion Peter Launsky-Tieffenthal, Secrétaire général adjoint à la communication et à l'information des Nations Unies, Anne Bennet de la Fondation Hirondelle USA, Elisa Lees Munoz d’IWMF, et Pamela Falk, Présidente de l'Association des correspondants des Nations Unies et correspondante du réseau CBS. Le débat a été modéré par Saniye Gulsar Corat, Directrice de la Division pour l’égalité des genres de l’UNESCO.

Peter Launsky-Tieffenthal a expliqué la fonction du Département de l'information (DI) des Nations Unies dans l’usage des médias en vue d’autonomiser les femmes et de fournir de l’information dans les pays en transition post-conflit.

« Le Département de l’information fait tout pour communiquer les idéaux et l’œuvre des Nations Unies à travers le monde en offrant un soutien en matière de paix, de développement et de droits humains. Ces trois objectifs ne pourraient pas être atteints sans l’autonomisation des femmes et des filles ; les deux notions vont de pair, » a décrit Launsky-Tieffenthal. Il a mis en avant le travail du DI en cas de mission de maintien de la paix : le département participe au développement des médias dans des pays « qui ont traversé des périodes brutales de conflit et de divisions ethniques, » tels que la République démocratique du Congo (RDC), la Sierra Leone, ou encore la Côte d’Ivoire. « Dans ces pays, les Nations Unies représentent souvent le premier et seul média fiable capable de fournir aux habitants des informations certaines d’être justes et exactes, » a-t-il rajouté.

Radio Okapi en RDC est un exemple de cette coopération, fondée en 2002 en partenariat avec la Fondation Hirondelle. « La station fonctionne dans un environnement extrêmement fragile ; et pourtant, elle constitue une source constante d’informations indépendante, professionnelle, et crédible. »

Anne Bennett, Directrice exécutive de la Fondation Hirondelle USA, a insisté sur le rôle joué par la radio en tant qu’outil d’information essentiel pour les femmes. Hirondelle USA est une organisation à but non lucratif – née d’un partenariat avec l’ONG suisse Fondation Hirondelle – qui participe au développement et au maintien de médias indépendants dans les pays en transition et en période de post-conflit. Bennett affirme que, parallèlement, davantage d’efforts doivent être déployés pour soutenir les femmes dans les médias et fournir un environnement propice à leur développement professionnel.

« Nous devrions non seulement soutenir les associations professionnelles de femmes en tant qu’agences de formation, de collaboration, et de sensibilisation, mais également investir dans des programmes universitaires qui offrent une formation théorique et pratique, une collaboration interdisciplinaire, et des échanges au niveau régional, » a proposé Anne Bennett. « Les salles de rédaction devraient refléter la société dans sa diversité, que ce soit en termes de genre, de religion, de tribu, ou d’ethnicité. Les rédacteurs et directeurs de médias devraient favoriser la collégialité au sein de la radio, et s’assurer que les hommes et les femmes se font entendre de façon équitable lors des réunions éditoriales, mais aussi sur les ondes. »

« Qu’ils soient diffusés en onde courtes, en FM ou sur un téléphone portable via Bluetooth, les médias ont le pouvoir de transformer non seulement les femmes qui travaillent dans les médias, mais également les très nombreuses auditrices. Comprendre ce qu’elles veulent, ce qu’elles écoutent, les informations qu’elles recherchent absolument et dont elles ont besoin dans leurs vies est au cœur de notre travail en tant que radiodiffuseurs. »

En tant que journaliste, Pamela Falk connaît bien les menaces faites aux femmes, et a salué la mise en place d’une étude mondiale qui fournisse des données sur la nature et l'étendue de ces menaces.

Elle a résumé son point de vue par un proverbe : « l’information, c’est le pouvoir, » a-t-elle conclu. « Et compte tenu de ce rapport, l’information, c’est également assurer la protection. »




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