Vol 9 N° 3 [Juillet–septembre 2011]

PLEINS FEUX SUR ...
2 La chimie passe du noir au vert

ACTUALITÉS
10 Un réseau arabe pour les technologies convergentes
10 Un forum scientifique parlementaire panafricain
11 Prospection pétrolière suspendue au parc national des Virunga
12 La carte tectonique de l’Afrique
13 Centre de dynamique et de climat océaniques en Chine

ENTRETIEN
14 Michael Dittmar sur l'avenir de l'énergie nucléaire

HORIZONS
17 Small is beautiful
20 Sauvés par leurs ancêtres

EN BREF
24 Agenda
24 Vient de paraître

Lien direct vers Planète science Vol 9 N°3 (document PDF)

Voir aussi les archives ARCHIVES de Planète science

ÉDITORIAL

Des sociétés vertes, maintenant

Le 6 juin, le cabinet de la Chancelière allemande Angela Merkel a décidé une sortie progressive du nucléaire d’ici 2022 faisant écho au large consensus populaire. Les réacteurs du pays répondent actuellement à environ 22 % des besoins nationaux en électricité. L’Allemagne entend compenser la perte en réduisant de quelque 10 % sa consommation d’énergie et en faisant passer la part d’électricité provenant de sources renouvelables, de 17 % actuellement, à 35 %.

Sans doute la décision a-t-elle été précipitée par la catastrophe nucléaire de mars à Fukushima mais, pour Michael Dittmar, de l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN), la préoccupation sécuritaire ne devrait pas être la seule incitation à sortir progressivement du nucléaire. Comme il l’explique dans ce numéro, l’énergie nucléaire n’est pas une source renouvelable d’énergie, et ne peut donc offrir qu’une solution temporaire.

La décision de l’Allemagne a coïncidé avec la publication d’un rapport alarmant de l’Agence internationale de l’énergie, organe de l’Organisation de coopération et de développement économiques. Il annonçait que les émissions de dioxyde de carbone (CO2) avaient augmenté de 5 % pour passer à 30,6 gigatonnes (Gt) entre 2008 et 2010, en dépit de la récession économique mondiale. Si le monde veut maintenir à 2° C le réchauffement de l’atmosphère au cours du siècle, les émissions de CO2 du secteur énergétique ne devront pas dépasser les 32 Gt en 2020.

Cela exigera de « repenser le développement dans toutes ses dimensions » a déclaré, le 24 mai, Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO, dans son discours d’ouverture du Forum du futur sur les défis d’une économie verte et des sociétés vertes, au siège de l’UNESCO, à Paris. « L’économie doit se transformer, se faire plus sobre, notamment en carbone, elle doit se faire plus propre et plus inclusive » a-t-elle vivement souhaité. « L’avenir a besoin d’une économie verte. Mais l’avenir a surtout besoin d’une société verte » a-t-elle ajouté. « Des modes plus durables de production ne nous serviront à rien s’ils n’entrent pas en phase avec des modes plus durables de consommation ».

L’article qui débute à la page suivante illustre bien comment la chimie verte peut aider à définir ce nouveau modèle de développement. La dynamique est déjà enclenchée, qui pousse à l’adoption de produits et de processus plus respectueux de l’environnement. Toutefois, les scientifiques auront beau concevoir des sacs biodégradables en remplacement des sacs en matière plastique, leurs efforts seront vains si les gouvernements n’accordent pas aux industriels des mesures incitatives pour les commercialiser et si les consommateurs ne les approuvent pas avec leurs porte-monnaie.

Pour que change notre modèle de développement, chacun des maillons de la chaîne devra être consolidé, du Nord au Sud, du laboratoire au consommateur et de la terre à la mer. Irina Bokova a fait remarquer que nous devons apprendre à mieux marier le bleu avec le vert. Il est vrai que les problèmes environnementaux englobent sans difficulté la terre et la mer : les océans s’acidifient à cause des émissions de carbone sur la terre, la surpêche se généralise et les sacs en matière plastique abandonnés ainsi que les pesticides agricoles aboutissent dans la mer. Nous vivons dans un monde interconnecté.

Il est indéniable que nous devons verdir nos économies nationales. Et pourtant, tout cela semble si difficile à réaliser ! Dans les pourparlers sur le climat, par exemple, les considérations nationales prennent encore le pas sur l’impératif de fixer des normes contraignantes pour les émissions de carbone. Pendant que les pourparlers s’éternisent, celles-ci s’envolent hors de contrôle, emportant avec elles nos possibilités de maîtriser l’avenir de la planète.

Gretchen Kalonji

Retour en haut de la page