Biographie de Carlos J. Finlay

The Conquest of Yellow Fever. Auteur : Robert Thom. Source: Collection of the University of Michigan Health System, Gift of Pfizer Inc. UMHS.37

Né le 3 décembre 1833 à Puerto Príncipe (aujourd’hui Camagüey) dans une famille franco-écossaise, Carlos J. Finlay fit ses études dans plusieurs écoles et instituts parmi les plus prestigieux au monde. Après avoir reçu une instruction primaire à la maison, il fut envoyé en France, où il pourrait bénéficier d’une formation formelle de haute qualité. Son parcours lui permit de suivre les traces de son père, physicien et médecin renommé à Cuba. Néanmoins, les maladies dont il dut faire face et les troubles politiques qui à l’époque secouaient le continent européen le contraignirent à rentrer à plusieurs reprises dans son pays, puis finalement à abandonner définitivement la France pour poursuivre sa formation en Allemagne et au Royaume-Uni d’abord, puis aux Etats-Unis. C’est en effet au Jefferson Medical College de Philadelphia qu’il obtint, le 10 mars 1855, son diplôme de docteur en médecine.

À Philadelphia il se lia d’une étroite amitié avec ses professeurs et menteurs John Kearsly Mitchell et le fils de celui-ci, Silas Weir Mitchell, tous les deux académiciens reconnus et fervents partisans de la théorie microbienne des maladies. Celle-ci, qui a nos jours constitue l’un des fondements de la médecine moderne et de la microbiologie clinique mais qui à l’époque était encore au stade expérimental, postule que de nombreuses maladies résultent de la contamination du corps par des micro-organismes extérieurs.

Mitchell souhaitait fortement voir son brillant élève entamer sa carrière médicale aux États-Unis, mais Finlay ne désirait que de rentrer dans son île natale et travailler à côté de son père. Après huit ans de voyages et cours de spécialisation à l’étranger, en 1864 il commença finalement à exercer en tant que médecin à La Havane.

Ici, sa profession le confronta aux épidémies qui ravageaient périodiquement son pays, comme le paludisme, la fièvre jaune, le choléra et d’autres encore. Ces fléaux étaient d’autant plus impitoyables que la science médicale ne possédait encore de réponses quant à leurs origines et à leur propagation. Finlay se détermina alors à investiguer ces maladies, dans l’objectif de combler le vide scientifique autour d’elles.

Dans un premier temps, il développa une nouvelle théorie relative au choléra : ses recherches l’amenèrent en effet à postuler la transmission hydrique de la maladie. Cependant, ces conclusions restèrent malheureusement inécoutées au sein de la communauté scientifique. Ensuite, il s’intéressa plutôt à la fièvre jaune, source d’immenses pertes humaines et économiques dans le continent américain et à Cuba en particulier.

Le 14 août 1881, Finlay présenta à la Royale académie des sciences médicales, physiques et naturelles de La Havane son article “The Mosquito Hypothetically Considered as the Transmitting Agent of Yellow Fever”. Dans celui-ci, il avançait en premier l’hypothèse que le moustique Culex fasciatus, de nos jours appelé Aedes aegypti, était l’agent de la transmission de la fièvre jaune. Toutefois, cette théorie aussi se heurta à la défiance des académiciens. L’originalité révolutionnaire des affirmations paraissait en effet fantaisiste au sein de la communauté scientifique. En effet, l’idée même qu’un insecte pouvait être le vecteur de propagation d’une maladie était à l’époque avant-gardiste.

Dès 1881, Finlay accomplit de centaines d’expérimentations sur des sujets humains qui se prêtèrent volontairement à être piqués par les Aedes aegypti infectes. Cependant, bien que l’intuition de Finlay fût correcte, ses méthodes expérimentales n’étaient malheureusement pas adaptées. Ainsi, le nombre exigu de résultats positifs de ses essais ne faisait que renforcer les opinions rejetant, voire ridiculisant ses thèses.

Finalement, ce fut une équipe de médecins de l’armée des États-Unis dirigé par le docteur Walter Reed qui réussit à prouver le bien-fondé de la théorie de Finlay. Ces derniers avaient été envoyés à Cuba pour étudier la fièvre jaune, qui pendant le conflit hispano-américain avait tué plus de soldats que la guerre en elle-même. Au début sceptiques vis-à-vis de la théorie de Finlay, ils firent ensuite appel à l’aide de Finlay pour trouver un remède à la maladie. Ce dernier fit alors preuve d’un grand esprit de solidarité scientifique et leur fournit ses exemplaires d’Aedes aegypti ainsi que son soutien. Cette collaboration permit d’accomplir un bond en avant majeur dans la recherche scientifique, outre que de sauver des millions de vies.

Reed a été à tort considéré durant longtemps le découvreur du mode de propagation de la fièvre jaune. Toutefois, le médecin américain a toujours attribué ce mérite à Finlay. À sa mort, Carlos J. Finlay jouait de la plus haute considération au sein de la communauté scientifique aussi bien qu’auprès des autorités publiques de Cuba. Pionnier de la lutte contre la fièvre jaune et initiateur de la théorie des vecteurs biologiques, il apporta bien d’autres contributions précieuses à la science médicale et il occupa durant sa vie plusieurs postes de haute responsabilité au sein de la santé publique de son pays.

Au long de sa carrière, il reçut de nombreux prix et distinctions de la part d’institutions scientifiques du monde entier. Il a été à maintes reprises proposé en tant que candidat au Prix Nobel, malheureusement en vain. Néanmoins, plusieurs instituts, rues et places lui ont été dédiés autour du monde et, après sa mort, l’Organisation panaméricaine de la santé (Pan American Health Organization) a proclamé le 3 décembre, jour de l’anniversaire de Finlay, en tant que Jour de la médecine en Amérique Latine.

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