Vol 10 N° 3 [Juillet – septembre 2012]

PLEINS FEUX SUR ...
2 Des récits gravés dans la pierre

ACTUALITÉS
12 L'UNESCO accueillera le bureau scientifique consultatif de l'ONU
13 Un nouveau départ pour d'anciens soldats rwandais
13 L'Allemagne accueillera l'IPBES
14 Le CIPT participe à la découverte du boson de Higgs
14 Vers un plan d'action pour les Andes
15 L'Afrique lucide quant au chemin qui reste à parcourir
15 Bienvenue à l'Unescoceratops !
16 Des experts de 40 pays formés aux indicateurs de STI
16 L'épave du Titanic désormais protégée par l'UNESCO
17 Il est urgent de réglementer la bioéthique dans le monde arabe

INTERVIEW
18 Ruth Arnon sur les défis auxquels est confrontée la science en Israël

HORIZONS
21 Affronter l'incertitude dans l'Arctique
24 La Chine, terre de paléo-trésors

EN BREF
24 Agenda
24 Vient de paraître

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Éditorial

Remonter le temps

Si la beauté est subjective, il en va de même pour l'utilité. Comme le faisait remarquer Ian Stewart de l'Université de Plymouth (Royaume-Uni) en février dernier lors du 40ème anniversaire du Programme international de géosciences (PICG) à l’UNESCO, à Paris, montrez un morceau de charbon à un industriel, il y verra un combustible, montrez-le à un écologiste, il y verra une source d’émission de carbone, montrez-le à un géologue et il verra le climat qui régnait il y a 300 millions d’années (Ma).

Les géoscientifiques nous font voyager dans le temps. Le PICG a été établi en 1972 pour confirmer l’existence du Gondwana en corrélant la géologie des continents actuels, le Gondwana étant l’un des deux méga-continents qui, avec la Laurasie, se sont formés il y a environ 145 Ma. Une fois la réalité incontestable du Gondwana établie, les chercheurs du PICG se sont penchés sur des questions de société. De nouvelles disciplines sont nées comme l’archéosismologie, qui s’appuie à la fois sur les traces géologiques et archéologiques pour identifier les séismes du passé. En l’an 2000, l’un des projets du PICG a même donné lieu à un nouveau champ d’investigations : la géologie médicale, qui étudie l’impact de l’environnement naturel sur la santé humaine et animale. L’arsenic, par exemple,est un élément chimique naturel qui empoisonne des millions de personnes dans le monde, car elles l’absorbent involontairement avec l’eau des nappes souterraines.

Confrontés à l’inquiétude que suscite le changement climatique et la pénurie annoncée des combustibles fossiles et de l’uranium, qui assombrit notre avenir industriel, les géoscientifiques se concentrent désormais davantage sur les énergies renouvelables. Au Kenya, par exemple, ils travaillent sur un projet gouvernemental de géothermie dans la vallée du Grand Rift.

Comme vient de le démontrer en juin le 3ème sommet Terre (Rio+20), la société civile et le secteur privé sont devenus des acteurs clé du développement durable. Le Secrétaire général de l’ONU, Ban ki-Moon, a annoncé à Rio que plus de 50 gouvernements avaient lancé de nouvelles stratégies énergétiques, mais aussi que des investisseurs privés allaient engager plus de 50 milliards de dollars en vue de doubler la part mondiale des énergies renouvelables et les gains d’efficacité d’ici 2030.

Comprendre les catastrophes naturelles constitue un autre aspect vital du développement durable dans lequel le PICG peut se distinguer. L’unanimité s’est rapidement dégagée en février pour que le PICG lance des projets de surveillance de l’activité sismique dans les zones de subduction, comme celle qui a provoqué, l’année dernière, le tremblement de terre et le tsunami japonais.

L’une des plus actives de ces zones se situe en Méditerranée, au sud de l’île de Crète. Nous retrouverons, sur la page suivante, les aléas de l’Homo sapiens sapiens autour de la mer Noire et de la Méditerranée tout au long des 30 000 années d’une histoire tumultueuse marquée par des épisodes de séismes, de tsunamis et d’éruptions volcaniques, ainsi que des risques plus insidieux dus à un climat changeant, comme des inondations consécutives à la fonte des glaciers, l’élévation progressive du niveau de la mer ou une sécheresse prolongée. Grâce à ces paléo-études, le PICG nous aide à comprendre comment les sociétés humaines et les écosystèmes se sont adaptés à un environnement changeant et pourquoi certaines civilisations ont perdu la partie. Il y a là matière à tirer des leçons évidentes pour les sociétés contemporaines.

Gretchen Kalonji
Sous-directrice générale pour les sciences exactes et naturelles

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