31.07.2018 - Commission océanographique intergouvernementale

Le Conseil exécutif de la COI s'attaque aux besoins scientifiques pour un océan plus durable à l'horizon 2030

© UNESCO/IOC – 51e Session du Conseil exécutif de la COI (3-6 juillet 2018).

Le Conseil exécutif de la Commission océanographique intergouvernementale (COI) de l’UNESCO s’est réuni du 3 au 6 juillet dernier à l’occasion de sa 51e Session au Siège de l’UNESCO (Paris, France). Les Etats membres du Conseil ont passé en revue les problématiques et les points figurants dans les plans de travail en cours et entrepris les préparatifs pour la prochaine session de l’Assemblée de la COI.

Le Conseil exécutif, qui se réunit chaque année, a été ouvert le matin du 3 juillet par la Directrice générale de l'UNESCO, Audrey Azoulay. Elle a souligné la « grande opportunité » que représente la Décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques au service du développement durable. Elle a également souligné que ce serait pour la Commission « une reconnaissance d’un travail remarquable, mené depuis de longues années, [...] et de ses nombreux efforts pour permettre le rapprochement des sciences océaniques et de la sphère politique… la science et l’action. »

« Une des priorités de la Décennie devrait être d’encourager les Etats membres à fournir un financement plus durable au service des sciences océaniques et à renforcer la solidarité internationale par le renforcement des capacités des petits Etats insulaires en développement (PEID), qui sont souvent les premiers concernés par les changements océaniques, » a-t-elle ajouté.

Décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques au service du développement durable (2021-2030)

Les organes directeurs de la COI, l’Assemblée et le Conseil exécutif, auront un rôle déterminant à jouer au cours des années à venir pour mener à bien la mise en œuvre de la Décennie et créer les opportunités nécessaires à l’engagement de toutes les parties prenantes. Le 6 juillet, le Conseil a adopté une résolution qui met en place le processus de la phase préparatoire (2018-2020) telle qu'elle est décrite dans la Feuille de route révisée de la Décennie. Cette phase sera axée sur la préparation d'un plan de mise en œuvre de la Décennie comprenant à la fois un plan scientifique et un plan de participation. A cette occasion, le groupe exécutif de planification, composé d’experts de haut niveau et chargé de l’élaboration du plan de mise en œuvre, a été officiellement mis en place, tout comme le Forum des parties prenantes, ouvert à différentes communautés (science, technologie, gestion de l’océan, secteur privé, société civile) souhaitant participer à la Décennie. Peter Haugan, Président de la COI, a invité toute les nations à contribuer au processus de planification ainsi qu’à créer des comités nationaux afin de coordonner les activités. Plusieurs Etats membres ont proposé d’accueillir des réunions de planification régionales et mondiales au cours des prochains mois, ce qui est très encourageant.

Plus d'une douzaine d'agences onusiennes et de partenaires clés présents ont pris la parole pour exprimer leur soutien et engagement*. Ainsi, ils ont fait écho aux propos d’Audrey Azouley prononcés le jour précédent concernant l’importance de rassembler « une large communauté de partenaires qui travaillent sur les problématiques relatives à l’océan, notamment au sein de la famille de l’ONU et de la communauté scientifique, pour contribuer au débat sur la Décennie des Nations Unies ». Le logo officiel de la Décennie et une nouvelle brochure présentant ses objectifs de haut niveau et la structure de sa phase préparatoire ont été présentés au Conseil exécutif.

Le 5 juillet, les présidents des quatre organes subsidiaires régionaux de la COI – IOCAFRICA, IOCARIBE, IOCINDIO et WESTPAC – ont donné un bref aperçu des travaux entrepris dans chaque région depuis l'Assemblée de l'année dernière, mettant l'accent sur les défis et problématiques émergentes. Ils ont fait le lien entre leurs programmes de travail et la mise en place de la Décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques en termes de priorités et de contributions régionales.

Renforcer la capacité de résistance aux risques de tsunamis

Le Conseil exécutif a reconnu le succès du « Symposium sur les progrès des systèmes d’alerte en matière de renforcement des réponses communautaires » (12-14 février 2018), qui a réuni plus de 100 participants de 25 pays et de six organisations internationales, ainsi que des exercices d’alerte aux tsunamis NEAMWave 17 (31 octobre-3 novembre 2017) et CARIBEWave 2018 (15 mars 2018), auxquels plus de 640 000 de personnes ont participé.

