08.12.2016 - Sciences exactes et naturelles

La version française du Rapport de l’UNESCO sur la science lancée à Djibouti

Le Ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, SE Nabil Mohamed Ahmed, prend la parole. © UNESCO/E. Fernandez Polcuch

Le lancement de l’édition française du Rapport de l’UNESCO sur la science : vers 2030 à l’Hôtel Kempinski à Djibouti a fait salle comble, le 4 décembre 2016.

« Je suis convaincu que [le fait d’avoir traduit ce rapport] permettra à tous les pays francophones de prendre connaissance du contenu de ce rapport pour mieux orienter leur politique scientifique non seulement par rapport à leurs besoins propres mais également par rapport aux nouveaux enjeux mondiaux » a fait remarquer Son Excellence le premier ministre Abdoulkader Mohamed Kamil, ces enjeux étant « caractérisés par la globalisation et la vitesse des transferts des données où le numérique prend chaque jour une place de plus en plus croissante ».

La Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, a fait écho à ce sentiment. Rappelant le caractère unique du rapport, elle a dit que « notre ambition est simple et forte : partager cette connaissance avec le plus grand nombre, pour renforcer les politiques, accélérer la recherche, soutenir l’innovation ». Elle a ajouté que, grâce à la coopération renforcée entre l’UNESCO et la République de Djibouti, « nous élargissons l’horizon de ce rapport auprès de 274 millions de francophones dans le monde ».

Mme Bokova a exprimé toute sa gratitude à la République de Djibouti d’avoir financé la version française du rapport, « initiative qui témoigne aussi de l’ambition du pays à s’engager davantage dans l’enseignement supérieur, la recherche et finalement dans la politique scientifique pour le développement durable ».

Faire de la science un pilier de la coopération internationale

Tous deux ont rappelé que, les 26 et 27 novembre dernier, le Président de la République de Djibouti, Son Excellence Ismaïl Omar Guelleh, avait offert le rapport à tous les chefs d’État et de gouvernement assistant au Sommet international de la francophonie qui s’est tenu à Madagascar, « une façon pour Djibouti de réaffirmer son attachement à une coopération scientifique internationale pour un développement durable et plus particulièrement dans les pays en voie de développement », selon le premier ministre. « J’en suis très reconnaissante, » a renchéri la Directrice générale, « car c’est un symbole politique très fort, qui marque la volonté de faire de la science un pilier de la coopération internationale ».

“Nous tenons à marquer notre attachement à ce que notre pays soit constamment tourné vers l’avenir dans le respect de sa culture et ses traditions », a poursuivi le premier ministre. « Nous le faisons déjà par la mise en place d’infrastructures modernes, le développement des énergies vertes, le développement de nos centres de recherche et universités et nous nous inscrivons dans le partage de la connaissance à l’échelle régionale et internationale ».

Pourquoi Djibouti veut développer une culture scientifique

« Ce rapport en dit long sur les disparités entre différentes régions du monde, même si d’énormes progrès ont été réalisés », a fait remarquer le Dr Nabil Mohamed Ahmed, Ministre de l’éducation supérieur et de la recherche, lors de sa propre intervention.

« En République de Djibouti », a-t-il dit, « il y a quelques années, la recherche scientifique ne disposait que de très peu de moyens humains et matériel ». En moins de 15 ans, le nombre d’étudiants est passé de 400 à plus de 10 000 (sur près de 900 000 habitants)… « Mais nous sommes conscients que pour relever les défis que nous imposent le développement durable de notre pays, nous devons renforcer le savoir technique et scientifique en s’inscrivant dans une véritable politique de culture scientifique. Pour cela nous nous sommes engagés à … préparer les nouvelles générations à l’esprit de créativité et d’innovation ».

L’essor du nombre d’étudiants djiboutiens pourrait être un des corollaires d’une politique gouvernementale de financement des études jusqu’à l’obtention de la licence, comme l’a rappelé le modérateur de session, le Dr Mohamed Jalludin, Directeur général du Centre d’études et de recherche de Djibouti (CERD).

« La majorité de nos chercheurs et enseignants djiboutiens sortent des meilleures universités du monde » a poursuivi le ministre. Il a décrit comment certains d’entre eux menaient depuis plusieurs années des programmes de recherche au CERD, avec l’appui de l’Université de Djibouti, pour accompagner les projets de développement en matière d’énergie, d’amélioration des plantes, la recherche minière, la médecine, les sciences humaines…

Le monde n’a jamais autant investi dans la science

« La connaissance est le pétrole des sociétés du savoir », a estimé pour sa part Mme Bokova. « Les pays en développement sont de plus en plus nombreux à faire le choix de la science pour le développement ». Si la transition vers des sociétés du savoir est en marche, « elle ne peut réussir qu’en s’appuyant sur une croissance plus inclusive, créatrice d’emplois, plus intelligente, avec des services plus qualifiés et des produits à plus forte valeur ajoutée, et plus durable, respectueuse de l’environnement, a-t-elle insisté.

Elle a ensuite rappelé qu’entre 2007 et 2013, les pays à faible revenu ont doublé leur investissement dans la recherche-développement à près de $4 milliards.

En fait, les dépenses mondiales sur la recherche-développement ont progressé plus vite (+30,5%) entre 2007 et 2013 que le PIB mondial (+20,1%), comme l’a rappelé Susan Schneegans, Rédactrice en Chef du rapport, lors de sa propre intervention sur les nouvelles tendances au niveau mondial.

Malgré la crise de la dette, le secteur privé dans la plupart des pays développés a maintenu, voire augmenté, son propre investissement dans la recherche-développement, alors que l’investissement public dans la recherche vacillé dans un contexte de budgets d’austérité.

