07.02.2011 -

Haïti : l'UNESCO soutient la création d'une nouvelle radio pour la communauté de Cap-Rouge

Situé à près de 900 mètres au-dessus de la mer et à 45 minutes de la ville de Jacmel, au sud de l'île, Cap-Rouge doit son nom à la couleur de son sol. Tout à coup, en arrivant sur un plateau, on découvre une petite maison carrée aux murs nus, avec une longue antenne pointant vers les nuages duveteux. Ce sont les studios de la nouvelle radio communautaire Vedek FM, créée avec le soutien de l'UNESCO.

A l'intérieur du studio d'enregistrement, Emmanuel Avril, un jeune étudiant, n'arrive pas à cacher son émotion devant le microphone flambant neuf. La radio émet pour la toute première fois. "Bonjour à tous les habitants de Cap-Rouge! Vedek FM est là pour la population de Cap-Rouge mais aussi pour tout le pays. C'est la voix du développement de Cap-Rouge. Sur la fréquence 104.4 FM. Si vous avez quelque chose à dire à l'antenne, appelez ce numéro : 9017603." Après sa prestation, Emmanuel explique plein d'enthousiasme qu'il veut aider à valoriser la production agricole locale, une préoccupation partagée par beaucoup de jeunes participant au projet de radio communautaire.

 

C'est le cas de Wilson Sanon, 32 ans, qui est né et a grandi à Cap-Rouge. Bien qu'il soit profondément attaché à sa région, il n'a pas hésité à aller faire des études d'agroécologie pendant quatre ans à l'Université agricole de La Havane, à Cuba, avant de revenir à Haïti. Wilson est un membre actif de l'organisation locale responsable de la radio et qui lui a donné son nom : "Vive l'Espoir pour le Développement Kapwouj" (Vedek). "Cette radio représente une chance exceptionnelle pour l'autonomie des paysans, qui n'ont pas reçu beaucoup de soutien jusqu'à présent" explique Wilson. "Ce sera très utile pour le développement durable de la communauté et pour la construction d'une identité locale." Pour Wilson, la radio est également un formidable outil d'information sur les engrais naturels et les techniques agricoles respectueuses de l'environnement.

 

D'autres membres de la communauté ont un regard différent sur la nouvelle radio et ce qu'elle peut apporter aux habitants de Cap-Rouge. Misthelin Sayo Jean, professeur d'une quarantaine d'années, est le directeur de l'école presbytérale de Saint-Roch, qui accueille 525 élèves âgés de 4 à 20 ans. "Je fais partie du comité de gestion de la radio, j'envisage donc de proposer une émission éducative pour sensibiliser les parents à l'importance de l'éducation et les convaincre d'envoyer leurs enfants à l'école. Le problème est que beaucoup de parents ne payent pas les frais de scolarité de leurs enfants, mais je les accepte quand même. Les enseignants ne touchent que 50 USD par mois. Quand vous êtes rémunéré si peu et de manière irrégulière, c'est très dur et certains sont démotivés." Après avoir consacré plus de vingt ans à développer l'alphabétisation et le savoir auprès des enfants de Cap-Rouge, Misthelin garde l'espoir. Pour lui, la radio ouvre plein de nouveaux horizons. "Elle va aussi contribuer à améliorer les conditions économiques. C'est assurément un outil de développement pour la région."

 

La société d'animation et de communication sociale SAKS (Sosyete Animasyon Kominikasyon Sosyal), réseau regroupant 35 radios communautaires, chapeaute le projet mis en place par l'organisation Vedek et contribue, en plus de l'équipement et l'installation de la station, à la formation des jeunes de Cap-Rouge pour doter la radio d'animateurs, de journalistes, de producteurs et de techniciens. Dans le cadre de cette coopération, 25 jeunes (dont sept femmes) ont suivi une formation de trois jours sur le reportage, la radiodiffusion et les techniques de production, animée par le coordonateur de SAKS, Sony Esteus. Cette formation sera bientôt suivie d'un deuxième atelier consacré à la programmation, au montage, aux méthodes de gestion et à l'administration financière.

 

Sony Esteus justifie la création de Vedek FM par le fait que l'on capte très peu de radios de Port-au-Prince ou de Jacmel à Cap-Rouge, dont la population dépasse les 18 000 habitants,. "En plus, le contenu des programmes n'est pas toujours adapté aux besoins et aux attentes de la population locale. La radio va émettre six heures par jour. Il y aura des émissions sur la protection de l'environnement, la prévention des catastrophes naturelles - il ne faut pas oublier que la région vit six mois par an sous la menace des cyclones et des ouragans -, la prévention des maladies comme le SIDA et maintenant le choléra, la promotion de l'éducation pour faire progresser les droits de l'homme et lutter contre la violence faite aux femmes. Mais radio Vedek diffusera aussi des informations locales, nationales et internationales, ainsi que des émissions de divertissement."

 

Rodrigue Marcelin, professeur de 25 ans travaillant dans une école de Cap-Rouge, fait partie des stagiaires. Derrière son visage poupin et ses yeux rieurs, il a une idée précise de ce qu'il veut faire à la radio. "Je vais devenir un grand journaliste, comme tous les autres qui ont suivi la formation !" déclare-t-il dans un éclat de rire. "Je voudrais animer une émission sur la musique compas. Elle s'appellera Kadens Musika (cadences de la musique) car la musique est au cœur de la culture haïtienne. Mais je suis aussi trèressé par l'actualité. La politique est un gros problème à Haïti. Je pense pourtant que si l'on informe les gens, on leur donne la possibilité de faire les bons choix."

Parallèlement à cette activité, SAKS a également organisé trois formations pour 35 jeunes sur l'utilisation des TIC, afin de renforcer les capacités de sept centres multimédias communautaires liés à des radios communautaires à Haïti. La création de radio Vedek à Cap-Rouge et les formations aux TIC étaient financées par le Programme international de l'UNESCO pour le développement de la communication (PIDC).




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