08.03.2016 - Sciences exactes et naturelles

L’Afrique a d’ores et déjà amorcé sa transition vers un développement durable.

© UNESCO / Solar-powered irrigation in Mali

Du 20 février au 2 mars 2016, Mme Flavia Schlegel, Sous-Directrice générale de l’UNESCO pour les sciences exactes et naturelles, s’est rendue au Kenya, en Afrique du Sud, au Soudan et au Zimbabwe pour discuter de la manière dont l’Organisation pourrait aider au mieux ces pays à tirer parti des sciences, technologies et innovations (STI) dans la mise en œuvre de leurs stratégies de développement durable. Le Rapport de l'UNESCO sur la science a été présenté à la Bindura University of Science Education au Zimbabwe, lors de la dernière escale du voyage.

Il ressort du Rapport de l'UNESCO sur la science que beaucoup de pays d’Afrique n’ont pas attendu l’adoption, en septembre 2015, des Objectifs de développement durable pour s’engager dans la voie d’un développement plus durable. De nombreux documents de planification à long terme (« Vision ») à l’horizon 2020 ou 2030 adoptés depuis dix ans par des pays africains ont fait du développement durable l’un des piliers des stratégies nationales de développement, au même titre qu’une croissance plus inclusive et une meilleure gouvernance.

Les communautés économiques régionales sont également conscientes du fait que la constitution d’une Communauté économique africaine à l’horizon 2028 devra aller de pair avec une meilleure intégration scientifique et un développement plus durable. Par exemple, le document Vision 2020 adopté par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) en 2011 énonce la volonté de « créer une région sans frontière, paisible, prospère et cohérente, bâtie sur la bonne gouvernance et où les populations ont la capacité d'accéder et d'exploiter ses énormes ressources par la création d'opportunités de développement durable et de préservation de l’environnement ». La politique en matière de sciences et technologies (2011) de la CEDEAO fait partie intégrante de la Vision 2020.

À un niveau panafricain, l’accent a également été mis sur l’engagement en faveur d’un développement plus durable, une orientation souvent née d’une prise de conscience de la valeur des ressources naturelles de l’Afrique et d’une appréhension face aux ravages prévus du changement climatique pour ce continent. Pour preuve, les bourses de recherche compétitives octroyées par l’Union africaine entre 2010 et 2012 se sont focalisées sur l’agriculture et les technologies après récolte ; les énergies renouvelables et durables ; l’eau et l’assainissement ; ainsi que la pêche et le changement climatique.

Le Plan d’action pour l’Afrique pour 2010-2015 adopté par l’Union africaine et son Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) soulignent expressément le rôle déterminant qu’une harmonisation des politiques régionales pourrait jouer dans l’adaptation au changement climatique.

Les communautés économiques régionales ont répondu à l’appel. En 2013, les ministres de l’une des communautés économiques les plus importantes, la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), ont adopté un programme régional d’adaptation au changement climatique. Parallèlement, le Marché commun de l'Afrique orientale et australe (COMESA), la Communauté d'Afrique de l'Est (CAE) et la SACD ont mis en œuvre depuis 2010 une initiative commune d’une durée de cinq ans, appelée « solution de l’Afrique au changement climatique ».

La durabilité, une notion intégrée aux stratégies de développement

Dans la Déclaration de Gaborone pour la durabilité en Afrique (2012), les chefs d’État de dix pays, soit l’Afrique du Sud, le Botswana, le Gabon, le Ghana, le Kenya, le Libéria, le Mozambique, la Namibie, la République-Unie de Tanzanie et le Rwanda, se sont engagés à intégrer la valeur du capital naturel aux comptes nationaux et à la planification d’entreprise. Depuis le sommet de 2012, un cadre de mise en œuvre a été défini pour assurer le suivi des progrès accomplis. En 2013, par exemple, le Botswana a entrepris d’élaborer une stratégie et un plan d’action nationaux pour le changement climatique.

