09.11.2013 -

La Directrice générale de l'UNESCO déplore que les Etats-Unis aient perdu leur droit de vote

© UNESCO/Emilien Urbano - Irina Bokova, UNESCO Director-General

Depuis que l’Organisation a voté l’admission de la Palestine en 2011, les États-Unis ne s’acquittent plus de leurs cotisations à l'UNESCO en vertu d’une loi américaine datant des années 1990. Les États membres qui ne paient pas les cotisations pendant deux ans perdent leur droit de vote à la Conférence générale de l'UNESCO. Cette règle est entrée en vigueur pour les États-Unis le 9 novembre 2013. La Directrice générale a fait la déclaration suivante après l’annonce de cette décision :

Discours de la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, à l’occasion de la de la perte par les États Unis de leurs droits de vote

Excellences, Mesdames et Messieurs,

En qualité de Directrice générale de l’UNESCO, je voudrais dire que je déplore la perte par les États- Unis de leurs droits de vote.

L'universalité est essentielle à la mission de l'UNESCO et à la mise en œuvre des ambitions qui mènent cette Organisation depuis 1945.

Les États-Unis ont aidé à définir cette mission et ces ambitions.

Je l'ai dit auparavant, et je veux le redire aujourd’hui.

Aujourd'hui, je suis convaincue que l'UNESCO n'a jamais été aussi importante pour les Etats- Unis - et les Etats-Unis pour l'UNESCO.

Le travail de l'UNESCO pour lutter contre la pauvreté et promouvoir le développement durable est soutenu, je le crois, par le peuple américain.

Je crois que le travail de l'UNESCO pour faire progresser l'alphabétisation et l'éducation de qualité comme moyens de lutte contre l'ignorance et l'intolérance est soutenu par le peuple américain.

Notre action pour lutter contre l'extrémisme, contre le racisme et la discrimination, par l'éducation, par la sauvegarde de notre patrimoine culturel commun, est, je le crois, partagée par le peuple américain.

Je crois que notre action pour l'autonomisation des filles et des femmes est partagée par le peuple américain.

Je crois que nos efforts pour mobiliser les nouvelles technologies afin d’améliorer la qualité de l'apprentissage est soutenue par le peuple américain.

Je crois que notre action en faveur de la liberté d'expression, du développement des médias, est partagée par le peuple américain.

Je crois que notre action pour la coopération scientifique, la durabilité de l’océan, est partagée par le peuple américain.

Je crois que notre action pour soutenir les sociétés qui sont confrontées à des situations d'urgence, des catastrophes et des conflits est partagée par le peuple américain.

Je crois que tout notre travail pour protéger les droits humains et la dignité en tant que fondement de la paix durable et du développement durable est soutenu par le peuple américain.

Tel a été mon message depuis la dernière session de la Conférence générale.

Malgré la suspension des contributions, depuis 2011, nous avons lancé de nouvelles initiatives et approfondi notre partenariat avec les Etats-Unis, dont la signification n’a jamais été aussi haute.

Ce partenariat s'incarne dans notre travail pour la sauvegarde du patrimoine, pour aider les pays en transition,

... il s’incarne dans notre programme pour l’éducation au Respect pour tous.

... il s’incarne dans le Partenariat mondial pour l'éducation des filles et des femmes, lancé avec la secrétaire d'État Hillary Rodham Clinton en 2011,

... Il s’incarne dans le travail de Samuel Pisar, Ambassadeur honoraire et Envoyé spécial pour l'enseignement de l'Holocauste,

... dans le nouvel Institut international pour la paix, créé à l'Université de Rutgers l’année dernière avec notre Ambassadeur de bonne volonté Forest Whitaker,

... dans notre travail avec la communauté universitaire américaine, la Chaire UNESCO sur l'alphabétisation et l'apprentissage de l'Université de Pennsylvanie, la nouvelle Chaire UNESCO sur l’enseignement des génocides à l'Université de Californie du Sud,

... il s’incarne dans notre interaction avec le United States Geological Survey, avec le US Army Corps of Engineers, et la communauté scientifique américaine pour la science et la recherche en gestion durable de l’eau.

... dans la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse à Washington DC en 2011, avec le National Endowment for Democracy,

… notre partenariat s’incarne dans notre coopération avec de grandes entreprises du secteur privé, Microsoft, Procter & Gamble, Cisco,

... dans la promotion de la Journée internationale du jazz, pour célébrer la diversité culturelle sur le fondement de la tolérance et du respect.

Ce ne sont que quelques exemples.

Notre partenariat est solide, car il s'appuie sur des valeurs partagées. Il est riche, parce qu'il poursuit des objectifs communs.

L’UNESCO est en première ligne de l’action internationale pour édifier des sociétés ouvertes, respecter les droits humains et la liberté, soutenir les transitions démocratiques, à travers l'éducation, la culture, les sciences, la communication et l'information.

Ce travail n'a jamais été aussi important, et va se poursuivre.

Les États- Unis ont aidé à façonner l'UNESCO en 1945.

Le poète, diplomate, qui fut Bibliothécaire du Congrès, Archibald MacLeish, écrivit ces premières lignes de notre Acte Constitutif :

« Les guerres prenant naissance dans l'esprit des hommes, c'est dans l'esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix. »

Cette vision n'a jamais été plus actuelle.

Les États- Unis ont inspiré la Convention du patrimoine mondial de 1972.

Je repense aux mots du regretté Russell Train, ancien chef de l’Agence de Protection de l’environnement et fondateur du Word Wildlife Fund, et qui a tant fait pour lancer la Convention du patrimoine mondial :

« A ce moment de l'histoire, tandis que le tissu de la société humaine semble de plus en plus l'objet d'attaques par les forces qui nient l'existence même d'un patrimoine commun, par les forces qui frappent au cœur même de notre sens de la communauté, je suis convaincu que le patrimoine mondial porte une vision contraire et positive de la société humaine et de notre avenir humain. »

Ce n'est pas seulement le patrimoine mondial – c’est l'UNESCO tout entière qui repose sur ​​cette "vision positive de la société humaine », contre les forces de l'extrémisme, contre les voix de l'intolérance.

En 1950, le représentant des États-Unis à la 4e session de notre Conférence générale soulignait ce qu'il appelle «l’importance considérable » de l'UNESCO à préparer le terrain de la paix entre les nations.

Ce représentant s’appelait, Reinhold Niebuhr, philosophe et politologue.

Mesdames et Messieurs, notre tâche n'est pas terminée.

Pour le faire avancer, construire un 21e siècle plus juste, plus pacifique, plus équitable qu’au siècle dernier - UNESCO a besoin de la vision et du leadership de tous ses membres.

C'est pourquoi je regrette la perte des droits de vote par les États- Unis.

Et perrmettez-moi d’être très claire, ce n'est pas juste une question financière.

C’est une question de valeurs.

C'est une question de « smart power » de cette « pouvoir intelligent » dont nous avons tant besoin aujourd'hui, pour jeter les bases d'une paix et d’un développement durables.

C’est une question d'universalité.

Pour cela, nous avons besoin de toutes les voix, de tous les États membres - il est inconcevable de ne pas avoir l'engagement de tous les États à cette époque de changements rapides et interdépendance accrue, en cette ère de mondialisation et de vulnérabilité.

Je continuerai de travailler pour l’universalité de cette Organisation, pour le soutien des Etats-Unis, pour les valeurs que nous partageons, pour les objectifs que nous partageons, d’un ordre multilatéral efficace et d’un monde de paix et de justice.




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