Vol 6 N° 3 [Juillet–septembre 2008]

 

SOMMAIRE

PLEINS FEUX SUR ...
2 Pourquoi l'agriculture moderne doit changer

ACTUALITÉS
12 Santé préoccupante des riverains de la mer d’Aral
13 Un forum aux premières loges du changement climatique
13 Mieux se préparer aux ondes de tempête
14 Un réseau change de nom 14 Un adieu affectueux à « un bipède carboné »

INTERVIEW
16 Andrea Mantesso explique pourquoi les dents contribueront au progrès de la recherche sur les cellules souches

HORIZONS
18 Dernier appel à la mobilisation
21 Une ville fait le choix de l'assainissement

EN BREF
24 Agenda
24 Vient de paraître

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ÉDITORIAL

De quoi nourrir la réflexion

Grâce à l’accroissement du rendement des variétés modernes de cultures, le monde n’a jamais produit autant de nourriture. Et pourtant, les stocks viennent d’enregistrer la plus forte baisse depuis 25 ans. Dans une implacable logique, la faiblesse des stocks a fait monter les prix. Pour les pays les plus pauvres, la facture des importations de céréales devrait augmenter, selon les prévisions de la FAO, de 56 % par rapport à l’an dernier. Depuis mars 2007, le prix des graines de soja et du blé a été majoré respectivement de 87 % et 130 %.

Des dizaines de pays sont secoués par des émeutes de la faim. Rien qu’en mars, il s’en est produit au Burkina Faso, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, Égypte, Éthiopie, Haïti, Indonésie, à Madagascar, au Maroc, aux Philippines et au Sénégal. Au Pakistan comme en Thaïlande, l’armée a dû être déployée pour empêcher la foule de s‘emparer de nourriture dans les champs et les entrepôts. En Haïti, les émeutes ont provoqué la démission du premier ministre.

L’un des facteurs de l’augmentation des prix est l’accroissement de la demande, notamment dans les pays émergents, dont la population augmente. Avec une consommation de viande en hausse, il faut consacrer de plus vastes espaces à la culture d’aliments pour le bétail. Mais la population n’est pas seulement en compétition avec le bétail, elle l’est également avec les biocarburants dévoreurs, eux aussi, de terres agricoles. La crise serait encore aggravée par la montée en flèche du prix du pétrole, qui pousse à la hausse celui des transports, la spéculation financière sur les marchés internationaux, ainsi que les anomalies du climat dans beaucoup de pays, notamment en Afrique et en Asie.

Comme cela a été souligné en juin lors d’un sommet de la FAO sur l’alimentation qui a engrangé des promesses de dons d’urgence s’élevant à 5 milliards de dollars, il nous faut résoudre cette crise avec rapidité et efficacité. Mais nous avons aussi, à l’égard des pays dans le besoin, l’obligation de mettre en place les ajustements structurels capables d’empêcher que de telles crises ne deviennent chroniques. Cela implique une remise en cause de nos pratiques agricoles et commerciales.

Les théories cependant divergent sur les moyens d’améliorer la sécurité alimentaire. Certains pays en développement envisagent de revenir à l’autosuffisance, tendance encouragée par le ministre français de l’agriculture, Michel Barnier, qui presse l’Afrique et l’Amérique latine de s’inspirer de la Politique agricole commune de l’Europe pour constituer des blocs régionaux autosuffisants au plan alimentaire. D’autres, comme le représentant des États-Unis à la FAO, Gaddi Vasquez, font confiance à une régulation de la production alimentaire par le marché mondial. S’il existe bien un consensus que les pays doivent produire davantage, certains semblent prêts à sacrifier le bien-être social et l’environnement pour y parvenir, alors même que c’est surtout à cette attitude à courte vue que nous devons la situation actuelle.

Dans ces circonstances, la sortie du premier rapport mondial sur l’état de l’agriculture, en avril à l’UNESCO, n’aurait pu tomber plus à propos. Comme nous le verrons, l’Évaluation internationale de la science et de la technologie agricoles au service du développement confirme l’idée que les pratiques d’aujourd’hui en matière d’agriculture et de commerce se font au détriment des pauvres et de l’environnement. Si nous ne révisons pas de fond en comble nos pratiques agricoles, le rapport nous prévient que beaucoup de pays pourraient courir vers un effondrement de leur environnement et de leurs sociétés.

W. Erdelen
Sous-directeur général pour les sciences exactes et naturelles

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