13.02.2007 -

Les habitants des Caraïbes sur la même longueur d'ondes

D'Haïti à la Jamaïque en passant par la Guyane, des stations de radio locales, regroupées en réseau, peuvent désormais mettre leurs ressources en commun par-delà les barrières linguistiques et géographiques grâce à un portail Internet.

C'est une idée qui a mis longtemps à voir le jour. Elle est pourtant simple : donner aux habitants des Caraïbes la possibilité de partager « en direct » leurs problèmes grâce à un réseau de radios.

 

Depuis des années, l'UNESCO soutient les stations de radio de proximité dans les pays en développement, notamment à travers son Programme international pour le développement de la communication (PIDC). Mais ce n'est qu'au cours de ces dix dernières années que le développement d'Internet et des technologies associées ont changé la donne. Riches ou pauvres, les jeunes veulent désormais avoir accès aux technologies qui leur permettent de se divertir et de communiquer.

 

Mais si la technologie a fait des progrès fulgurants, le problème principal reste le même : comment inscrire dans la durée les projets de développement de la communication ? Dans tous les cas, la difficulté consiste à disposer de ressources humaines, mais aussi technologiques et économiques, à long terme.

 

Des hauts et des bas

 

L'UNESCO et le PIDC jouent un rôle clé pour tenter d'intensifier la collaboration et les échanges entre des communautés qui sont parfois très éloignées les unes des autres. Des formations portant sur divers aspects du fonctionnement et de la gestion de centres multimédias sont assurées dans des stations de radio en Guyane, au Surinam, en Jamaïque, en Dominique, au Belize, à Cuba et à Haïti.

 

Mais certains de ces centres multimédias communautaires (CMC), qui abritent aussi des stations de radio, reposent sur des contributions bénévoles. Aussi leur arrive-t-il de passer par des moments difficiles et ils risquent fort de connaître encore des hauts et des bas.

 

Lors d'une réunion organisée en octobre 2005 au Surinam, les différents acteurs concernés ont décidé de créer un réseau régional regroupant les CMC. Cette décision a été le point de départ du processus de mise sur pied de ce réseau attendu depuis fort longtemps. L'UNESCO y a participé en finançant la création d'un portail Internet permettant à tous les CMC intéressés de diffuser leurs émissions sur le Web par l'intermédiaire du site Internet « Multimedia for Caribbean Communities » (MCCLinks).

 

Pour Alton Grizzle, du bureau de l'UNESCO à Kingston, actuellement responsable de la mise en œu projet, « La création du portail Internet des radios des Caraïbes permet de réaliser localement puis de mettre en commun davantage d'émissions, d'élargir l'audience des médias de proximité et d'offrir un espace commun dédié à l'expression et à la créativité. »

 

Radio en ligne

 

Dans un premier temps, les trois ou quatre stations de radio disposant des moyens les plus importants diffusent leurs émissions en continu sur Internet en direct. Tant qu'elles ne pourront pas en faire autant, les autres stations enverront leurs émissions par e-mail ou par courrier envoyé au CMC ROOTS FM, qui est chargé de centraliser ces émissions et d'en planifier la diffusion.

 

Les acteurs du « Projet radio régional » (RRP) travaillent en collaboration avec plusieurs stations de radio de proximité des Caraïbes pour les aider à développer leurs capacités de réalisation et de diffusion d'émissions. La gestion technique du portail est assurée par le « Container Project », un genre de CMC situé dans une zone rurale en Jamaïque et qui a lui aussi vu le jour grâce à l'aide de l'UNESCO et du PIDC.

 

Mervin Jarman, fondateur et responsable du « Container Project » donne un exemple du type de contenu que les radios de proximité peuvent partager : « Nous disposons d'un grand nombre d'émissions enregistrées en Dominique : des reportages sur les conséquences du passage de l'ouragan Ivan, en particulier sur la vie des jeunes. Je les ai trouvés absolument captivants. Ici aussi, dans ma propre communauté, des jeunes gens pourraient voir leur vie s'écrouler après le passage d'un ouragan. En écoutant ces gens, j'ai ressenti ce qu'ils avaient ressenti. »

 

« Il est vrai que nous attendons ce moment depuis longtemps et la seule ombre au tableau est le fait que de nombreuses communautés demeurent si reculées que pour elles, accéder à tout cela reste un défi », explique Rosamond Brown, animatrice de ROOTS FM. Un défi qu'elle espère réussir à surmonter avec le temps.

 

Sonia Mills, à Kingston, Jamaïque




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