27.01.2015 -

Un nouveau rapport examine le statut de l’enseignement de l’Holocauste dans le monde

©UNESCO

Comment l’Holocauste est-il enseigné dans les écoles à travers le monde ? Les représentations de l’Holocauste contenues dans les manuels scolaires sont-elles complètes et exactes ? Qu’est-ce que les manuels scolaires nous apprennent sur le statut de l’enseignement de l’Holocauste dans le monde ?

L’UNESCO et l’Institut Georg Eckert pour la recherche internationale sur les manuels scolaires ont publié une nouvelle étude ambitieuse – International Status of Education about the Holocaust: A Global Mapping of Textbooks and Curricula (ISEH) (Statut international de l’enseignement de l’Holocauste : cartographie mondiale des manuels et programmes scolaires) – qui compare les façons dont l’Holocauste est présenté dans les programmes et les manuel scolaires à travers le monde. L’étude présente la situation actuelle de l’enseignement de l’Holocauste dans les programmes d’histoire et d’études sociales du niveau secondaire, à travers l’analyse de 272 programmes dans 135 pays, et de 89 manuels scolaires publiés dans 26 pays depuis 2000.

Principalement destinée aux responsables des politiques éducatives, aux enseignants, aux universitaires et aux auteurs de manuels scolaires, l’étude formule des recommandations pour l’élaboration de contenus et de politiques éducatifs sur l’Holocauste. Ces recommandations concernent des questions telles que l’utilisation des concepts, l’exhaustivité des faits historiques, la définition des causes du génocide, la combinaison d’approches universelles et locales, ainsi que le développement de connaissances historiques. Ces éléments sont essentiels aujourd’hui, afin de « limiter le mauvais usage des références à cet événement à une époque […] où les connaissances sur l’Holocauste sont fragmentées et souvent déformées, lorsqu’elles ne sont pas utilisées à des fins politiques ».

L’étude ISEH peut aider les jeunes à acquérir des connaissances sur cet événement complexe et à mieux le comprendre, et même encourager la prise de conscience sur ce qu’il faudrait peut-être faire pour éviter que des événements similaires ne se reproduisent. Pour l’auteur Peter Carrier, il s’agit d’« une pièce d’un puzzle dont l’objectif consiste à mieux comprendre comment les affaires du monde sont interconnectées, à encourager l’apprentissage de l’histoire des autres peuples et à favoriser la réflexion sur la relation entre l’étude et la prévention des génocides. Bien qu’on ne puisse pas « apprendre » directement à respecter les droits de l’homme ou même à devenir un citoyen du monde en étudiant les génocides, leur exemple négatif permet vraiment aux jeunes d’apprendre à éviter d’humilier ou de nuire à autrui, et à apprécier et préserver la dignité humaine dont chacun de nous jouit, à des degrés différents ».

En examinant la compréhension historique de cet événement propre à chacun des pays, l’étude permet une comparaison internationale entre des pays dont les langues et les histoires sont très divers. Les manuels scolaires étudiés révèlent des caractéristiques communes et des références partagées, mais aussi de fortes idiosyncrasies narratives dans tous les pays, qui soulignent l’importance locale de l’événement ou son appropriation dans l’intérêt des populations locales. En d’autres termes, l’ISEH met en évidence des récits qui se superposent clairement ainsi que des divergences dans la conceptualisation et l’interprétation de l’Holocauste, plutôt que la standardisation internationale de l’enseignement sur l’Holocauste.

Des fiches d’information détaillées sont disponibles pour 26 pays : Afrique du Sud, Albanie, Allemagne, Argentine, Bélarus, Brésil, Chine, Côte d’Ivoire, Égypte, El Salvador, Espagne, États-Unis d’Amérique, Fédération de Russie, France, Inde, Iraq, Japon, Namibie, Pologne, République arabe syrienne, République de Moldova, Royaume-Uni (Angleterre), Rwanda, Singapour, Uruguay et Yémen.

Pour l’UNESCO, les manuels scolaires sont des instruments éducatifs pour la compréhension internationale et la paix. L’enseignement de l’histoire de l’Holocauste est essentiel pour ancrer le respect des droits de l’homme, les libertés fondamentales et les valeurs de tolérance et de respect mutuel. Lancé en 2007, le programme de l’UNESCO sur l’éducation à la mémoire de l’Holocauste développe des outils pédagogiques et fournit aux partenaires de l’éducation des formations ainsi qu’un soutien technique pour l’enseignement de l’Holocauste et de l’histoire des génocides, dans le but de promouvoir une culture de la paix. C’est pour cette raison que l’UNESCO a entrepris de produire, en collaboration avec l’Institut Georg Eckert pour la recherche internationale sur les manuels scolaires, un rapport scientifique sur le statut de l’Holocauste dans les programmes et les manuels scolaires à travers le monde. L’UNESCO s’engage à faire en sorte que les connaissances sur l’histoire de l’Holocauste et les enseignements qui peuvent en être tirés soient enseignés dans le monde entier. Cette tâche est d’autant plus urgente que les derniers témoins disparaissent, et que des crimes contre l’humanité se produisent encore aujourd’hui. Étudier l’histoire de ce génocide signifie prendre des responsabilités pour le futur.

Le 27 janvier 2015 marque le 70e anniversaire de la libération du camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau – un site du patrimoine mondial de l’UNESCO. La quête visant à comprendre, à tirer des enseignements et à appliquer les connaissances sur l’Holocauste est loin d’être achevée. Selon Peter Carrier, « les connaissances, enrichies par la recherche, évoluent constamment, de sorte que chaque génération d’enseignants et d’élèves est confrontée à de nouvelles questions et cherche ses propres mots et symboles pour aborder à la fois l’Holocauste et, malheureusement, les crimes contre l’humanité ultérieurs ».




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