Le Plan stratégique Gabon émergent (2012-2025) fait du développement durable l’un des piliers de la stratégie de développement du pays. Il a créé un Conseil national Climat, qui a élaboré un Plan national Climat en 2013. Une loi sur le développement durable a ensuite été promulguée en août 2014. Selon ce plan stratégique, la part de l’hydroélectricité dans le bouquet énergétique du Gabon doit passer de 40 % en 2010 à 80 % en 2020. À l’horizon 2030, le Gabon prévoit d’exporter 3 000 MW d’hydroélectricité vers ses voisins. Le Gabon, en coopération avec l’Université de l’Oregon (États-Unis), a également mis en place en 2011 un Centre transnational de recherche sur l’environnement et le développement, dont l’activité est axée sur le changement climatique et la gouvernance environnementale, avec un volet concernant le développement de l’écotourisme.

Le Rwanda, pour sa part, prévoit de créer son propre centre d’innovation pour l’environnement et le changement climatique. Le pays a défrayé la chronique en septembre 2008 lorsqu’il a interdit les sacs plastiques, qui ont été remplacés par des sacs biodégradables en matériaux tels que la fibre de coton, de banane ou de papyrus.

Des fonds pour réduire la fracture technologique

En Afrique, le manque de financement est souvent un frein à la mise en œuvre de projets. Le Rwanda a surmonté cette difficulté en créant en 2008 un fonds national pour l’environnement et le changement climatique (FONERWA), dans le cadre de sa stratégie nationale pour une croissance verte et une résilience face au changement climatique. Le FONERWA finance des projets de recherche basée sur la concurrence par des appels à propositions. Jusqu’à présent, des projets ont été soumis par des entreprises privées, des provinces rwandaises, le Ministère des infrastructures, et des organisations non gouvernementales. Les projets financés par le sixième et dernier appel à propositions concernent notamment l’approvisionnement en énergie solaire des populations non desservies, la construction de microcentrales hydroélectriques, la collecte de l’eau de pluie et le jardinage pour les populations pauvres de Kigali. Le FONERWA est à présent à la recherche de financement pour un projet pilote de ville verte, dont le lancement est prévu pour 2018.

Le secteur privé représente une part toujours grandissante de l’investissement dans le développement durable. Dans une large mesure, les innovations sociales observées en Afrique centrale et de l’Est s’attachent à relever les défis relatifs au développement durable, comme la sécurité alimentaire, les énergies renouvelables et l’atténuation des effets du changement climatique. Des pôles d’innovation technologique fleurissent sur tout le continent, à l’image du Hive Colab en Ouganda, qui aide les entrepreneurs à innover dans les domaines des technologies climatiques, des technologies de l’information et de la communication, et de l’agroalimentaire.

De plus en plus de pays, parmi lesquels le Ghana, le Kenya, le Nigéria et la Tunisie, investissent dans des parcs technologiques. L’adoption d’un mécanisme de facilitation des technologies propres et respectueuses de l’environnement par les Nations Unies en septembre 2015 devrait aider à réduire la fracture technologique avec les pays développés. En outre, l’ONU débat actuellement de la meilleure façon de rendre opérationnelle la banque de technologies proposée, dont l’objet sera d’améliorer la possibilité pour les pays les moins avancés d’accéder aux technologies développées ailleurs et leur capacité de déposer des brevets.

Les énergies renouvelables, un pilier des stratégies de développement

Les énergies renouvelables constituent un pilier des stratégies de développement de nombreux pays. L’Éthiopie, par exemple, développe l’énergie éolienne, les biocarburants et le Barrage de la Renaissance dans le cadre de sa Vision et Stratégie pour une économie verte résiliente face au changement climatique, qui fait partie de son Plan de croissance et de transformation (2010-2015).

Les énergies renouvelables sont aussi l’objet de l’un des cinq plans directeurs de recherche de Madagascar, qui portent également sur l’environnement lié au changement climatique, la biodiversité et la santé humaine, et l’agriculture et la sécurité alimentaire.

