04.03.2014 - Natural Sciences Sector

A ressources critiques, réflexion critique

© Lubala 2013. Femmes, jeunes et enfants retravaillent les résidus de dépots de Cu et Co, Kolwezi, DRC.

Les ressources critiques sont essentielles à l’avancement et au développement technologiques de la société moderne. Notre ère est celle des progrès techniques, et la demande mondiale en éléments de terres rares et autres ressources non-renouvelables s’intensifie. Un simple téléphone portable contient 40 différents éléments non-renouvelables, dont du cobalt, du gallium, de la platine, et des éléments de terres rares. Tant les gouvernements comme les agences internationales ont constaté une crise des ressources critiques pour les économies du XXIe siècle : maintenir notre niveau actuel d’extraction des ressources n’est plus possible.

Ces ressources critiques, et les problématiques qui s’y rapportent, sont abordées au travers de nombreux projets du Programme international de géosciences (PICG) en 2014, qui soulignent leur importance dans l’économie et le développement à travers le monde. Il est primordial de comprendre la présence géologique, la formation et la composition minérale d’éléments critiques, de déterminer les ressources futures, et de quantifier leur disponibilité à l’échelle mondiale. L’un des projets fondés par le PICG a pour but d’enrichir nos connaissances au sujet des ressources naturelles : le projet PICG 600 : « Métallogénie des orogènes collisionnels ». Ce projet rassemble des chercheurs de différentes disciplines, de différents pays, à des étapes différentes de leur carrière, et promeut la coopération, l’échange des connaissances et la collaboration en matière de recherche sur nos systèmes terrestres.

Les ressources non-renouvelables soutiennent nos économies et ont amélioré de façon significative notre qualité de vie ; néanmoins des controverses subsistent au sujet des techniques d’extraction et des dommages environnementaux, notamment en Afrique. Ceci est dû aux pressions économiques et à une prise de conscience plus lente des enjeux environnementaux à moyen et long terme. Les communautés africaines subissent les conséquences néfastes des activités minières et de leurs impacts sur les écosystèmes et la santé publique. Le PICG soutient les projets touchant à ces problématiques : le projet PICG 606 : « Impact environnemental et sanitaire des grandes mines et des mines abandonnées dans les pays d’Afrique subsaharienne », et ainsi que le projet PICG 594 : « Impact environnemental de l'exploitation minière en Afrique ». Ces projets fournissent non seulement des connaissances scientifiques, mais aussi des conseils aux gouvernements et aux autorités locales en matière de surveillance en cas de contamination, d’aménagement du territoire, et de technologies de dépollution pour remédier aux dommages environnementaux des régions contaminées. 

L’exploitation minière est l’un des principaux moteurs de l’économie subsaharienne – elle y contribue à plus de 20%. L’agriculture représente également une part importante de l’économie régionale, mais elle subit les impacts du développement minier. Des décennies d’exploitation de mines de métaux ont engendré l’apparition de nouveaux types de métaux toxiques dans les ressources en eaux de surface et en eaux souterraines, ainsi que dans les sols et les cultures alimentaires, avec des conséquences éventuelles en amont de la chaîne alimentaire pour les populations animales et humaines. Certains pays d’Afrique subsaharienne ne disposent pas d’inventaires des mines abandonnées, d’où le besoin critique d’étudier et d’évaluer systématiquement les impacts sur la région. Certains pays ne disposent pas non plus des informations de base requises pour faire la distinction entre les sources anthropiques et naturelles des métaux dans les eaux, les terres, et la végétation. L’UNESCO, en collaboration avec l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (ASDI), soutient actuellement des recherches afin de déterminer l’étendue des dommages causés par les métaux polluants, leur impact sur la santé des hommes et des animaux, et les effets sur l’environnement et les écosystèmes.

En 2013, des analyses ont été menées sur 10 sites dans 9 pays. Celles-ci prenaient également en compte des études concernant des contaminations au plomb, au cuivre, à l’argent et à l’arsenic dans une mine namibienne, des contaminations au plomb et au zinc à Vitengeni au Kenya, et divers métaux nocifs provenant de résidus à Kolwezi, en République démocratique du Congo. Au total, 800 échantillons de différents sites ont été récoltés et sont désormais analysés dans un laboratoire d’accréditation internationale ; la publication des résultats préliminaires est prévue pour mai 2014. Ces résultats serviront de données scientifiques pour des notes d’orientation et les décideurs.

Un modèle de réussite se détache cependant de la mine namibienne abandonnée de Berg Aukas, qui traitait le plomb, le vanadium et le zinc. Les bâtiments abandonnés du site minier servaient d’école d’agriculture pour jeunes, et les environs de zone de culture. Lorsqu’une étude a démontré que le sol était dangereux, l’école a été déplacée en dehors de la zone contaminée. Un autre projet situé dans la région de Kédougou dans l’Est du Sénégal surveille la pollution au mercure due à des extractions artisanales d'or à petite échelle. Les sédiments, les eaux et la faune environnants se sont avérés contaminés : l’accumulation de mercure retrouvée dans les poissons dépassait les seuils préconisés par l’Organisation mondiale de la Santé. Qui plus est, les concentrations de mercure ont été prélevées sur des cheveux humains – cela confirme de fait la contamination humaine et un besoin urgent de sensibiliser les communautés locales aux effets à long-terme de l’utilisation du mercure dans l’extraction minière.

Les projets de l’UNESCO participent au renforcement des capacités en termes de surveillance environnementale et des sciences de la terre en général ; ils renforcent également la capacité des institutions africaines en matière de recherche en géoscience, sensibilisent le grand public aux impacts environnementaux et sanitaires de l’exploitation minière, et facilitent la coopération entre géoscientifiques et scientifiques spécialisés dans les domaines de la médecine et de l’environnement. Les résultats sont utilisés à des fins d’aménagement du territoire, de stratégies de dépollution et d’atténuation des dangers environnementaux dans les régions contaminées. L’exploitation minière et l’extraction de ressources naturelles est inévitable : ces activités sont essentielles au développement scientifique et technologique. Néanmoins, l’extraction de ces ressources se doit d’être mise en œuvre de façon durable ; les techniques de réhabilitation et les mesures correctives prises pour les sites miniers contaminés doivent être développées en coopération et parallèlement aux nouvelles exploitations minières.

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