Les Etats membres de la COI ont été encouragés à accroître et à maintenir sur une longue durée l'appui technique et financier aux systèmes d'alerte aux tsunamis et autres risques côtiers dans leurs régions respectives, compte tenu des impacts considérables de ces risques sur la vie et les moyens de subsistance des communautés dans les zones côtières. Le Conseil a aussi appelé à densifier les réseaux de mesure du niveau de la mer et les réseaux sismiques, en particulier à proximité des sources de tsunamis. Les Etats membres ont également été invités à promouvoir davantage la sensibilisation aux tsunamis au sein de leurs communautés et autorités par le biais de la communication, d’exercices d’alerte aux tsunamis, de formations, d'informations, de la préparation des communautés et de programmes de reconnaissance ainsi que par la célébration de la Journée mondiale de sensibilisation aux tsunamis (5 novembre 2018).

Les sciences océaniques en action

Un an après la publication du Rapport mondial sur les sciences océaniques (GOSR), des experts ont donné le coup d'envoi de sa deuxième édition, qui sera lancée lors de la deuxième Conférence des Nations Unies sur les océans en 2020. La méthodologie développée pour le rapport a été largement reconnue par le Groupe interinstitutions et d'experts sur les indicateurs relatifs aux ODD (GIAE-ODD) en novembre 2017, lorsqu'il a décidé de reclasser l'indicateur 14.a.1 sur la « proportion du budget total de la recherche allouée à la recherche sur les technologies marines » de la catégorie 3 à la catégorie 2 (méthodologie établie mais données collectées de façon irrégulière par les pays). En tant qu'organisme responsable de cet indicateur, le Secrétariat de la COI a demandé à ses Etats membres de contribuer au questionnaire du GOSR-II et de fournir des données et des informations pertinentes par l'intermédiaire du portail de données GOSR, actuellement en cours d'élaboration, avec le soutien de la République de Corée.

La méthodologie de l'indicateur SDG 14.3.1, « acidité moyenne des mers mesurée à plusieurs points de prélèvement représentatifs » – dont la COI est également l'organisme responsable – a été présentée lors du Conseil exécutif de la COI. La méthodologie a été mise au point en collaboration avec le programme d’Échange international des données et d'informations océanographiques de la COI (IODE), des experts internationaux sur l’acidification de l’océan (y compris les gestionnaires de données) et le Réseau mondial d’observation de l’acidification de l’océan (GOA-ON). Elle fournit aux scientifiques et aux pays des indications détaillées sur la façon de mesurer l’acidification de l’océan et les paramètres connexes, ainsi que sur la manière de communiquer les informations recueillies de manière transparente et traçable.

Le Conseil exécutif a également approuvé la création de deux nouveaux groupes de travail de la COI : le premier sur la recherche sur le carbone océanique en partenariat avec l'IOCCP, SOLAS, l'IMBeR et le Projet mondial sur le carbone ; l'autre sur les multiples facteurs de stress océaniques.

Développer les observations océaniques mondiales

Le projet de stratégie à l’horizon 2030 du Système mondial d’observation de l’océan (GOOS), présentée lors du Conseil exécutif, donne une vision ambitieuse d'un système qui fournira les informations essentielles nécessaires à notre développement durable, à notre sécurité, à notre bien-être et à notre prospérité. L’objectif du GOOS est de mener la communauté d'observation de l'océan vers le développement d’un système mondial d'observation intégré, réactif et durable. D'ici 2030, le but est de mettre au point un système d'observation de l'océan avec une couverture plus étendue qui fournit une plus grande variété d'informations essentielles à un plus grand nombre d'utilisateurs finaux.

Le projet de stratégie fournit des objectifs clairs au GOOS – et donc à la COI en tant que principale organisation partenaire – et identifie un fort besoin de renforcer la mobilisation et les partenariats pour assurer un système mondial capable de répondre à d nouveaux contextes et besoins, dont les Objectifs de développement durable, le Cadre d’action de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe et l’Accord de Paris.

