12.06.2014 - UNESCOPRESS

L’UNESCO crée un observatoire pour la sauvegarde du patrimoine culturel syrien

© UNESCO / Professor Maamoun Abdul KarimHoms

L’UNESCO va mettre en place à Beyrouth (Liban) un Observatoire pour surveiller et évaluer l'état du patrimoine culturel de la Syrie. La décision a été prise lors d'une réunion internationale d'experts qui s'est tenue à l'UNESCO du 26 au 28 mai. L'Observatoire a pour objectif d’assurer un suivi de l'état des bâtiments, des objets d’arts et du patrimoine culturel immatériel, afin de lutter contre le trafic illicite et recueillir les informations nécessaires à la restauration du patrimoine, une fois le conflit terminé.

L’Observatoire, basé au Bureau de l'UNESCO à Beyrouth, va mettre en place une plate-forme en ligne grâce à  laquelle les acteurs nationaux et internationaux pourront partager des informations sur les structures endommagées, les objets pillés et toute forme de patrimoine immatériel en péril.


La réunion intitulée Ralliement de la communauté internationale pour sauvegarder le patrimoine culturel syrien a rassemblé plus de 120 experts de 22 pays pour partager des informations, élaborer des politiques et améliorer la coopération internationale pendant le conflit en cours et après. Elle a réuni des spécialistes du patrimoine culturel de la Syrie et de la diaspora syrienne, des archéologues, des représentants des ONG syriennes et des partenaires institutionnels de l'UNESCO*, ainsi que des professeurs d’universités du Moyen-Orient et d’ailleurs. Des représentants des grandes maisons de ventes aux enchères internationales ont également participé à la réunion.


Les participants ont demandé que le Conseil de sécurité de l'ONU examine une résolution pour faciliter la restitution des biens culturels syriens volés ou illégalement exportés de Syrie, et interdire leur vente et leur transfert. Ils ont également souligné la nécessité de « démilitariser les sites culturels » et d’empêcher leur utilisation comme bases ou cibles militaires conformément au droit international en vigueur, notamment la Convention pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé (1954), ratifiée par la Syrie.


En outre, les participants ont souligné la nécessité de former la police et les douaniers de la région et de les sensibiliser au rôle qu’ils peuvent jouer dans la lutte contre le trafic illicite des biens culturels.
« Dans certains domaines, nous atteignons le point de non-retour pour le patrimoine culturel de la Syrie, » a mis en garde la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova. «  La destruction du patrimoine représente une hémorragie culturelle qui s’ajoute à la crise humanitaire tragique et aux souffrance vécues par le peuple syrien », a-t-elle ajouté.
La Directrice générale a exprimé sa vive préoccupation concernant les dommages récents infligés à la synagogue historique d’Eliyahu Hanabi à Damas.


« La destruction de l'une des plus anciennes synagogues en Syrie est un nouveau coup porté à son patrimoine religieux et culturel qui a déjà subi d'énormes dégâts, » a déclaré la Directrice générale, se référant en particulier au fait que la Syrie abrite de nombreux monuments d’origine chrétienne, juive et musulmane.
« Cette synagogue témoigne de la diversité culturelle de l'Histoire de la Syrie et de la possibilité de coexistence pacifique entre toutes les communautés dans le pays », a-t-elle conclu.


Face à la tragédie qui se déroule en Syrie, la Directrice générale a salué la solidarité et le soutien des différents participants syriens et des représentants internationaux présents à la réunion.
Les sites archéologiques, villes historiques et monuments inestimables de la Syrie ont été dévastés depuis le début du conflit en mars 2011. Le conflit a affecté l’ensemble des six sites du patrimoine mondial en Syrie, notamment l'ancienne ville d'Alep et le Crac des Chevaliers, et il existe des preuves qu'ils ont été utilisés à des fins militaires, soumis à des bombardements directs et à des explosions ciblées.


Le patrimoine mondial et de nombreux autres vestiges anciens ont fait l’objet de fouilles illicites, de destructions intentionnelles, de constructions illégales, et ont été exposés aux conséquences de l'occupation humaine temporaire. Le patrimoine culturel immatériel- notamment les pratiques culturelles et les arts du spectacle - est également exposé à de graves menaces en raison de la fragmentation sociale, du déplacement et de la migration du peuple syrien. Dans la ville antique d’Alep qui a lourdement été endommagée, les artisans ont vu un nombre considérable de leurs ateliers, outils et matériaux détruits. Toute activité de ce type a été suspendue.  A Damas et dans les zones périphériques, si la vieille ville a été relativement épargnée, les céramiques traditionnelles de Qishani et la production traditionnelle de vêtements  ont été lourdement affectés.


« Il est essentiel que les médias sensibilisent le public à la crise que subit le patrimoine culturel syrien » a déclaré Francesco Bandarin, Sous-Directeur général de l’UNESCO pour la culture. « Les vendeurs et les acheteurs d'art doivent être conscients du risque que présente le trafic illicite et que les organisations mafieuses internationales profitent de la crise pour vendre des objets authentiques, mais aussi contrefaits, en provenance du pays ».
La réunion a été organisée avec le soutien financier du Gouvernement flamand dans le cadre d'un projet de 2,5 million d’euros de l'Union européenne, intitulé « Sauvegarde d'urgence du patrimoine culturel syrien", que le Bureau de l'UNESCO à Beyrouth met en œuvre depuis le mois de mars de cette année.

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* Interpol ; le Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS), le Centre international d'études pour la conservation et la restauration des biens culturels (ICCROM), le Conseil international des musées (ICOM), l'Organisation mondiale des douanes ; et l'Institut international pour l'unification du droit privé (UNIDROIT)

 

 




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