Au Libéria, où les infrastructures de production d’électricité ont été détruites par vingt-cinq années de guerre civile, 59 % des entreprises du pays citent le manque d’électricité comme un handicap majeur pour leur activité, selon le classement Doing Business de la Banque mondiale de 2012. Liberia Rising 2030, le plan stratégique national, prévoit une plus grande utilisation des énergies renouvelables et l’installation d’un approvisionnement en énergie abordable, avec « un plus large accès à un combustible qui ne contribue pas à la déforestation ». Le Libéria abrite en effet la plus vaste forêt tropicale de l’Afrique de l'Ouest.

Dans la vallée du Rift, au Kenya, on développe l’énergie géothermique dans le but de réduire les importations de combustibles fossiles et d’améliorer l’accès à l’électricité, dont ne bénéficie actuellement qu’un Kenyan sur cinq. Aujourd’hui, presque la moitié de l’électricité provient de l’énergie hydraulique, mais des sécheresses plus fréquentes causent des pénuries d’eau et d’électricité. Parallèlement, le Kenya a commencé, en 2014, à construire le projet de parc éolien du lac Turkana, qui pourrait devenir le plus grand ensemble de ce type en Afrique.

Au nord du Sahara, un autre pays entend prendre les devants pour mener l’Afrique vers les énergies renouvelables à l’horizon 2020. Le Maroc a inauguré le plus grand parc éolien du continent en 2014, et s’emploie à construire à Ouarzazate le plus grand parc solaire d’Afrique.

La Tunisie, de son côté, prévoit dans son Plan Solaire (2009) d’augmenter la part des énergies renouvelables dans son bouquet énergétique, à 16 % d’ici à 2016 et à 40 % d’ici à 2030. Un projet de parc technologique, le village éco-solaire, devrait également être bientôt opérationnel.

L’Algérie est le troisième pays producteur de pétrole en Afrique, et le dixième producteur mondial de gaz naturel. Cependant, selon le Rapport statistique sur l’énergie mondiale (2009) de British Petroleum, ses réserves de gaz connues pourraient être épuisées d’ici à un demi-siècle. À l’image du Maroc et de la Tunisie, l’Algérie cherche donc à diversifier son bouquet énergétique. En outre, elle avait amorcé cette transition avant que ne commence la chute des cours du Brent, à la mi-2014. Depuis 2011, 60 projets d’énergie solaire ou éolienne ont ainsi été approuvés dans le cadre de son Programme de développement des énergies nouvelles et renouvelables et de l’efficacité énergétique, dont l’objectif est de porter la part des énergies renouvelables à 40 % du bouquet énergétique d’ici à 2030. L’Algérie a également signé en 2013 un mémorandum d’accord avec l’Union européenne en faveur d’un transfert de technologies dans les domaines des combustibles fossiles et des énergies renouvelables.

Les centres d’excellence, moteurs du programme de développement durable en Afrique

De nombreux réseaux de centres d’excellence mis en place à travers l’Afrique depuis une dizaine d’années utilisent la recherche pour faire avancer le programme de développement durable du continent. À titre d’exemple, le développement de plantes fourragères adaptées au climat figure parmi les priorités de recherche du Réseau d’Afrique centrale et de l’Est pour les biosciences (BecANet) établi au Kenya. Parallèlement, le réseau Bio-Innovate en l’Afrique de l’Est, créé en 2010, travaille à améliorer la productivité des récoltes et de l’agro-industrie, et à renforcer la résistance des petites exploitations face aux changements climatiques.

En 2014, un projet de création d’un centre d’excellence de l’UNESCO sur l’océanologie et l’innovation pour la recherche et le renforcement des capacités, à titre de contribution au Programme de développement durable à l’horizon 2030, a été approuvé par la Déclaration ministérielle de Maurice adoptée par quatre États insulaires : les Comores, Madagascar, Maurice et les Seychelles.

Source : Rapport de l’UNESCO sur la science : vers 2030 (édition 2015).




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