01.07.2015 - ODG

Irina Bokova à Chatham House : « La culture doit être en première ligne de l’édification de la paix »

UNESCO

Le 1er juillet 2015, la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, a donné une conférence à Chatham House, Royal Institute of International Affairs, sur le thème : « Patrimoine culturel : nouvelle cible de l’extrémisme », lors d’une manifestation présidée par Martin Roth, Directeur du Victoria and Albert Museum.

« Le patrimoine est en première ligne des conflits – il devrait être en première ligne de toute stratégie de paix », a déclaré la Directrice générale devant une salle comble, en rappelant l’importance de protéger la culture pour une future réconciliation.

« De tout temps, la culture a été victime de la guerre – subissant des dommages collatéraux ou directement prise pour cible par le pillage », a ajouté Irina Bokova. « Mais la situation à laquelle nous assistons aujourd’hui est inédite, de par son ampleur et sa nature. Elle nécessite des mesures inédites des États et de la communauté internationale. »

La Directrice générale a rappelé à son auditoire que l’UNESCO célébrait cette année le 70e anniversaire de sa création à Londres.

« L’audace a donné naissance à l’UNESCO il y a 70 ans, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. L’UNESCO a son Siège à Paris, mais c’est ici qu’elle a vu le jour, à l’Institute of Civil Engineers », a précisé Mme Bokova. « Je suis convaincue qu’il nous faut la même audace aujourd’hui pour combattre les nouvelles menaces que constituent l’extrémisme violent et le nettoyage culturel. »

Mme Bokova a présenté les quatre axes d’action de l’UNESCO à cet égard : « Premièrement diminuer les risques de destruction et de pillage par le suivi et le renforcement des capacités ; deuxièmement, lutter contre le trafic en travaillant avec les pays voisins et les partenaires internationaux ; troisièmement, recenser les biens détruits et préparer leur reconstruction ; et quatrièmement, combattre la propagande de haine et de discorde en empruntant de nouvelles formes de communication ».

La Directrice générale a évoqué ici la résolution 2199 du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies sur le financement du terrorisme adoptée en février dernier, qui établit un lien entre la destruction et le pillage, et dont l’application est menée par l’UNESCO avec d’autres partenaires.

« Ce sont de nouvelles formes de conflits dans ce qui est une guerre planétaire pour les cœurs et les esprits », a déclaré Mme Bokova.

« C’est pourquoi je me suis rendue à l’université de Bagdad en mars dernier pour y lancer #UnisPourLePatrimoine, une campagne mondiale sur les réseaux sociaux. Les mêmes objectifs guident le nouveau cadre d’action de l’UNESCO inauguré il y a deux semaines – Autonomiser les jeunes au service de l’édification de la paix – en vue de munir les jeunes de connaissances, de compétences et de valeurs nouvelles pour qu’ils s’engagent en tant que citoyens du monde et opposent une résistance à la radicalisation et l’extrémisme violent. »

Un débat animé s’en est suivi qui a porté sur les diverses axes d’une approche totale, notamment l’éducation à la citoyenneté mondiale, les actions et les mandats des forces de maintien de la paix et les poursuites judiciaires pour ces crimes de guerre.

« Les attaques portées contre la culture ne sont pas un simple problème culturel, elles posent un problème de sécurité et un problème pour la construction de la paix », a déclaré la Directrice générale, ajoutant qu’il fallait « sortir des cadres de la culture pour bâtir une vaste coalition comprenant des acteurs du domaine de la sécurité, afin d’élaborer des politiques faisant le lien entre les impératifs humanitaires, sécuritaires et culturels. »

« Le nettoyage culturel est une agression contre les peuples d’Iraq et de Syrie, une agression contre l’humanité que nous partageons tous. »

Irina Bokova a rappelé l’engagement qu’elle a pris de reconstruire les mausolées de Tombouctou, au Mali, et l’achèvement de cette reconstruction, comme un élément essentiel du processus de paix.

Le même jour, la Directrice générale a participé à une table ronde d’experts organisée par le Département de la sécurité internationale à Chatham House, sur le thème : « La culture en première ligne : protéger le patrimoine culturel dans les zones de conflit ».

La table ronde présidée par Peter Stone, professeur en études du patrimoine et Directeur de l’École des arts et des cultures à l’Université de New Castle, a rassemblé des experts et des chercheurs, des représentants d’ONG et des hauts fonctionnaires, notamment de la police et des force armées, ainsi que des représentants des médias et des salles des ventes pour une réunion qui s’est tenue selon la règle de Chatham House.

Les débats ont été exhaustifs, allant de la gestion des connaissances et du partage de l’information, à la recherche et la communication, domaines où l’UNESCO peut remplir des rôles essentiels au profit d’une prévention plus proactive.




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