09.06.2020 - Culture Sector

Le patrimoine culturel subaquatique : les professionnels confrontés à la crise de la COVID-19

En quelques mois seulement, la propagation de la pandémie de la COVID-19 au sein de nos sociétés, associée aux mesures prises par les gouvernements à travers le monde entier, a déjà eu des conséquences particulièrement graves sur le secteur de la Culture, y compris sur le patrimoine culturel subaquatique.

Regardez notre vidéo:  https://youtu.be/or0pvRhgJ8Y

 

Le patrimoine culturel subaquatique, tel que les épaves de navires et les vestiges d'anciennes villes et civilisations côtières, nécessite des actions de protection et d’évaluation régulières que les gouvernements et les experts et professionnels du patrimoine culturel subaquatique entreprennent.  Cependant, en pleine crise de la COVID-19, de telles activités, y compris l'archéologie subaquatique, un domaine où le travail de terrain est saisonnier, ont été immédiatement affectées. 

"La pandémie diminue les chances pour les professionnels du patrimoine culturel subaquatique de se rencontrer. Par conséquent, les échanges d'informations ou d'idées peuvent être réduits", témoigne Rahothan Wongsakorn, spécialiste travaillant pour la division d’archéologie subaquatique de Thaïlande.  La pandémie a non seulement réduit les possibilités pour le travail de terrain et les échanges, mais elle a également entraîné le report d'événements importants. Parmi ceux-ci, le septième Congrès international d'archéologie subaquatique, organisé par l'Université d'Helsinki (Conférence IKUWA), a été repoussé à 2021. Le Conseil consultatif scientifique et technique (STAB) de la Convention de 2001 de l'UNESCO pour la protection du patrimoine culturel subaquatique a également dû reporter ses missions consultatives auprès des États parties, dont celle prévue au Guatemala pour évaluer l'état de conservation des structures immergées du lac Atitlan.

Les menaces constantes qui pèsent sur le patrimoine culturel subaquatique, telles que la chasse aux trésors, le pillage et le trafic, sont actuellement accrues.  La suspension de certains financements est également préoccupante. Marijo Gauthier Bérubé, archéologue subaquatique de l'Institut de recherche en histoire maritime et archéologie subaquatique du Québec (Canada), note que "certains projets risquent d'ignorer la nécessité d'évaluer et de documenter le patrimoine submergé, ce qui entraînera inévitablement sa potentielle destruction et une perte de connaissances énorme pour un patrimoine déjà fragile et non renouvelable ».

La Culture, y compris le patrimoine culturel subaquatique, est une source importante de développement économique et social. Malheureusement, de nombreuses petites entités financées par des fonds privés, telles que les sociétés de conseil ou d'archéologie préventive, les associations, les ONG et les musées, sont confrontées à de graves répercussions financières en raison des fermetures causées par la pandémie. Le plus préoccupant est peut-être la situation de nombreux archéologues indépendants, souvent de jeunes professionnels, qui, comme d'autres acteurs du secteur de la culture, se retrouvent sans ressources financières immédiates et confrontés à un avenir incertain.

La situation actuelle a obligé les professionnels à repenser leurs approches et à se questionner sur la nécessité d’une unité transversale autour de notre patrimoine culturel subaquatique commun. Michel L'hour, Directeur du département français des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines, confie sa conviction selon laquelle "il n'y aura pas d'avenir sans solidarité et sans coopération". Christophe Delaere, archéologue subaquatique belge travaillant à la fois avec l'Université d'Oxford et l'Université libre de Bruxelles, rajoute que "au-delà de certains stress, la crise COVID-19 nous permet de prendre du recul par rapport à notre propre gestion du patrimoine culturel et naturel que nous devons impérativement transmettre aux générations futures".    

Aujourd'hui, à la lumière de ces nouvelles circonstances, une gestion éthique et responsable du patrimoine culturel subaquatique doit être poursuivie. La crise met en lumière l'importance de construire de nouvelles voies pour soutenir l'"économie bleue", préconisée par la Décennie des Nations unies pour les sciences océaniques en ce qui concerne notre planète, nos communautés, notre histoire et notre patrimoine, et pour envisager notre relation à long terme avec les océans, les mers, les rivières et les lacs. 




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