12.01.2005 -

Mali : un CMC accroît la diffusion d'un journal en N'ko

Avant que le centre multimédia communautaire (CMC) ne s'ouvre à Koutiala, seconde grande ville industrielle du Mali, l'unique journal local en alphabet N'ko était soigneusement rédigé à la main. Seules vingt copies de chaque édition du « Sindiiya », en langue Bambara, étaient produites.

Lorsque le CMC a ouvert ses portes en 2002, un logiciel N'ko a rendu possible la production électronique du journal. Sindiiya a alors été imprimé sur papier A4 et chaque mois, 500 photocopies agrafées ont été produites et diffusées partout dans la qui s'est déroulée au CMC ; Sindiiya apparaît enfin comme un journal et les mille copies sont réservées et payées à l'avance.

 

"Nous ne sommes pas en mesure de répondre à toute la demande parce qu'au-delà de mille copies, les coûts d'impression deviennent trop élevés", explique Malamine Sylla, directeur du CMC. Chaque édition est publiée et montée au CMC et envoyée sur cd-rom pour impression à Bamako, capitale du Mali située à plus de 400 kilomètres de là. Bien que le district de Koutiala représente un demi million de personnes, il n'y a pas de presse et le CMC fournit le seul accès public à l'Internet, le courriel et la formation informatique.

 

Le CMC de Koutiala propose la seule publication en N'ko actuellement disponible au Mali. L'association nationale N'ko de la capitale envoie tous ses documents manuscrits au CMC pour qu'ils soient transformées en format électronique. "Grâce à ce service, le N'ko est beaucoup plus répandu", note Mamady Doumbia, tailleur et membre de l'association N'ko de Bamako.

 

"Pour nous, le CMC a fait toute la différence", dit Mamadou Diarra, rédacteur du Sindiiya et membre de l'association culturelle N'ko de Koutiala. "Nous avons eu la possibilité d'élargir nos activités et de promouvoir l'usage du N'ko, qui représente un important véhicule pour les cultures locales".

 

L'alphabet N'ko a été inventé en 1949 par Soulemayne Kante en Guinée et est utilisé par les personnes parlant le Malinke, le Bambara et leurs dialectes en Guinée, au Mali et en Côte d'Ivoire. Créé à l'origine pour démontrer que les langues africaines pouvaient être mises par écrit, comme moyen de savoir traditionnel et pour rendre le Coran accessible, le N'ko est devenu de plus en plus populaire. Un de ses plus grands avantages réside dans le fait qu'il rend la lecture et l'écriture accessible aux personnes manquant d'une scolarité en bonne et due forme.

 

Avant que les TIC ne rendent possible la publication électronique de textes en N'ko, ses partisans devaient produire tous les documents à la main. L'association culturelle de Koutiala possède un dictionnaire français-N'ko usagé, datant des premières années du N'ko, dont des dizaines de centaines d'entrées ont été inscrites à la main avec beaucoup de précautions.

 

Aujourd'hui, la publication assistée par ordinateur, le logiciel multilingue et de nombreuses autres applications multimédia disponibles dans le CMC garantissent la production de contenu local par la population locale elle-même, que ce soit pour la radio communautaire ou dans toute une gamme de média utilisant le télécentre.

 

Le CMC de Koutiala a produit son propre cd-rom de formation pour les producteurs des radios désireux de se diriger vers du numérique. Comme il a été le premier CMC pilote à être créé au Mali, il a joué un rôle principal dans le soutien aux nouveaux CMC actuellement sur le point d'être établis dans le cadre du projet UNESCO de passage à grande échelle du CMC au Mali, au Mozambique et au Sénégal, lancé un an auparavant lors du Sommet Mondial sur la Société de l'Information (SMSI) à Genève.

 

L'UNESCO, via son projet B@bel, soutient également le développement de normes Unicode et ISO/IEC 10646 pour le N'ko. Le projet sera mené par le projet d'encodage de scripts de l'Université de Berkeley en Californie.




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