01.11.2011 - Natural Sciences Sector

Laisser le pétrole dans le sous-sol

Au cœur de la forêt amazonienne, les compagnies pétrolières, les scientifiques, les environnementalistes et les communautés autochtones retiennent leur souffle. Le Président de l’Équateur, Rafael Correa, a fait une proposition qui pourrait être la plus ambitieuse à ce jour, visant à la fois à combattre le changement climatique, préserver ce point chaud de la biodiversité et protéger les droits des autochtones.

Il demande à la communauté internationale de fournir à l’Équateur une somme de 3,6 milliards de dollars en tout, au cours des treize années à venir, à titre de compensation partielle aux pertes de revenus subies par son pays, s’il s’engage à ne pas exploiter le gisement de près d’un milliard de barils de pétrole situé sous la réserve de biosphère Yasuni. La réserve est habitée par des populations Huaorani ainsi que des Tagaeri et Taromenani, ces deux dernières vivant dans un isolement choisi.

Des compagnies exploitent déjà d’autres portions du parc, y compris un bloc qui borde la zone Yasuni Ishpingo Tambococha Tiputini, dont le permis de forage a été attribué à la société brésilienne Petrobras.

En annonçant le projet à l’Assemblée générale des Nations unies en septembre 2007, le Président Correa a expliqué que la proposition de l’Équateur était assortie de la création du Fonds environnemental Yasuni Ishpingo Tambococha Tiputini, selon l’appellation de la zone que le gouvernement se propose d’épargner. Ce fonds couvre « la diversification des sources d’énergie, le renforcement des capacités et l’investissement dans l’éco-tourisme ainsi que la mise en œuvre d’un agenda intégré intéressant la santé, l’éducation et la remise en état de l’environnement ». Le Président Correa a par ailleurs pris des dispositions « afin de garantir l’intégrité physique et culturelle » des populations vivant en isolement volontaire, « tout en respectant la souveraineté de leurs territoires ».

Selon une récente enquête d’opinion effectuée en Équateur, l’initiative aurait été approuvée par 75 % des personnes interrogées. Des ONG se sont, elles aussi, prononcées en faveur du plan, notamment Amazon Watch, Acción Ecológica, dont le siège est à Quito, et Scientists concerned for Yasuni, réseau de chercheurs indépendants. Le projet est également soutenu par plusieurs gouvernements.

Néanmoins,  Science annonçait en juin de cette année que « depuis l’ouverture en août 2010 d’un fonds en dépôt administré par les Nations unies, l’Équateur n’avait reçu qu’environ 40 millions de dollars en engagements pluriannuels, de la part de divers pays, tels que l’Italie, l’Espagne et le Chili […]. L’Allemagne a envisagé de fournir jusqu’à 50 millions par an, mais Die Zeita fait savoir [en début juin] que le pays retirait son soutien ».

La proposition de Yasuni a été examinée lors de la conférence du MAB sur les réserves de biosphère et le changement climatique, qui s’est tenue en juin de cette année. La Déclaration de Dresde se réfère implicitement à Yasuni en demandant aux États de « Soutenir les instruments et activités économiques novateurs qui associent l’atténuation du changement climatique et l’adaptation à ses effets à la préservation de l’intégrité des écosystèmes et de la biodiversité, ainsi qu’au développement social, notamment les besoins des communautés locales et autochtones, en particulier dans le cadre de l’extraction des ressources naturelles et de la production d’énergie. »
Comme l’a fait remarquer un observateur, au moment décisif, le programme MAB ne semble pas encore détenir suffisamment d’influence auprès des cercles internationaux pour faire aboutir le principe d’un plan financier aussi audacieux que celui de Yasuni. Le même observateur estime toutefois qu’il est permis d’espérer que sera renforcé le pouvoir de levier du MAB, à condition de consolider la cohésion du réseau.

L’Équateur a également suggéré que l’OPEP prélève une taxe sur les têtes de puits de pétrole, selon l’idée d’un économiste de l’environnement, Herman Daly. Les rentrées de la taxe carbone serviraient à fournir à des pays comme l’Équateur une incitation financière pour laisser le pétrole sous terre dans des écosystèmes vulnérables.

Susan Schneegans

Extrait de Planète Science, Vol.9, N°4, un numéro célébrant le 40e anniversaire du MAB.

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