La réserve biosphère de Mayangna-Bosawas, Nicaragua

©Paule Gros
Méthode de pêche: Alejandro Amador pêche sur un bateau à l'aide d'un arc et d'une flèche

Au cours de décennies récentes, la reconnaissance du lien intime entre les personnes et les lieux s'est élargie de manière à prendre en compte la diversité culturelle comme facteur clé pour maintenir la biodiversité dans le monde. Cependant encore aujourd'hui, d'innombrables initiatives pour la préservation restent ancrées dans une vision binaire qui oppose les êtres humains à la nature.

Résumé : la Biosphère de Bosawas, au centre-nord du Nicaragua, constitue l'une des pièces maîtresses du "Cœur du Couloir Biologique Méso-américain". La région est reconnue pour sa riche biodiversité ainsi que ses nombreuses espèces rares et menacées. Certaines des dernières populations d'Amérique centrale y sont présentes, notamment le fourmilier géant, le tapir de Baird, le singe-araignée d'Amérique centrale, le jaguar, l'aigle harpie et le crocodile américain, ainsi que les dernières populations dans le monde du tapir de Baird et du singe-araignée d'Amérique centrale.

Le territoire est aussi le lieu d'habitation des autochtones Mayangna ou Sumu, qui y ont vécu depuis des siècles. Ils ont développé une connaissance complexe et étendue de la flore et la faune locales, et ont façonné l'écosystème du territoire à travers leurs pratiques culturelles.

Aujourd'hui ces systèmes biologiques et culturels, reliés entre eux, sont menacés par un développement rapide de l'agriculture, par la contamination des cours d'eau ayant leurs sources hors de la réserve, par l'abattage illégal, ainsi que par le commerce d'espèces menacées animales et végétales. Le projet de LINKS tente d'assurer que le savoir détenu par les Mayangna, ainsi que le caractère spécifique de leur lien écologique, social et culturel à l'environnement naturel, sont dûment reconnus et pleinement incorporés à la planification et à la mise en œuvre des processus de gestion des ressources dans la réserve biosphère de Bosawas.

Au cours d'un premier effort pour comprendre les rapports des Mayangna à leur environnement naturel, les animaux, plantes et autres entités naturelles reconnues par les Mayangna sont en train d'être rassemblés dans un livre intitulé "Conocimientos tradicionales del pueblo Mayangna sobre la convivencia hombre y naturaleza". Ce projet est réalisé en coopération avec le Centre International d'Écologie Tropicale (ICTE) à l'Université de Missouri-Saint Louis (États-Unis d'Amérique).

Après de nombreuses consultations et l'accord des autorités locales Mayangna, cette documentation s'est d'abord concentrée sur les poissons et les tortues, qui constituent deux sources d'alimentation importantes dans la réserve. L'équipe rassemble actuellement une bibliothèque de photos contenant les trente-deux taxa de poissons et les six tortues identifiés par les Mayangna. Pour chacun des animaux, on documente les noms, connaissances et savoir-faire concernant l'histoire naturelle, les techniques de récolte et d'usage, ainsi que des mythes et légendes, et ce à partir d'entretiens individuels et de dialogues en groupe. L'équipe se renseigne aussi sur les correspondances entre les systèmes d'appellation Mayangna et autres, incluant les termes scientifiques pour les taxa, ainsi que les noms dans la langue Miskitu et l'espagnol parlé au niveau local. Cet effort fait partie d'un projet plus élargi qui a rassemblé les noms de 787 plantes et animaux, organisés en dix-neuf catégories Mayangna.

Dans un premier temps, ce projet a été mis en œuvre par les habitants de la rivière Lakus qui constituent l'un des cinq groupes Mayangna à Bosawas, avec l'encadrement à la fois de Nacilio Miguel d'Arandak (Lakus) et de la professeur Dr. Paule Gros associée à l'ICTE. Actuellement, il est étendu à l'ensemble de la communauté habitant la région Bosawas. La version espangnole de l'encyclopédie a été lancée en janvier 2010 à Paris puis la version Mayangna à Managua le 29 juillet 2010.

En 2010, le projet s’est lancé dans une nouvelle phase importante, au cours de laquelle des materiaux sur les connaissances locales en langue Mayangna seront développés, en vue de les utiliser dans le cadre de l’éducation à Bosawas et eventuellement dans d’autres régions du Nicaragua. À terme, on anticipe qu'en reconnaissant leurs connaissances et pratiques, et en montrant leur rôle déterminant dans la gestion des ressources naturelles, les Mayangna se verront conférer un rôle de plus en plus saillant dans le processus de développement durable de la région.

 

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