12.02.2016 - Sciences exactes et naturelles

Chine : bilan des progrès accomplis dans la mutation vers une économie de l’innovation

© Beijing Aerospace Command and Control Center. The Chang’e 3 probe landing on the Moon in December 2013.

Le 4 février 2016, l’agence de presse Reuters annonçait que l’entreprise publique China National Chemical Corp (ChemChina) avait mis sur la table 43 milliards de dollars pour prendre le contrôle du géant agrochimique suisse Syngenta. En acquérant le catalogue de produits chimiques et de semences brevetées de qualité de Syngenta, la Chine cherche à améliorer ses rendements agricoles. Si les deux sociétés parviennent à un accord, il s’agira de la plus grosse acquisition étrangère par une entreprise chinoise depuis que la China National Offshore Corporation a acheté en 2012 la société pétrogazière canadienne Nexec Inc. pour 15 milliards de dollars.

« Le transfert de connaissances fait manifestement partie intégrante des investissements directs étrangers en Chine », souligne le chapitre sur la Chine du Rapport de l’UNESCO sur la science : vers 2030. « À quelques exceptions près, les entreprises chinoises dépendent encore de l’étranger pour les technologies essentielles ». Le Rapport cite une étude de la Banque mondiale publiée en 2012 qui affirmait qu’en 2009, la Chine accusait un déficit de 10 milliards de dollars (2009) de sa balance des paiements en matière de propriété intellectuelle (redevances et droits de licence) ».

« Le pouvoir politique en place souhaite réduire cette dépendance à l’égard des technologies de base étrangères », observe le Rapport sur la science. « Sous la houlette du Vice-Premier Ministre Ma Kai, il a formé un groupe d’experts chargé de recenser les leaders industriels capables de conclure des accords de partenariat stratégique avec des multinationales étrangères. C’est ainsi qu’Intel a acquis 20 % des parts de Tsinghua Unigroup, une entreprise publique émanant de l’une des plus prestigieuses universités du pays, en septembre 2014 ».

« Le nouveau pouvoir politique chinois place la science, la technologie et l’innovation au cœur de la réforme de son système économique », indique le Rapport sur la science, « parce que l’innovation peut aider à restructurer et transformer l’économie, mais aussi à résoudre d’autres problèmes qui se posent à la Chine : la recherche d’un développement inclusif, harmonieux et vert, le vieillissement de la population et le piège du revenu moyen ».

L’objectif est de faire de la Chine un pays axé sur l’innovation d’ici à 2020. Le programme qui doit lui permettre de réaliser cette ambition est le Plan national à moyen et long termes pour le développement de la science et de la technologie (2006-2020). Afin de faciliter la mise en œuvre de ce plan, les ministères gouvernementaux ont conçu des stratégies pour contribuer à bâtir un système national d’innovation centré sur l’entreprise : incitations fiscales pour les entreprises novatrices, priorité accordée aux entreprises nationales de pointe pour les achats publics, encouragement à l’assimilation et à l’innovation secondaire à partir des technologies importées, protection renforcée des droits de propriété intellectuelle, etc.

Cette trajectoire n’est pas nouvelle. « Depuis vingt ans, la stratégie s’est axée essentiellement sur le développement expérimental, au détriment de la recherche appliquée et surtout de la recherche fondamentale », indique le Rapport. L’accent mis sur le développement expérimental est encore plus prononcé depuis dix ans, puisqu’il compte pour 85 % de l’ensemble des dépenses de recherche en 2013, contre 74 % en 2004. Dans le même temps, la part de la recherche fondamentale a reculé de 6 % à 4,7 %, avec pour résultat que les entreprises chinoises réalisent plus des trois quarts de l’ensemble des dépenses consacrées à la recherche.

La Chine bien partie pour atteindre ses objectifs quantitatifs

L’examen à mi-parcours du Plan est toujours en cours, mais il est clair que la Chine est bien partie pour en atteindre les objectifs quantitatifs. L’un de ces objectifs consiste, par exemple, à augmenter la contribution des progrès technologiques à la croissance économique à plus de 60 % d’ici à 2020. Or cette contribution est déjà supérieure à 50 %. Un autre objectif de la Chine est de devenir l’un des cinq premiers pays au monde pour le nombre de brevets d’invention détenus par ses propres citoyens. Le nombre de détenteurs de brevets chinois a triplé depuis 2007, pour dépasser les 143 000 ; l’Office public chinois de la propriété intellectuelle a reçu plus d’un demi-million de demandes de dépôt de brevet en 2011, ce qui en fait le plus grand institut de la propriété intellectuelle au monde. Le troisième objectif de la Chine est de limiter sa dépendance à l’égard des technologies importées à 30 % au maximum d’ici à 2020. Cette dépendance devrait refluer à 35 % environ d’ici à 2015.

