24.02.2004 -

Le Prix Mondial de la liberté de la presse est décerné au journaliste cubain emprisonné Raul Rivero

Sur recommandation d'un jury international, le Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO/Guillermo Cano 2004 a été décerné aujourd'hui par le Directeur général de l'UNESCO, Koïchiro Matsuura, à Raul Rivero Castañeda, journaliste cubain actuellement détenu.

« Le Prix rend hommage au courageux engagement de Raul Rivero en faveur d'une information indépendante, essence du journalisme professionnel », a déclaré Koïchiro Matsuura en acceptant la recommandation du jury indépendant qui a proposé Raul Rivero pour le Prix. « Au fil des années, Raul Rivero a chèrement payé son engagement et le Prix entend récompenser la lutte permanente des professionnels des médias en faveur de la liberté d'expression, composante indispensable de la démocratie », a ajouté le Directeur général, qui a poursuivi : « Je suis très inquiet au sujet des conditions de détention de Raul Rivero, que l'on dit malade, et j'appelle les autorités à libérer Raul Rivero et les autres journalistes détenus ».

 

Le jury était présidé par le Jamaïcain Oliver Clarke, Président de Gleaner Company Limited, qui a déclaré : « J'espère que les répercussions internationales de ce Prix inciteront les autorités cubaines à respecter le droit de tout homme à exprimer librement ses opinions ».

 

Né en 1945, Raul Rivero est un journaliste et poète reconnu. Depuis qu'il a quitté en 1988 les rangs de la presse d'Etat, il a été harcelé de façon permanente par les autorités. Depuis cette époque et jusqu'à son arrestation en mars de l'an dernier, il a été interrogé et arrêté à de nombreuses reprises ; les autorités ont aussi fortement restreint sa liberté de mouvement.

 

Après avoir étudié à la Faculté de journalisme de La Havane, Raul Rivero a été correspondant de l'agence de presse Prensa latina à Moscou de 1973 à 1976. De retour à Cuba, il a dirigé le service Science et culture de cette agence d'Etat. En 1989, il a démissionné de l'Union des écrivains et artistes cubains. En 1995, il a fondé Cuba Press, une agence de presse indépendante et, en 2001, il figurait parmi les fondateurs de la première association indépendante de journalistes à Cuba. Raul Rivero a organisé des ateliers de formation pour des journalistes cubains et contribué à la publication du magazine De Cuba.

 

En avril 2003, le journaliste cubain a été condamné à vingt ans de prison et 25 autres journalistes, arrêtés avec lui, ont été condamnés à des peines allant de quatorze à vingt-sept ans de prison. Ils ont été condamnés au titre de l'article 91 du Code pénal cubain pour avoir porté atteinte à l'indépendance ou à l'intégrité territoriale de l'Etat. Ces journalistes arrêtés en mars 2003 l'ont été dans le cadre d'une vague de répression dans les milieux dissidents qui s'est traduite par plus de 50 détentions.

 

Raul Rivero serait détenu à la prison de Canaletas, province de Ciego de Avila, à 461 km. à l'est de La Havane. Il souffrirait de problèmes de circulation sanguine. Son épouse, Blanca Reyes, a fait part de ses sérieuses inquiétudes sur son état de santé et a décrit ses conditions de détention comme « très dures ». Elle a précisé qu'elle n'était autorisée à visiter son mari que tous les trois mois.

 

Le Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO/Guillermo Cano, d'un montant de 25 000 dollars, est remis chaque année le 3 mai, lors de la Journée mondiale de la liberté de la presse, Celle-ci sera célébrée cette année à Belgrade (Serbie-et-Monténégro) et Oliver Clarke a déclaré qu'il espérait que Raul Rivero pourrait participer à la cérémonie.

 

Le prix est décerné par le Directeur général de l'UNESCO sur la recommandation d'un jury indépendant composé de professionnels des médias du monde entier. Le jury, présidé par Oliver Clarke, comprend : Kavi Chongkittavorn, Rédacteur en chef exécutif de The Nation (Thaïlande) ; Souleymane Diallo, Directeur du Lynx et de La Lance (Guinée) ; Kunda Dixit, Rédacteur en chef et éditeur du Nepali Times (Népal), Yosri Fouda, Directeur adjoint de Al Jazeera Satellite Channel Ltd ; Valérie Gatabazi, Présidente de l'Association Rwandaise des Femmes Journalistes (Rwanda) ; Maria Carmen Gurruchaga Basurto, Directrice de Primer Café sur Antena 3 (Espagne) ; Marvin Kalb, Senior Fellow, Shorenstein Center et Faculty Chair, Kennedy School of Government (Etats-Unis) ; Guadalupe Mantilla de Acquaviva, Directrice de El Comercio (Equateur) ; le journaliste marocain Mohamed Larbi Messari ; Artūras Račas, Rédacteur en chef, desk économique, Baltic News Service (Lituanie) ; Veton Surroi, éditeur et rédacteur en chef de Koha Ditore (Kosovo) et deux représentants de la Fundación Guillermo Cano (Colombie).

 

Créé en 1997 par le Conseil exécutif de l'UNESCO, le Prix est destiné à mettre en valeur le travail d'une personne, d'une organisation ou d'une institution ayant contribué de manière notable à la défense et/ou à la promotion de la liberté d'expression dans n'importe quelle partie du monde, surtout si cette action a mis sa vie en péril.

 

Le Prix porte le nom du journaliste colombien Guillermo Cano, assassiné pour avoir dénoncé les activités des puissants barons de la drogue de son pays. Les candidatures sont proposées par des organisations régionales et internationales qui font la promotion de la liberté d'expression.

 

Les précédents lauréats du Prix mondial de la liberté de la presse sont : Amira Hass (Israël) en 2003, Geoffrey Nyarota (Zimbabwe) en 2002, le journaliste actuellement détenu U Win Tin (Myanmar) en 2001, Nizar Nayyouf (Syrie) en 2000, Jesus Blancornelas (Mexique) en 1999, Christina Anyanwu (Nigeria) en 1998, et Gao Yu (Chine) en 1997.




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