23.06.2016 - Sciences exactes et naturelles

La Californie concentre un quart de la recherche aux États-Unis

Entrée des locaux de la société informatique Riverbed Technology, dans la Silicon Valley

Le Département des finances des États-Unis a confirmé, en juin 2016, que la Californie avait dépassé la France et était devenue la 6e économie mondiale. Avec une population de 39 millions d’habitants, la Californie n’abrite que 12 % de la population des États-Unis. L'économie californienne a enregistré une croissance de 4,1 % en 2015, soit un rythme deux fois plus élevé que pour l’ensemble des États-Unis (1).

Selon le Rapport de l'UNESCO sur la science, vers 2030, publié en novembre dernier, plus d’un quart des investissements en matière de recherche et développement (R&D) étaient concentrés dans l’État de Californie (28,1 %) en 2012. Pour ce qui est de cet indicateur, la Californie se situe loin devant ses rivaux les plus sérieux, à savoir le Massachusetts (5,7 %), le New Jersey (5,6 %), l’État de Washington (5,5 %), le Michigan (5,4 %), le Texas (5,2 %), l’Illinois (4,8 %), New York (3,6 %) et la Pennsylvanie (3,5 %).

La Californie se classe cinquième en termes d’intensité de R&D (4,39 % du PIB), derrière le Nouveau Mexique, le Maryland, le Massachusetts et Washington, et juste avant le Michigan. Ensemble, ces six États représentent 42 % de l’ensemble des dépenses de R&D des États-Unis. La forte intensité de la R&D dans l’État du Nouveau Mexique tient au fait que ce dernier abrite le Los Alamos National Laboratory, tandis que le classement du Maryland s’explique certainement par la concentration d’organismes fédéraux de recherche. L’État de Washington abrite un réseau très dense d’entreprises de haute technologie comme Microsoft, Amazon et Boeing. S’agissant du Michigan, il accueille les centres d’ingénierie de la plupart des constructeurs automobiles.

L’État de Californie abrite la Silicon Valley, où sont concentrées les start-up et les entreprises leaders du secteur des technologies de l’information (Microsoft, Intel, Google, Apple, etc.), ainsi que des pôles dynamiques de biotechnologie dans la baie de San Francisco, à Los Angeles et à San Diego. Les principaux pôles de biotechnologie situés ailleurs qu’en Californie sont ceux de Boston/Cambridge, du Massachusetts, du Maryland, de la banlieue de Washington, D.C., de New York, de Seattle, de Philadelphie et de Chicago.

La Californie se classe en outre septième en termes de ratio d’emplois dans la science et l’ingénierie (5,4 %). La part de la Californie dans les emplois dans ces domaines au niveau national atteint même 13,7 %, la plaçant en tête des États pour cet indicateur. Cette part élevée est le reflet d’une association fructueuse entre l’excellence universitaire et la place importante accordée par les entreprises à la R&D. La Californie abrite par exemple les prestigieuses Université Stanford et Université de Californie, qui sont situées à proximité de la Silicon Valley. De façon assez similaire, l’État du Massachusetts est connu pour la Route 128 autour de la ville de Boston, le long de laquelle sont installées de nombreuses entreprises de haute technologie, mais également l’Université de Harvard et le Massachusetts Institute of Technology (MIT).

La Californie abrite certaines des grandes entreprises mondiales qui investissent le plus dans la recherche

Microsoft, Intel et Google se classent dans le top 10 mondial des sociétés qui ont le plus investi dans la R&D en 2014, au même rang que Johnson & Johnson, multinationale basée dans le New Jersey et spécialisée dans les médicaments, les produits de santé et le matériel médical. Elles sont suivies de près par le géant de l’automobile General Motors (11e), dont le siège est à Detroit, et par les groupes pharmaceutiques Merck (12e) et Pfizer (15e), respectivement implantés dans le New Jersey et à New York. L’investissement en R&D d’Intel a plus que doublé au cours des dix dernières années, tandis que Pfizer a réduit ses dépenses de R&D par rapport au niveau de 2012 (9,1 milliards de dollars).

La présence de plusieurs laboratoires pharmaceutiques dans le top 15 des entreprises ayant le plus investi dans la R&D n’a rien de surprenant. Avec près de la moitié (46 %) des dépenses mondiales de R&D dans le domaine des sciences de la vie, les États-Unis sont les leaders mondiaux en la matière. En 2013, les groupes pharmaceutiques américains ont consacré 40 milliards de dollars à la R&D aux États-Unis et près de 11 milliards de dollars à l’étranger. Les industries liées aux sciences de la vie représentent environ 7 % des entreprises du classement 2014 des 100 plus grands innovateurs mondiaux établi par Thomson Reuters, une proportion similaire à celles des entreprises du secteur des produits de consommation et de celui des télécommunications.