La Chine réalise des progrès rapides en ce qui concerne un certain nombre d’autres indicateurs. Elle a récemment dépassé les États-Unis en nombre de chercheurs : 1,484 million équivalents plein temps en 2013, contre 1,265 million pour les États-Unis (2012). Cependant, si l’on considère le nombre de chercheurs par million d’habitants, la Chine, avec 1 071 chercheurs, est proche de la moyenne mondiale (1 083) et loin de rivaliser avec les États-Unis (3 984).

La Chine est en passe de devancer les États-Unis d’ici à 2016 pour ce qui est du nombre de publications scientifiques répertoriées dans Web of Science (Thomson-Reuters). C’est dans la science des matériaux, la chimie et la physique que résident ses atouts traditionnels. Selon l’Institut chinois d’information scientifique et technique, la contribution du pays à l’ensemble des articles publiés en sciences des matériaux et en chimie s’élève à environ 25 %, à 17 % pour les articles publiés dans le domaine de la physique entre 2004 et 2014, contre seulement 8,7 % pour les articles traitant de biologie moléculaire et de génétique.

En outre, la Chine est sur la bonne voie pour parvenir à augmenter ses dépenses nationales de recherche et développement (R&D) à 2,5 % du PIB d’ici à 2020. Ce ratio est passé de 1,40 % à 2,09 % du PIB entre 2007 et 2014. Bien que le pays accuse toujours un retard par rapport aux États-Unis en ce qui concerne cet indicateur (2,73 % pour ces derniers en 2013, selon des données provisoires), Battelle et R&D Magazine ont prédit en décembre 2013 que le budget consacré par la Chine à la R&D « surpassera[it] celui des États-Unis d’ici à 2022 ». Le Rapport de l’UNESCO sur la science objecte que « plusieurs facteurs convergents mettent en doute l’exactitude de la prévision de Battelle : la décélération de la croissance économique chinoise depuis 2014, la chute considérable de la production industrielle depuis 2012 et le krach boursier de la mi-2015 ».

Des progrès au rythme insuffisant

La classe politique chinoise elle-même n’est pas satisfaite des performances actuelles du système national d’innovation, selon le Rapport de l’UNESCO sur la science. « Malgré une injection massive de capitaux, une meilleure formation des chercheurs et un équipement ultramoderne, rares sont les projets qui ont débouché sur la mise au point de technologies et de produits novateurs et compétitifs. La commercialisation des résultats de la recherche publique est rendue difficile, pour ne pas dire impossible, par le fait que ces résultats sont considérés comme des biens publics, avec un effet dissuasif pour les chercheurs engagés dans le transfert de technologie ».

Les scientifiques et ingénieurs chinois ont néanmoins remporté quelques victoires éclatantes depuis 2011. Dans le domaine de la technologie stratégique de pointe, par exemple, Chang’e 3 est devenue, en décembre 2013, la première sonde spatiale à atterrir sur la lune depuis celle de l’Union soviétique en 1976. La Chine a également réalisé des progrès décisifs en matière de forages profonds et de superordinateurs. Son premier gros avion de transport de passagers, l’ARJ21-700, doté d’une capacité de 95 places, a été homologué par l’Administration nationale de l’aviation civile le 30 décembre 2014.

Une vaste réforme en perspective

Une fois l’examen à mi-parcours du Plan national à moyen et long termes pour le développement de la science et de la technologie (2006-2020) achevé, ses conclusions contribueront au lancement d’une vaste réforme du système scientifique et technologique chinois. À ce stade, il semblerait que cet examen « réaffirmera ce qu’il est convenu d’appeler « l’approche nationale d’ensemble », en vertu de laquelle les ressources de la nation sont concentrées sur certains domaines prioritaires ». Cette approche a déjà été utilisée par le passé, par exemple lorsque les ressources de la nation ont été concentrées sur la formation des athlètes qui promettaient de remporter des médailles aux Jeux olympiques.

La réforme pourrait aussi être conçue au plus haut niveau, ce qui marquerait une rupture par rapport à la pratique actuelle consistant à consulter des spécialistes et le public sur la formulation et l’application des politiques scientifiques et technologiques. Plus de 2 000 spécialistes ont été consultés pour l’élaboration du projet de Plan national à moyen et long termes pour le développement de la science et de la technologie (2006-2020), par exemple, et plus de 8 000 spécialistes nationaux et étrangers ont été invités à évaluer les grands programmes d’ingénierie de la Chine dans le cadre de l’examen à mi-parcours actuel. Le Rapport de l’UNESCO sur la science prévoit que, « associée à la formulation des initiatives de réforme au plus haut niveau, [l’approche nationale d’ensemble] pourrait caractériser l’innovation en Chine dans les années à venir ».

Source : Adapté de plusieurs chapitres du Rapport de l’UNESCO sur la science : vers 2030, notamment celui consacré à la Chine (pdf)




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