06.01.2004 -

Lancement de l'année internationale de commémoration de la lutte contre l'esclavage et de son abolition

L'Année internationale de commémoration de la lutte contre l'esclavage et de son abolition sera officiellement lancée par le Directeur général de l'UNESCO, Koïchiro Matsuura, le 10 janvier, à Cape Coast (Ghana), une des plaques tournantes de la traite négrière, aujourd'hui site du Patrimoine mondial.

Au cours de l'année 2004, l'action de l'UNESCO comprendra des études scientifiques axées sur la préservation de documents et la numérisation de fonds documentaires, ainsi que la constitution de bases de données. A l'occasion du 15e Congrès international des Archives (Vienne, Autriche, 23-29 août), une conférence internationale sur les archives de la traite négrière aura lieu dans le cadre du projet "Archives du commerce des esclaves".

 

Le projet, initié par l'UNESCO, a pour objectif l'accès et la préservation des documents d'archives originaux relatifs à la traite négrière. Ce projet, fondé par l'Agence norvégienne pour le développement de la coopération (NORAD), est mis en oeuvre dans le cadre du programme "Mémoire du monde" de l'UNESCO, en collaboration avec le Comité scientifique international pour le projet UNESCO de la Route des esclaves et avec le Conseil international des archives (CIA).

 

L'Année internationale de commémoration de la lutte contre l'esclavage et de son abolition, consacrée à une tragédie sans précédent, reconnue en 2001 comme crime contre l'humanité à la Conférence mondiale de Durban contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance qui y est associée, devra permettre à l'humanité de se livrer à son devoir de mémoire, mais aussi à renforcer la lutte contre toutes les formes d'esclavage et de racisme dans le monde d'aujourd'hui.

 

Proclamée par l'Assemblée générale des Nations Unies Année de commémoration de la lutte contre l'esclavage et de son abolition, 2004 marque le bicentenaire de la proclamation du premier Etat noir, Haïti, le symbole du combat et de la résistance des esclaves.

 

« Institutionnaliser la mémoire, empêcher l'oubli, rappeler le souvenir d'une tragédie longtemps occultée ou méconnue et lui restituer la place qui doit être la sienne dans la conscience des hommes, c'est en effet répondre à notre devoir de mémoire», dit le Directeur général de l'UNESCO dans son message à l'occasion de l'Année internationale de commémoration de la lutte contre l'esclavage et de son abolition.

 

Dans le cadre de l'Année, l'UNESCO, en tant que chef de file, prévoit une série d'activités, en coopération avec ses Etats membres, les commissions nationales, les organisations gouvernementales et non gouvernementales, les Clubs UNESCO, la communauté scientifique internationale, des lauréats du Prix Nobel, les Artistes pour la paix et les Ambassadeurs de bonne volonté de l'UNESCO. Elles auront pour objectif d'approfondir les connaissances sur la traite négrière et l'esclavage dans le monde entier, en mettant en relief les interactions qu'ils ont générées, ainsi que les dimensions philosophiques, politiques et juridiques du processus d'abolition de cette « institution particulière » qu'était l'esclavage.

 

Dans son message, le Directeur général de l'UNESCO insiste sur la nécessité que la traite négrière, « cet épisode majeur de l'histoire de l'humanité, dont les conséquences sont à jamais scellées dans la géographie et l'économie mondiales, prenne toute sa place dans les manuels scolaires et les curriculums de tous les pays du monde ».

 

C'est précisément pour promouvoir et vulgariser les connaissances sur ce commerce qui a « chosifié l'être humain », pour reprendre l'expression du poète martiniquais Aimé Césaire, et qui a emporté d'innombrables vies entre le XVIe et le XIXe siècle, ainsi que sur ses conséquences et les interactions qu'il a engendrées entre les peuples concernés d'Europe, d'Afrique, des Amériques et des Caraïbes, que l'UNESCO à lancé en 1994 « La Route de l'esclave ».

 

Aboli d'abord à Saint-Domingue (1793) et en dernier lieu à Cuba (1886) et au Brésil (1888), l'esclavage est interdit par la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 et par la Convention supplémentaire de l'ONU relative à l'abolition de l'esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et pratiques analogues à l'esclavage de 1956. Il continue cependant d'exister de nos jours, sous diverses formes : servitude pour dettes, travail forcé d'adultes et d'enfants, exploitation sexuelle des enfants, commerce et déplacement d'êtres humains, mariage forcé.

 

Selon l'ONG Anti-Slavery, la servitude pour dettes touche au moins 20 millions de personnes dans le monde, alors que l'Office des Nations Unies pour le contrôle des drogues et la prévention du crime (ODCCP) estime à 700 000 le nombre de personnes faisant l'objet d'une traite entre pays chaque année. L'Organisation internationale du travail (OIT) a publié des estimations concernant le travail des enfants, dont le nombre aurait atteint les 245 millions en 2002. Le trafic des enfants fait, selon la même Organisation, 1,2 million de victimes chaque année. L'OIT a également dénoncé la traite des enfants en Afrique centrale et occidentale : « De 10 000 à 15 000 enfants maliens travaillent dans les plantations de la Côte d'Ivoire. Beaucoup sont victimes de la traite. Au Nigeria, 4 000 enfants ont été vendus à l'intérieur et à l'extérieur du pays en 1996 et au Bénin, 3 000 entre 1995 et 1999» (Travail, le magazine de l'OIT, n° 39, juin 2001).

 

Pour le Directeur général de l'UNESCO, un des objectifs de l'Année internationale de commémoration de la lutte contre l'esclavage et de son abolition est de « connaître et reconnaître l'empreinte majeure des cultures africaines sur la formation des cultures et civilisations du monde ». Des études ont été réalisées à ce sujet montrant que les millions d'esclaves africains, arrachés à leurs foyers, déportés vers le continent américain et vendus, ont véhiculé non seulement des idées et des valeurs spirituelles et culturelles, mais également tout un savoir-faire traditionnel, comme le montrent une série d'ouvrages publiés par l'UNESCO, tels que : L'Histoire générale de l'Afrique.

 

(Source: Communiqué de presse UNESCO 2004-1)




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