Le laboratoire Amgen (classé 38e), basé en Californie, a développé le Neupogen, médicament anticancéreux qui stimule la production de globules blancs pour lutter contre les infections. La loi sur l’innovation et la concurrence des prix des produits biologiques (Biologics Price Competition and Innovation Act) a été adoptée en 2010 pour limiter l’inflation du prix des médicaments les plus chers, tels que le Neupogen. Il s’agit d’un cadre réglementaire permettant de raccourcir la procédure d’autorisation de mise sur le marché des médicaments biologiques qui sont considérés comme « biosimilaires » ou « interchangeables » avec des médicaments biologiques déjà homologués. L’adoption de la loi intervient alors que les brevets de nombreux médicaments biologiques vont expirer au cours des dix prochaines années. Le premier médicament biosimilaire homologué aux États-Unis par la Food and Drug Administration (FDA) est le Zarxio, fabriqué par Sandoz, dont le produit biologique de référence est le Neupogen. En septembre 2015, un tribunal américain a débouté Amgen, le fabricant du Neupogen, qui entendait faire interdire la commercialisation du Zarxio aux États-Unis. Le Neupogen coûte environ 3 000 dollars par cycle de chimiothérapie ; le Zarxio, commercialisé depuis le 3 septembre 2015 aux États-Unis, est 15 % moins cher.

Certaines des technologies les plus innovantes ont vu le jour dans la Silicon Valley. Amazon a ainsi développé des services comme Pantry qui permettent de satisfaire les besoins des consommateurs pratiquement en temps réel. Un produit pilote récemment commercialisé permet à l’utilisateur d’acheter à nouveau des biens de consommation courante en appuyant sur un simple bouton. Facebook se lance dans le développement des technologies de réalité virtuelle grâce à son acquisition d’Oculus Rift, une technologie qui permettra d’intégrer le monde physique dans l’environnement numérique, et non l’inverse. Les mini-capteurs qui facilitent la connectivité trouvent également des applications dans l’industrie et les soins de santé. Quelques nouvelles entreprises s’essaient ainsi à l’utilisation de capteurs d’activité individuels pour la prise en charge de maladies chroniques comme le diabète. Google a pendant ce temps acquis plusieurs produits à mi-chemin entre monde informatique et monde physique, tels que des thermostats autonomes, et développé le premier système d’exploitation spécifiquement conçu pour ce type d’appareils basse consommation. Le projet le plus ambitieux de tous est sans doute la voiture sans conducteur de Google, qui devrait être commercialisée d’ici cinq ans.

En juillet 2015, Google a été l’une des 13 grandes entreprises américaines qui se sont engagées à investir 140 milliards de dollars dans des projets à faible émission de carbone, dans le cadre de l’American Business Act on Climate Pledge annoncé par la Maison-Blanche. Google, qui est déjà le premier acheteur mondial d’énergies renouvelables pour alimenter ses centres de données, a annoncé qu’il allait tripler ses achats au cours de la prochaine décennie. Trois mois auparavant, le gouverneur de la Californie avait fixé un objectif de réduction des émissions de carbone de 40 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 1990.

Les « chasseurs de brevets », un cauchemar pour la Silicon Valley

La prolifération des « chasseurs de brevets » est devenue un cauchemar, en particulier pour les entreprises de haute technologie et les start-up de la Silicon Valley. « Chasseur de brevets » (« patent assertion entities » en anglais) est un terme courant pour désigner des sociétés qui ne fabriquent pas de produits, mais rachètent des brevets non exploités à d’autres sociétés, souvent à bas prix. Dans l’idéal, ces brevets sont larges et vagues. Les « chasseurs » menacent ensuite les entreprises de haute technologie de les poursuivre pour violation des droits de leurs brevets si elles ne s’acquittent pas d’une redevance de licence qui peut atteindre un montant prohibitif. Même si l’entreprise attaquée sait pertinemment qu’elle n’a pas violé les droits du brevet, elle préférera souvent payer la redevance plutôt que de risquer un litige, car les procédures risquent de durer des années et les frais juridiques peuvent être exorbitants. Ce commerce est si juteux que le nombre de chasseurs de brevets a considérablement augmenté aux États-Unis : en 2012, 62 % des litiges portant sur des brevets ont été introduits par des chasseurs des brevets, selon un article de Colleen Chien (2013) dans le Santa Clara Law Digital Commons.

Une décision de la Cour suprême des États-Unis du 29 avril 2014 devrait inciter les chasseurs de brevets à réfléchir à deux fois à l’avenir avant d’entamer des poursuites abusives. Elle se rapproche du principe du « perdant payeur » en vigueur dans le droit britannique, qui impose au perdant le paiement des frais de justice des deux parties, ce qui explique peut-être pourquoi les chasseurs de brevets sont bien moins répandus au Royaume-Uni. En août 2014, des juges américains ont fait référence à l’arrêt de la Cour suprême dans leur décision concernant l’appel de Google contre le chasseur de brevets Vringo, qui réclamait des centaines de millions de dollars. Les juges ont donné tort à Vringo, estimant qu’aucun de ses deux brevets n’était valide.

Le phénomène répandu des pôles de recherche

La Californie n’est pas la seule à concentrer une part aussi importante des activités de recherche d’un pays. L’État de São Paulo abrite 22 % de la population brésilienne mais génère environ 32 % du PIB et une part équivalente de la production industrielle nationale ; il représente également 73 % des dépenses publiques consacrées à la R&D. La région Île-de-France, qui englobe la capitale, constitue un pôle de recherche sur le territoire français, à l’instar de la ville de Shanghai en Chine ou de la province du Gauteng en Afrique du Sud. En Fédération de Russie, environ 60 % des chercheurs travaillent à Moscou, dans la région environnante, ou à Saint-Pétersbourg.

(1) Philippe Escande (2016) Quand la Californie dépasse la France. Le Monde, 20 June.

Source: Rapport de l'UNESCO sur la science, vers 2030. Se référer au chapitre consacré aux États-Unis




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