Afin de soutenir pleinement l'expansion de nos capacités d'observation de l'océan mondial pour répondre à l'évolution des besoins, les Etats membres ont approuvé l'extension de la mise en œuvre mondiale du programme Argo pour intégrer la mesure de six nouveaux paramètres biogéochimiques sur les flotteurs Argo – oxygène, pH, nitrate, chlorophylle, rétrodiffusion et irradiance. Ces nouvelles variables joueront un rôle crucial et permettront d’améliorer notre connaissance de l'évolution de la biogéochimie de l'océan à grande échelle et de ses impacts sur les écosystèmes marins. Le système Argo continuera d’informer les Etats membres côtiers de toutes les balises d’observation Argo susceptibles d'entrer dans leur zone économique exclusive (ZEE), y compris celles qui mesurent ces nouvelles variables.

Conférence spéciale et clôture du Conseil

Le 5 juillet, l’océanographe centenaire Walter Munk a donné la Conférence à la mémoire de Roger Revelle avec une présentation dédiée à Revelle lui-même, en hommage à leur ancienne relation de mentorat et amitié. Le Prof. Munk a ensuite reçu la médaille Roger Revelle de la COI pour honorer l’ensemble de ses réalisations en sciences océaniques.

A la suite de ces différentes déclarations, le Secrétaire exécutif de la COI a souligné l’enjeu majeur des mois et années à venir, compte tenu de l’incompatibilité actuelle entre la taille du Secrétariat de la COI et l’étendue de son travail. Il a également rappelé aux Etats membres l’importance de maintenir, voire d'augmenter, leur participation, qu’elle soit financière ou non, pour assurer la mise en place réussie des activités de la Commission.

Au cours de la session de clôture du Conseil exécutif, les discussions ont porté sur la proposition d’une Journée des sciences océaniques visant à soutenir la Décennie au cours de la 30e Session de l’Assemblée de la COI (du 26 juin au 4 juillet 2019). Ceci permettrait au Secrétariat de la COI, aux Etats membres ainsi qu’aux partenaires d’examiner les contributions possibles à la Décennie d’autres secteurs que l’océanographie (comme les sciences sociales) et d’identifier les éventuelles solutions qui devraient émerger au cours de la Décennie, par exemple en matière de politique maritime.

***

* M. David Grimes, Président de l'OMM ; Mme Lisa Svensson, Directrice de l'Unité pour l'océan, ONU Environnement ; M. Fredrik Haag, Chef du Bureau de la Convention de Londres / Protocole et affaires océaniques, Division du milieu marin de l’Organisation maritime internationale (IMO) ; M. Dmitry Gonchar, Conseiller juridique principal de la Division des affaires maritimes et du droit de la mer de l’ONU (DOALOS) ; Christian Holde Severin, Spécialiste principal de l'environnement au Fonds pour l’environnement mondial (GEF) ; Mme Joanna Post, Conseillère juridique principale au Secrétariat de la Convention-cadre des Nations Unies pour le changement climatique (CCNUCC) ; M. Michael W. Lodge, Secrétaire général de l’Autorité internationale des fonds marins (ISA) ; M. Frédéric Briand, Directeur général de la Commission internationale pour l'exploration scientifique de la mer Méditerranée (CIESM) ; M. Mustafa Iptes, Directeur de l'Organisation hydrographique internationale (OHI) ; Mme Jacqueline Wood, Directrice exécutive par intérim de l'Initiative de programmation conjointe des mers et des océans sains et productifs (JPI Oceans) ; Mme Wendy Watson-Wright, Directrice générale de l'Ocean Frontier Institute ; M. Cameron Diver, Directeur général adjoint de la Communauté du Pacifique (CPS) ; M. Ziad Abu-Ghararah, Secrétaire général de l'Organisation régionale pour la conservation de l'environnement de la mer rouge et du golfe d'Aden (PERSGA) ; Mme Marie-Alexandrine Sicre, Présidente du Comité scientifique de la recherche océanique (SCOR) ; M. Robin Brown, Secrétaire exécutif de l’Organisation des sciences de la mer pour le Pacifique Nord (PICES) ; et M. l'Ambassadeur Mentor Villagómez Merino, Secrétaire général de la Commission permanente du Pacifique Sud (CPPS).




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