03.10.2014 - UNESCO Office in Dakar

La Journée mondiale des enseignants 2014: les défis des enseignants dans les pays du Sahel

©UNESCO/Always

La Journée mondiale des enseignants, célébrée chaque année le 5 Octobre offre une occasion de réfléchir sur la situation et le statut des enseignants à travers le monde.

Quels sont les derniers développements et défis majeurs dans les sept pays couverts par le Bureau régional de l'UNESCO à Dakar?

Ces pays sont, à l'exception du Cabo Verde, parmi les plus pauvres au monde (Burkina Faso, la Gambie, la Guinée-Bissau, Mali, Niger et Sénégal).

Nous avons rassemblé un aperçu de chacun des pays, qui montre que la qualité de l'enseignement, la pénurie et le déploiement des enseignants ainsi que leur statut restent les principaux défis dans la sous-région.

Burkina Faso : alarmante pénurie d'enseignants

La pénurie d'enseignants est l'un des défis majeurs de l'éducation au Burkina Faso. Au moins 5% de tous les diplômés de l'enseignement secondaire supérieur en 2020 devraient être orientés vers l'enseignement pour combler le déficit d'enseignants.

D'autres estimations montrent que le budget pour l’éducation devrait augmenter de près de 10%, afin de payer les salaires des enseignants supplémentaires qui seront nécessaires pour atteindre l'éducation primaire universelle d'ici à 2020. De même, le budget du premier cycle de l'enseignement secondaire devrait augmenter de 6% en 2030 pour atteindre l'éducation secondaire universelle.

Avec cette pénurie d'enseignants, le Burkina Faso devrait atteindre l'objectif d'éducation primaire universelle seulement après 2070 si le pays ne parvient pas à mettre en œuvre une stratégie forte pour résoudre ce problème. Pour les filles en milieu rurale qui sont les plus enclins à ne pas être scolarisées au primaire, l'année prévue pour l'enseignement primaire universel est après 2100.

Cap-Vert : se tourner vers les compétences

Le Cap-Vert a rejoint le groupe des pays à revenu intermédiaire en 2007. Le PIB par habitant est de $ 4,400 par rapport à une moyenne de $ 1,450 dans le groupe restant des pays couverts par l'UNESCO Dakar.

Les enseignants du primaire sont payés environ 22 $ US par jour. Alors que le taux de scolarisation a augmenté au cours des dernières années, le redoublement à la fois à l’école primaire et au secondaire demeure une préoccupation (10% de redoublement à l'école primaire et environ 20% dans le secondaire).

En 2005, le Cap-Vert a lancé un nouveau curriculum pour le cycle de l'éducation de base. Cette réforme implique un passage d'un système d'apprentissage basé sur la connaissance et l’enseignant à un système d'apprentissage basé sur les compétences et centré sur l’élève. Suite à la réforme, de nouvelles méthodes d'alphabétisation ont été mis en œuvre, y compris l'abandon de la répétition des lettres au profit d’une concentration sur les mots et les phrases.

Dans ce nouveau cadre les enseignants sont censés être des «médiateurs» qui se concentrent autant sur le développement de l'enfant et le rythme d'apprentissage que sur le contenu à enseigner. Les nouvelles méthodes d'alphabétisation se sont avérées efficaces. Là où l’apprentissage de la lecture et de l'écriture pouvait durer de un à deux ans, cela prend maintenant environ trois mois. En termes de formation des professeurs, il est encore nécessaire de familiariser les enseignants avec la nouvelle approche basée sur les compétences.

Gambie : relever le défi d'attirer les enseignants dans les zones rurales

En matière d’enseignants, la Gambie est confrontée au problème de la qualité. En 2009/10 les enseignants non qualifiés représentaient 32% de l’effectif des enseignants de l’éducation de base. Plus récemment, en 2013, un test a montré que les enseignants d'anglais du primaire obtenaient de faibles notes sur les tests d'anglais de base. Seulement 54% ont correctement identifié un synonyme du mot «énorme» dans une liste de quatre mots.

Il est intéressant de noter qu’il ya un intérêt croissant pour la formation au métier d’enseignants. La part des étudiants de l'enseignement supérieur inscrits dans la formation à l’enseignement a doublé, passant de 14% à 27% entre 2005/6 et 2009/10.

Comme pour de nombreux autres pays, pousser les enseignants à travailler dans les zones où ils sont les plus demandés est un défi. Si les meilleurs enseignants travaillent rarement dans les zones rurales et pauvres, les enfants qui sont déjà défavorisés vont encore plus souffrir. Pour faire face à ce défi, la Gambie a créé des primes pour les enseignants en introduisant une allocation de 30-40% du salaire de base pour les postes dans les régions éloignées. En 2007, 24% des enseignants avaient demandé un transfert vers les écoles défavorisées.

Guinée-Bissau: la formation plus importante que le recrutement

Certains pays ont à faire face au double défi du recrutement et de la formation. Avec un pourcentage de moins de 50 en termes d'enseignants qualifiés, la formation des enseignants est un défi plus grand pour la Guinée-Bissau que le recrutement de nouveaux enseignants. Pour atteindre l'éducation primaire universelle d'ici à 2020 le taux requis de croissance annuelle de recrutement de nouveaux enseignants est inférieure à 3% alors que pour les enseignants existants à former la croissance annuelle exigée est de près de 12%.

