04.05.2002 -

La liberté de la presse demeure un enjeu majeur pour les médias des Caraïbes

Les propriétaires et professionnels de médias qui se sont rencontrés le mois dernier dans la capitale d'Antigua-et-Barbuda sous l'égide de la Conférence carribéenne pour les médias ont mis en place un mécanisme destiné à promouvoir les intérêts des entreprises médiatiques dans l'ensemble de la région et à mettre en oeuvre les décisions prises lors de la conférence.

Les participants de cette rencontre qui a eu lieu du 16 au 18 mai à Antigua ont créé un Comité de Surveillance de la Conférence annuelle des médias carribéens (ACCM) de sept membres destiné à être "le principal outil de développement" de la Conférence annuelle, fixant son ordre du jour et déterminant ses priorités. Les principaux membres du Comité seront issus des instances dirigeantes de la Corporation des Médias des Caraïbes (CMC), de l'Association des Professionnels des Médias des Caraïbes (ACM), du Forum des Rédacteurs des Caraïbes, des présidences présentes et passées de la Conférence annuelle des médias carribéens, ainsi que le Conseiller pour la Communication et l'Information dans les Caraïbes de l'UNESCO.

 

La conférence de cette année, la cinquième d'une série qui a débuté en Jamaïque en 1998, était centrée sur le thème de "La Liberté de la Presse: Accès, contenus et technologie". Ces conférences ont été parrainées par l'UNESCO en commémoration de la Journée Mondiale de la Liberté de la Presse, célébrée le 3 mai.

 

Hélène Gosselin, Directrice du Bureau UNESCO de Kingston, a, dans ses remarques, vivement conseillé aux délégations de saisir ces occasions de réflexion et d'introspection réussies pour aller delà du dialogue et d'entrer dans l'univers de l'action concrète pour aider à la croissance et au développement des médias professionnels dans les Caraïbes. Elle a également mis en avant une étude, menée par l'UNESCO, sur l'impact de la Conférence des médias des Caraïbes, comme fil conducteur dans les délibérations présentes.

 

La conseillère de l'UNESCO, pour la communication et l'information, Jocelyne Josia s'est engagée à poursuivre sa tâche. Celle de soutenir les actions qui défendent les grands idéaux de la liberté de la presse. Et cela par la professionnalisation des médias qui travaillent sur le net et qui utilisent les nouveaux mécanismes et les nouvelles technologies de l'information et de la communication pour donner un accès équitable à ceux qui n'ont pu être touchés, dans la région.

 

Les principaux objectifs de la Conférence annuelle, qui a eu lieu précédemment à la Jamaïque, la Trinité-et-Tobago, la Guyana et Grenade étaient :

- de protéger et de renforcer la liberté de la presse,

- d'encourager le développement professionnel des travailleurs des médias,

- de sensibiliser davantage le public à l'innovation technologique, à celle qui offre des occasions ou celle qui menace le développement et la croissance des industries des médias dans les Caraïbes.

 

Une des tâches du Comité permanent est celle d'assurer que la Conférence annuelle se transforme en un forum réellement multiculturel et pluri-lingue, dans lequel sont représentés au moins l'espagnol, le français et l'anglais. Cela aura une signification plus grande étant donné que la 6ème conférence aura lieu en Guadeloupe - la première assemblée dans un pays non-anglophone.

 

Il a été convenu que, à partir de la prochaine réunion qui se tiendra à la Guadeloupe, les conférences auront une caractéristique commune qui est celle de la production d'un rapport, pays par pays, sur l'état de la liberté de la presse dans la région.

La réunion à Antigua-et-Barbuda a été accueillie par le groupe d'observation, dirigé par Samuel Derrick. Elle a été organisée autour de plusieurs panels de discussions. Dans le premier panel, il était question de l"Accessibilité, la législation et la responsabilité des médias". Peter Richards, de l'Association des travailleurs des médias des Caraïbes, a soulevé la question de la liberté de la presse et a indiqué que pendant que les médias se préoccupaient de la liberté d'expression les gouvernements des Caraïbes considèrent que la presse est trop libre.

 

Oliver Clark, éditeur du Daily Gleaner en Jamaïque, incite les directeurs des médias à presser les gouvernements à amender les lois sur la diffamation. Il ajoute "nous avons désespérément besoin d'obtenir que les lois sur la diffamation soient révisées, afin d'inclure des lois qui défendront le service cablé en particulier. Nous faisons un piètre travail quand il s'agit d'essayer de faire avancer et protéger notre intérêt".

 

Certains délégués ont exprimé leur préoccupation sur le fait que la conférence n'avait traité que des pays anglophones. José Martin, de l'Association des journalistes cubains, dit que Cuba n'a pas souscrit à la définition de la liberté de la presse telle qu'elle a été définie à la conférence ou dans la Déclaration de Chapultepec. "Il y a une différence d'idéologie et de système politique qui doit être respectée", dit-il, "et a ajouté, en substance, que la situation cubaine ne peut être comprise que si l'embargo économique américain est pris en compte".

 

La délégation haïtienne s'est plainte qu'il n'y ait pas eu assez de discussions sur les conditions dans lesquelles les journalistes étaient contraints de travailler à Haïti. "Nous vivons une situation très difficile", dit un délégué en soulignant que, ces dernières années, certains journalistes haïtiens avaient été tués.

 

La conférence a également été informée sur les efforts entrepris, afin d'amener les chefs de gouvernements des Amériques à signer la Déclaration, de 1994, de Chapultepec. La Déclaration en dix points est fondée sur le concept qu'aucune loi, ni aucun projet de gouvernement ne peut limiter la liberté d'expression ou de la presse quel que soit le média."

 

Avec la liberté d'expression et autres questions d'intérêt immédiat aux éditeurs, aux diffuseurs et aux journalistes, la conférence a entendu des interventions sur des questions générales concernant les Caraïbes. Dans une des interventions, le représentant antiguien, Bernice Lake, avocat de la Couronne, a fait une étude bien documentée sur le projet d'une court de justice destinée, entre autres, à devenir la court d'appel de dernière instance, qui remplacera le Conseil privé du souverain britannique.

 

Elle s'est demandée si les juges des Caraïbes étaient suffisamment indépendants du pouvoir politique pour pouvoir juger de façon impartiale, particulièrement dans des cas où il s'agirait de droits et de libertés. Une question qui, dit-elle, devrait avoir tout son sens pour les médias.

 

Les études de cas présentées sous forme de productions vidéo, ont à la fois éclairé et inspiré quant aux défis et aux occasions qui s'offrent sur le marché régional et mondial. Le premier film intitulé "The Sweetest Mango", premier long-métrage, de Antigua-et-Barbuda, produit par une équipe composée d'une jeune femme et de son époux, Mitzi et Howard Allen. Il ont mené à bien ce projet avec un petit budget de 100.000 dollars des Etats Unis.

 

Le second film est un feuilleton à l'eau de rose, intitulé 'Woodward Park', produit par Earth TV de Trinidad-et-Tobago, pour CCN-TV, et vendu à d'autres stations dans la région avec Barbados et la Jamaïque inclus, ainsi qu'à la diaspora installée aux Etats-Unis.

 

La réunion a également accueilli le lancement officiel du site internet et du forum en ligne pour les journalistes intitulé "Caribbean Media Network" qui a été développé et qui est dirigé par le personnel du Gleaner Go-Jamaica. Il a suscité un intérêt et non des moindres en tant qu'outil utile à la promotion du journalisme et au développement des médias dans la région.




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