14.08.2013 - Secteur de la communication et de l'information

Parler sans peur au Honduras

© C-Libre -2012 Press Freedom Day celebrations in Tegucigalpa, event organized by C-Libre.

Le 24 juin 2013, un célèbre présentateur de l’une des plus importantes chaînes de télévision au Honduras, Globos TV, a été sorti de sa voiture avec violence par des hommes armés dans la ville de San Pedro Sula. Le corps mutilé et calciné d’Anibal Barrow, 58 ans, a été retrouvé le 10 juillet. M. Barrow est le 29ème journaliste à avoir été assassiné au Honduras depuis 2009. La mort du journaliste relance le nombre, jusqu’ici constant, de morts au Honduras.

Des attaques d’une telle violence ont un impact profond tant sur la communauté des médias que sur la société hondurienne dans son ensemble. Elles font régner une atmosphère de terreur où le silence devient clé dans la stratégie de survie de la population.

L’association des journalistes du Honduras avait décidé d’organiser, le 27 juin, une table ronde pour discuter du Plan d’action des Nations Unies sur la sécurité des journalistes et la question de l’impunité mais compte tenu des circonstances l’association a annulé l’événement en signe de soutien à la famille de M. Barrow.

Une importante ONG hondurienne, “Comité por la Libre Expresión” (C-Libre), a dirigé des débats sur le Plan d’action des Nations Unies le 28 juin dernier à Tegucigalpa et suit de très près l’enquête sur le meurtre de M. Barrow.

C-Libre a réuni 34 professionnels des médias, notamment un journaliste de Globo Media Group où M. Barrow travaillait, des directeurs de médias, des associations professionnelles et des représentants du Secrétariat à la justice et aux droits de l’homme au Honduras, des Nations Unies et de la communauté internationale. Les débats se sont centrés sur l’analyse de la situation, l’Etat de droit, les mesures de sécurité et les mécanismes de coordination.

La table ronde a souligné que beaucoup de personnes travaillant dans les médias au Honduras sous-estiment les menaces et minimisent les avertissements au lieu de les signaler. A ce sujet, la table ronde a recommandé de développer :

  • Une base de données regroupant les journalistes et les communicateurs sociaux,
  • Une campagne de sensibilisation médiatique sur les risques des journalistes,
  • Des protocoles sur la sécurité et les reportages médiatiques ainsi que des mécanismes d’autoprotection et un « système d’alerte rapide » pour les journalistes,
  • Une plateforme nationale pour pouvoir discuter de la liberté d’expression et du renforcement de capacités dans les domaines tels que le journalisme d’investigation et l’éthique professionnelle.

Les participants ont souligné que ces actions ont besoin du soutien de l’Etat, de la société civile, d’agences de coopération internationale et des Nations Unies.

D’autres recommandations traitaient des initiatives législatives en cours, de la propriété des médias et des questions syndicales qui étaient à la source de controverses dans les sphères médiatiques et politiques du pays. Les participants de la table ronde ont convenu que les désaccords affectaient l’unité des journalistes en termes de sécurité.

En dépit du fait que le problème affecte de nombreux professionnels de tous les horizons du secteur, la polarisation des médias honduriens empêche les professionnels de parler de manière unie au sujet des assassinats.

L’UNESCO travaille avec des partenaires aux niveaux national, régional et international afin de soutenir le processus de consultations dans le développement d’un plan d’action national sur la sécurité des journalistes qui soit unifié et efficace et au sein duquel tous les acteurs des médias et de la société puissent mettre leurs différences de côté afin de prévenir tout autre assassinat de journaliste.




<- retour vers Toutes les actualités