08.07.2011 - ODG

L’UNESCO aux cotés du Sud-Soudan pour soutenir l’éducation dans le plus jeune état du monde

© UNESCO/Ania Freindorf

Tribune libre de la Directrice générale de l’UNESCO, Mme Irina Bokova

Le 9 juillet, le Sud-Soudan deviendra l’État le plus récent de la planète.

Ce moment historique exige le soutien de toute la communauté internationale. C’est la raison pour laquelle le ministère britannique du Développement international et l’UNESCO, ensemble avec d’autres agences des Nations unies et des ONG, ont uni leurs forces pour soutenir les écoles comme fondements d’un nouvel état robuste.

Aucun pays n’illustre mieux que le Sud-Soudan la nécessité de soutenir la reconstruction post-conflit. Les vingt-et-un ans de guerre civile ont causé la mort de 2 millions de personnes et 4 autres millions de personnes ont été déplacées. Dans cette région, la mortalité maternelle est la plus élevée du monde.

Les écoles et les écoliers étaient systématiquement pris pour cibles pendant le conflit. Le Sud-Soudan a aujourd’hui les taux d’inscription dans le primaire les plus faibles du monde. Les adolescentes sont plus susceptibles de mourir en couche que d’achever leur scolarisation. Seulement 8 % des femmes savent lire et écrire.

Il est fondamental que la communauté internationale mette en place le financement prévisible et à long terme qui est indispensable au développement du système éducatif national.

Le Sud-Soudan n’est pas un cas isolé.

Les écoliers sont en première ligne des conflits armés dans le monde entier. Ils sont les victimes d’attaques lancées contre les écoles, de campagnes de recrutement forcé menées par des milices armées et d’une épidémie de viols et d’agressions sexuelles.

Le Rapport mondial de suivi sur l’éducation pour tous 2011 de l’UNESCO met en évidence cette crise cachée. Les faits sont alarmants. Selon certaines estimations, entre 1998 et 2008, deux millions d’enfants ont été tués dans les conflits et 6 millions ont été mutilés. Environ 300 000 sont exploités comme soldats. La violence sexuelle est devenue systématique. Un tiers des viols rapportés dans la République démocratique du Congo concernent des enfants. À travers le monde, les salles de classe et les enfants qui s’y trouvent sont de plus en plus souvent considérés comme des cibles légitimes.

Cette crise est dès à présent une crise des droits de la personne humaine. Mais elle annonce aussi une catastrophe à long terme en matière de développement.

Dans les 35 pays en développement touchés par des conflits que nous avons étudiés, 28 millions d’enfants ne vont pas à l’école. Ces pays sont ceux qui présentent les plus grandes inégalités entre les sexes et les taux d’alphabétisation les plus faibles dans le monde ; ils présentent aussi quelques-uns des taux de mortalité infantile les plus élevés du monde.

Tout cela renforce la logique de guerre. Les enfants sans instruction ont devant eux un avenir assombri par la pauvreté – et la pauvreté est un recruteur très persuasif au service des groupes armés.

L’éducation est souvent le premier poste touché par les restrictions budgétaires dans les pays en conflit. Vingt-et-un pays en développement consacrent actuellement une plus grande part de leurs dépenses à l’armement qu’à l’enseignement primaire.

La communauté internationale ne fait pas suffisamment d’efforts pour résoudre ce problème. En 2009, selon les estimations, l’aide à l’éducation n’a atteint que 149 millions de dollars des Etats-Unis, soit environ 2 % de l’aide humanitaire. Aucun autre domaine ne reçoit une aussi petite partie des fonds effectivement versés au titre de l’aide humanitaire. Seulement 38 % des demandes d’aide sont satisfaites. L’aide à l’éducation est souvent négligée, entre l’aide humanitaire et l’aide au développement.
Pourtant, l’éducation est le meilleur moyen de mettre fin au cycle de la violence sur le long terme. C’est un droit humain, l’une des meilleures armes pour combattre la pauvreté et l’un des piliers de la croissance durable. Assurer une éducation de qualité pour tous est un des principaux Objectifs du Millénaire pour le développement que nous sommes déterminés à atteindre d’ici à 2015.

Pour répondre à cette crise et placer le Sud-Soudan sur la voie de la paix, nous devons agir à trois niveaux.

Premièrement, notre priorité doit être de mettre fin à ces effroyables violations des droits de la personne humaine. Les attaques menées contre les enfants, les viols systématiques, ou la destruction des écoles sont inacceptables et ne doivent pas rester impunis. Les gouvernements doivent contraindre les responsables à rendre des comptes. L’Organisation des Nations Unies doit faire sa part du travail en observant les conflits, en publiant des rapports et en enquêtant sur les atteintes les plus graves aux droits de la personne humaine.

Deuxièmement, nous devons investir davantage dans l’éducation, tant au niveau de l’aide humanitaire que de l’aide au développement. L’éducation ne doit pas demeurer le parent pauvre des efforts internationaux. Elle est le meilleur moyen de protéger les jeunes pousses de la paix et constitue souvent le premier dividende réel de la paix pour les communautés qui s’efforcent de se relever.

Enfin, les plans d’action pour la construction de la paix doivent accorder une plus haute priorité à l’éducation. Nous savons qu’une éducation mal conçue peut alimenter les conflits. Nous devons soutenir le développement de systèmes ouverts à tous les groupes et qui enseignent le respect des droits de la personne humaine et des valeurs civiques. Les sociétés qui ne comprennent pas cela sont condamnées à revivre les cauchemars de l’histoire.

L’éducation est en première ligne des conflits armés ; elle doit donc être en première ligne de la construction de la paix. Nous n’y sommes pas encore. Au Sud-Soudan, nous devons saisir l’occasion d’inverser la tendance. C’est la raison pour laquelle l’UNESCO a tissé des liens si étroits avec le ministère britannique du Développement international, ainsi qu’avec Save the Children, les agences des Nations Unies et des ONG. Nous devons à présent agir pour protéger les enfants et les écoles, reconstruire l’éducation, et puiser dans les forces de l’éducation pour favoriser la paix. Le Sud-Soudan est confronté à un réel défi mais avec le soutien de la communauté internationale, c’est un défi qui peut être relevé.




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