18.07.2014 - Education Sector

Mariam Khalique, ancienne institutrice de Malala Yousafzai, évoque les obstacles auxquels les filles sont confrontées dans la vallée de Swat, au Pakistan

EFA Report - Ms Khalique spoke to the class about her experiences teaching to empower girls and young women.

Le témoignage émouvant de Mme Mariam Khalique, ancienne institutrice de l’écolière pakistanaise Malala Yousafzai, livré lors d’une réunion tenue par le Comité des Nations Unies pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes (CEDAW) à Genève, le 7 juillet dernier.

La réunion a consisté en une Discussion générale sur le droit des filles et des femmes à l’éducation, visant à lancer le processus d’élaboration par le Comité d’une « Recommandation générale sur le droit des filles et des femmes à l’éducation ».

L’UNESCO a apporté son soutien à l’organisation de cet événement, en coopération avec l’UNICEF, et continuera de collaborer avec le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme et de soutenir le Groupe de travail de la CEDAW sur le droit des filles et des femmes à l’éducation, afin d’élaborer la recommandation durant l’année à venir.

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Chers invités, Mesdames et Messieurs,

Pendant des siècles, les femmes ont été traitées avec injustice et inégalité. Le clergé de différentes religions les a privées de leur dignité humaine. Les sociétés tribales et patriarcales les traitent comme leur propriété, et le capitalisme moderne les a transformées en objets. Même les grands poètes ne pouvaient s’en empêcher, comme Shakespeare qui dit dans Hamlet « Fragilité, ton nom est femme ! ». Depuis toujours, les femmes sont considérées faibles physiquement, pauvres moralement et ternes mentalement, ce qui est totalement faux et injuste.

En raison de la discrimination fondée sur le sexe, les femmes sont privées de nombreux droits humains fondamentaux.  Elles n’ont pas le droit ni la liberté d’être elles-mêmes, de poursuivre leurs rêves afin de jouer un rôle dans la vie économique, sociale et politique et, surtout, elles n’ont pas accès au droit fondamental à l’éducation, qui ouvre la porte à tous les autres droits. Actuellement, 58 millions d’enfants ne sont pas scolarisés, et la majorité d’entre eux sont des filles. Dans ma vallée de Swat, au Pakistan, il y a 1 014 écoles pour garçons et seulement 603 écoles pour filles, alors qu’il y a plus de filles que de garçons. Cela signifie que la moitié des filles n’ont pas d’école du tout, même si elles souhaitent y aller. La majorité des parents n’apprécient pas l’éducation mixte, et les filles restent à la maison s’il n’y a pas d’école pour filles à proximité. Une adolescente doit être accompagnée par un homme pour aller à l’école, sinon elle ne peut être scolarisée. Par exemple, Zianab, ma voisine, a été retirée de l’école par ses frères après la cinquième année. Elle était très triste, mais n’a pu protester face à ses frères.

Les pays du sud et les pays du nord sont vraiment aux antipodes en matière de droit et d’accès des filles à l’éducation. Dans les pays développés, il est socialement inacceptable et illégal qu’un enfant reste à la maison sans raison pendant les heures de cours, alors que dans la plupart des pays en développement, c’est l’inverse qui se produit. Nous avons vu comment les extrémistes ont bombardé plus de 2 000 écoles et empêché les filles d’aller à l’école. En 2009, les filles cachaient leurs livres sous leur châle pour faire croire qu’elles n’étaient pas écolières. Le chef taliban annonçait les noms des filles sur sa radio FM – ces dernières quittaient l’école après avoir entendu ses sermons contre l’éducation des filles. Il exprimait publiquement son appréciation aux parents et félicitait les filles de quitter l’éducation occidentale.  

Il est assez intéressant de constater que la talibanisation réussit toujours dans les sociétés patriarcales, dans la mesure où les deux systèmes ont en commun un traitement réducteur de la femme, qu’ils considèrent les femmes comme des êtres inférieurs, et s’accordent pour les enfermer entre les quatre murs de leur maison.

Les autres obstacles à l’accès des filles à l’éducation sont la pauvreté, le travail des enfants, les mariages précoces, les normes et les traditions sociales, ainsi que l’indisponibilité des installations de base. L’éducation devient un rêve lointain pour les filles de nombreuses familles qui vivent au jour le jour. Des parents qui n’ont pas assez de nourriture et qui ne disposent pas d’un logement adéquat peuvent difficilement penser à éduquer leurs enfants, et s’ils le peuvent, ils n’envoient que leurs fils, et non leurs filles. Des parents qui ont six filles et un fils enverront leur fils unique à l’école, mais ils ne ressentiront aucune honte ni aucune tristesse si leurs six filles ne sont pas scolarisées. Les sœurs s’occupent des chaussures, du sac et des vêtements de leur frère, et gâchent leurs précieux talents entre les quatre murs d’une maison, jusqu’à ce que leurs parents leur trouvent un mari et les envoient vers un autre foyer. De nombreuses filles souffrent du travail domestique des enfants et sont employées dans les maisons de gens riches. Elles s’occupent d’autres enfants de leur âge, font la vaisselle ou lavent les vêtements.

Cela me fait beaucoup de peine lorsque j’entends une femme riche demander à d’autres, sans aucune culpabilité, « Trouvez-moi une fille pour travailler chez moi ».

Les mariages précoces représentent également un obstacle majeur à l’éducation des filles. Je me souviens comment deux jolies filles de notre école, en neuvième année, se sont soudainement mariées avant leurs examens annuels. Nous avons tenté de convaincre les parents de les laisser à l’école, en vain. Les normes et les traditions sociales ne favorisent pas non plus l’éducation des filles. Beaucoup pensent que l’éducation moderne entraîne liberté et vulgarité dans le comportement des filles. Ils les aiment soumises et obéissantes. L’éducation apporte une ouverture d’esprit et une confiance que les hommes ne peuvent tolérer. Ainsi, les filles sont tenues à distance de cet apprentissage qui leur permet de s’émanciper.

Le développement sans la participation des femmes est une illusion, et la participation des femmes à  tous les types de développement sans éducation est un appel dans le désert. Les gouvernements doivent en faire une priorité absolue s’ils souhaitent vraiment la paix et la prospérité de leurs nations.

Soixante-six millions de filles n’ont pas accès à l’éducation. La majorité d’entre elles vivent dans les pays touchés par des guerres et des conflits. Les écoles sont bombardées et les élèves ne sont pas en sécurité. La communauté internationale et les gouvernements concernés doivent garantir la sécurité des enfants qui vont à l’école. Les gouvernements doivent mettre à disposition des écoles élémentaires ainsi que toutes les installations de base nécessaires pour toutes les filles.  

Les gouvernements et les acteurs de l’éducation doivent se donner la main pour faire de l’éducation leur priorité absolue. Les gouvernements doivent légiférer afin de garantir le droit de chaque enfant d’aller à l’école. L’enseignement jusqu’au niveau secondaire supérieur doit être gratuit et obligatoire. Les organisations non gouvernementales et les philanthropes doivent faire de l’éducation leur passion.

Les programmes scolaires doivent êtres riches en contenus qui incitent les élèves à croire en l’égalité des genres et en la dignité humaine. Des modèles de pères et de frères doivent être inclus dans les programmes afin d’encourager les hommes à soutenir les femmes dans leur processus d’émancipation et d’autonomisation, de même que des modèles de femmes afin d’encourager les filles à suivre leurs pas.

Chers invités, Mesdames et Messieurs

Je vous remercie.




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