13.12.2012 - Natural Sciences Sector

Un demi-siècle d’environnementalisme

Rachel Carson in her lab

Rachel Carson était profondément attachée au monde naturel qui nous entoure. La vie de l’océan et les dangers liés à la pollution chimique sont demeurés au premier plan de ses préoccupations tout au long de sa carrière de biologiste marine, et son travail a jeté les bases du mouvement environnemental moderne. Pendant les années 50, elle explora la vie marine des profondeurs aux rivages dans sa trilogie de la mer (« Under the Sea Wind », « Cette mer qui nous entoure » et « Les Merveilles de la mer et de ses rivages »). Elle alerta le public quant aux effets potentiels des activités humaines sur la vie marine, tout en soulignant l’intérêt de mieux connaitre l’océan et ses processus aux vues de leur rôle central dans les systèmes de vie sur Terre. Son dernier livre, Le Printemps silencieux, a eu un impact profond au moment de sa parution en 1962, qui résonne encore aujourd’hui.

Alors que les ressources naturelles semblaient encore illimitées, que l’agriculture s’intensifiait et que la productivité augmentait de façon vertigineuse, ce livre a changé notre compréhension de l’environnement, et surtout du rôle que nous jouons dans notre environnement. Rachel Carson a fait valoir qu’il est plus correct d’appeler les pesticides « biocides » en raison de leurs effets néfastes sur l’environnement, qui se limitent rarement aux espèces nuisibles ciblées. Constatant que l’usage aveugle des pesticides tuait les oiseaux chanteurs, elle s’inspira d’un poème de John Keats —« Et aucun oiseau n’y chante » pour trouver le titre de son livre.

Elle savait aborder les questions techniques dans un style poétique et accessible, touchant ainsi un large public. Elle a ainsi fait germer une prise de conscience environnementale et Le Printemps silencieux devint rapidement un best-seller à travers le monde. Le débat qui s’ensuivit s’échappa des forums spécialisés pour s’étaler dans les pages du New York Times.

Le Printemps silencieux a suscité un tollé général, suivi d’une contre-attaque brutale de l’industrie chimique, souvent teintée de sexisme. Les femmes scientifiques étaient alors rares et peu reconnues ; Rachel Carson devient la cible d’attaques personnelles visant à saper sa crédibilité. Ses détracteurs dressent le portrait d’une femme déraisonnable et hystérique, communiste même ! En réponse à ces attaques, elle canalise le débat pour éduquer le public quant aux impacts des actions humaines sur l’environnement. Pour la première fois, les questions environnementales font l’objet de débats au Sénat, ouvrant la voie pour la création de l’Agence américaine pour la protection de l’environnement (EPA).

Propulsée à l’avant de la scène par al polémique qui suit la publication de son dernier livre, Rachel Carson devient une sorte d’icône du mouvement environnemental qui suivit, surtout pour les femmes activistes. Dès 1963, Charles Schulz la représente comme modèle des jeunes filles dans son célèbre Peanuts (Snoopy).

L’UNESCO encouragea les débats sur l’environnement dès sa création, après la Seconde Guerre mondiale. En 1962, au moment où Rachel Carson fait comprendre à ses lecteurs qu’ils font partie de leur environnement et sont responsables de sa gestion, l’UNESCO établit la Commission océanographique intergouvernementale suite à une recommandation passée en 1960 pour renforcer son programme de sciences marines. La création de la Commission est suivie par celle du programme sur l’Homme et la biosphère (MAB) en 1970, « pour améliorer la relation globale entre l’homme et l’environnement ; pour prévoir les conséquences des actions d’aujourd’hui sur le monde de demain et ainsi accroître les capacités humaines à gérer efficacement les ressources naturelles de la biosphère », puis vient le Programme international des géosciences (PICG) en 1972, et enfin le Programme hydrologique international en 1975.

L’objectif de ces initiatives est de répondre au défi déterminant de notre époque : protéger les processus naturels de la Terre pour un développement durable, soutenir la santé des écosystèmes et des êtres humains. Les deux sont inséparablement liées, et c’est par Le printemps silencieux que ce message atteint le public pour la première fois. Rachel Carson n’était pas la première à formuler des préoccupations écologiques, mais elle a su se faire entendre dans le monde entier, et sa voix résonne encore aujourd’hui.

Afin de fêter le 50e anniversaire de la publication du Printemps silencieux, Commission océanographique intergouvernementale de l’UNESCO et le Centre Rachel Carson de Munich organisent un évènement spécial pour présenter les répercussions du livre et l’héritage de Rachel Carson. Les présentations et débats seront centrés sur le rôle des femmes dans les mouvements écologistes, le débat international sur le DDT, l’impact des pesticides sur la vie marine et, surtout, comment tracer une voie vers un avenir durable sur la base de son éthique environnementale.

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