Le salaire des enseignants en Guinée-Bissau est faible. Ils ne sont payés plus de 5 $ par jour, en moyenne, ce qui, n'est pas suffisant pour maintenir une famille de quatre personnes au-dessus du seuil de pauvreté si l'enseignant est le seul soutien de sa famille.

Mali : un paysage de professeur peu qualifiés

Pour répondre au besoin urgent d'enseignants, de nombreux pays ont recruté des enseignants sur des contrats temporaires. Les enseignants contractuels, qui ont généralement peu ou pas de formation officielle, ont tendance à être moins payés que les enseignants fonctionnaires et sont souvent embauchés dans des conditions moins favorables. Vers le milieu des années 2000, les enseignants contractuels représentaient la moitié de l'effectif des enseignements en Afrique de l'Ouest.

Au Mali, cette question est particulièrement pertinente. À la fin des années 2000, la proportion d'enseignants contractuels était de près de 80%. Avec un nombre aussi élevé, la qualité de l'enseignement est en danger. Une étude sur les compétences des élèves en utilisant une évaluation en lecture (Early Grade Reading Assessment) et les observations des enseignants a permis de constater que peu d'enseignants ont pu apprendre à leurs élèves à lire. Les enseignants avaient été insuffisamment formés dans l'application des méthodes d'enseignement requises. La qualité des enseignants laisse clairement ses marques sur les résultats d'apprentissage. Près de la moitié des étudiants au Mali ne peuvent lire un mot dans leur propre langue à la fin de la 2e année.

Au cours de la dernière décennie, le Mali a recruté des enseignants à un taux de 9% par an, ce qui a contribué à réduire le nombre d'élèves par enseignant de 62 en 1999 à 48 en 2011. Cependant, beaucoup de ces enseignants ne sont pas formés. Une étude de 804 enseignants a montré que seulement 15% avaient terminé l'enseignement secondaire supérieur, certain ayant seulement complété les études primaires. Le ratio d'élèves par enseignant formé est de 92: 1, un des plus élevés du monde.

Niger: Abondance des enseignants contractuels et manque d'enseignantes

Le Niger est également confronté à de grands défis pour combler le déficit d’enseignants. Le pays aurait besoin de rediriger près d'un quart de ses diplômées de 20 ans issus du secondaire supérieur dans les programmes de formation d’enseignants du primaire pour assurer l'éducation primaire universelle d'ici 2020. Ceci est en grande partie irréaliste et le Niger ne devrait pas atteindre l'objectif d’achèvement de l'enseignement primaire universel avant 2070.

Afin de remédier à la pénurie aiguë d'enseignants, de nombreux nouveaux enseignants ont été embauchés sur des contrats à court terme. À la fin des années 2000, la proportion d'enseignants contractuels était de près de 80%. Au Niger, les enseignants contractuels gagnent la moitié du salaire des enseignants de la fonction publique. Une étude montre que l'impact global des enseignants contractuels sur les résultats d'apprentissage en français et en mathématiques a été négatif pour les élèves des classes 2 et 5. Le Niger a un des plus faibles pourcentages d'enseignants formés à l'école secondaire, atteignant seulement 17%.

Un autre problème qui apparaît dans le cas du Niger concerne le nombre d’enseignantes. La présence d'enseignantes est crucial pour attirer les filles à l'école et d'améliorer leurs résultats d'apprentissage, en particulier dans les pays qui souffrent de disparités entre les sexes. Au Niger, la part des enseignantes passe de 46% à l'école primaire à 22% dans le premier cycle du secondaire et descend à 18% dans le second cycle du secondaire.

Sénégal : Manque d’expérience pratique des enseignants

Le Sénégal a été l'un des premiers pays à introduire l'enseignement contractuel, qui a été adopté comme politique nationale en 1995 après que l'enseignement primaire soit devenu gratuit. En 2004, 56% des enseignants étaient contractuels et payé un tiers du salaire d'un enseignant régulier. Cela a influencé le ratio élèves / enseignant, qui a diminué de 49: 1 en 1999 à 33: 1 en 2011, tandis que la scolarisation primaire a augmenté de 67%. Même avec ces chiffres, le Sénégal ne devrait pas atteindre l'objectif d’achèvement de l'éducation primaire universelle avant 2070.

Sur une note plus positive, le Sénégal a presque doublé son taux d'alphabétisation de 27% à 50% et plus que doublé son taux d'alphabétisation des femmes, de 18% à 39% de 1988 à 2009.

Les programmes de formation des enseignants dans les pays en développement manquent souvent d’opportunités pour les enseignants stagiaires d'acquérir une expérience pratique adéquate en classe. C'est le cas pour le Sénégal, où le temps consacré à la pratique de l'enseignement n’est que de neuf semaines sur six mois de formation.

Les données ci-dessus sont pour la plupart tirées du Rapport mondial de suivi de l'EPT 2013/14 : "Enseigner et apprendre: atteindre la qualité pour tous".

La réponse de l'UNESCO Dakar 

Le Bureau régional de l'UNESCO à Dakar cherche activement à apporter son soutien aux pays pour les aider à résoudre ces problèmes. 

Le Bureau est aussi responsable de la mise en place de plusieurs projets visant à consolider les compétences des enseignants au Burkina Faso, au Niger et au Sénégal.

L'UNESCO  Dakar est également en cours d'exécution d'un projet majeur de formation des enseignants en Guinée-Bissau, qui apporte son soutien au nouveau plan d'urgence du pays en matière d'éducation.




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