Dans le monde en développement, en revanche, le boom des matières premières a permis à de nombreux gouvernements d’augmenter leur propre engagement dans la recherche-développement. En Éthiopie, par exemple, qui a connu un taux de croissance économique depuis une décennie parmi les plus élevés en Afrique, le budget recherche est passé de 0,17% à 0,61% du PIB entre 2007 et 2013.

Être partie prenante de la nouvelle économie

« Nous sommes totalement convaincus » a dit le ministre, « de l’importance de nos possibilités d’acquérir et de développer la technologie du numérique pour être totalement partie prenante de la nouvelle économie qui prend place devant nous dans le monde ».

Cette nouvelle économie est d’ores et déjà visible au Kenya, par exemple, où la réussite socio-économique des plate-formes d’incubation d’entreprises technologiques du pays a encouragé le gouvernement à augmenter son propre investissement dans la recherche à 0,79% du PIB en 2010, selon le rapport. Bien que près de la moitié (47%) provienne de l’étranger, le niveau d’intensité de la recherché a plus que doublé. Désormais, le gouvernement prévoit de créer des plate-formes d’incubation d’entreprises technologiques dans chacun de ses 47 comtés.

L’Afrique est en marche

Dans sa propre présentation sur les conclusions du rapport portant sur l’Afrique de l’Est, auteur Rémy Twingiriyama a fait remarquer que la loi sur la science, la technologie et l’innovation adoptée par le Kenya en 2013 a le potentiel « de changer la donne ». Cette loi a créé un Fond national de la recherche qui doit recevoir 2% du PIB national à chaque exercice fiscal. Cette enveloppe non négligeable devrait permettre au Kenya d’atteindre la moyenne de l’Union européenne pour cet indicateur.

Il a également cité l’exemple du Rwanda, qui est devenu un champion de la croissance verte. Après avoir banni les sacs plastiques en 2008, remplacés depuis par des alternatives biodégradables conçus dans des matériaux tels que le bananier, le coton ou le papyrus, le pays prévoit désormais de développer une « cité verte ».

Pour leur part, auteurs Almamy Konté et Nouhou Diaby ont parlé de tendances au niveau panafricain et en Afrique de l’Ouest dans leurs présentations respectives. Ils ont fait remarquer que l’Afrique de l’Ouest était toujours à la traîne par rapport au reste de l’Afrique en termes d’investissement dans la recherche-développement, et par conséquent en termes de productivité scientifique, mais que, là aussi, des progrès avaient bel et bien étaient enregistrés.

L’une des forces de l’Afrique de l’Ouest repose dans sa stratégie sous-régionale. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est la seule communauté régionale à avoir adopté sa propre politique en matière de science et technologie, qui porte le sigle d’ECOPOST (2012). Cette politique est indexée sur la stratégie de développement régionale à l’horizon 2020, Vision 2020, adoptée en 2011.

Nouhou Diaby a rappelé une autre particularité de l’Afrique de l’Ouest. Elle est la seule région à avoir adopté une monnaie commune et qui permet à ses ressortissants de voyager partout dans la région avec un passeport commun pour faciliter les déplacements. De surcroît, les barrières tarifaires ont été supprimées entre les 15 membres de la CEDEAO et l’infrastructure des transports, telle que les ports, les routes et les chemins de fer, est en train d’être réhabilitée afin de fluidifier les échanges commerciaux de la région.

La modernisation des infrastructures est également à l’œuvre en Afrique de l’Est. L’agrandissement du port de Djibouti et la réhabilitation du chemin de fer reliant Addis Abéba à Djibouti – prévue pour être opérationnelle dès début 2017 – devraient offrir de nouveaux marchés au secteur manufacturier de Djibouti.

La République de Djibouti est au carrefour de l’Afrique et du monde arabe. Il était donc approprié que l’auteur Jauad El Kharraz évoque, pour sa part, les nouvelles tendances en Afrique du Nord recensées par le rapport. Ici encore, l’Afrique est en marche. Le Maroc ambitionne de devenir le leader africain des énergies solaire et éolienne d’ici à 2020 et la Tunisie devance le reste du continent pour le nombre de ses parcs technologiques.

L’importance vitale de statistiques fiables et d’investissements étrangers

Après le déjeuner, lors de sa deuxième intervention, le Dr Konté a insisté sur l’importance de statistiques fiables pour éclairer la prise de décision politique. Il a également fait remarquer qu’une infirme partie seulement des investissements étrangers directs (IDE) ciblant la recherche-développement allait vers l’Afrique (0,8%), selon le Rapport de l’UNESCO sur la science. À titre de comparaison, 29% de cette forme d’IDE partait à destination de la Chine et de l’Inde.

Le manque d’IDE ciblant l’Afrique était préoccupant, a-t-il dit, puisque ce type d’investissement avait un effet bénéfique sur le commerce extérieur et l’investissement, sur le développement des entreprises, sur le transfert de technologie et sur le renforcement des capacités du capital humain. Entre 2001 and 2011, la part mondiale des entreprises chinoises et indiennes dans les dépenses en recherche-développement a quadruplé à 20%, selon le rapport, ce qui les met à égalité avec les entreprises européennes.

Signature d’une lettre d’intention

La présentation du Dr Konté a été suivie de celle d’Ernesto Fernandez Polcuch, Chef de la section des politiques scientifiques et partenariats, qui a décrit les programmes de l’UNESCO dans ce domaine. L’un d’eux, l’Observatoire des instruments de politique en matière de science, technologie et d’innovation (GO-SPIN), cartographie les systèmes nationaux d’innovation, en partenariat avec les gouvernements concernés.

Le gouvernement de Djibouti a manifesté de l’intérêt pour le programme GO-SPIN. Le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche désire également collaborer avec l’UNESCO pour créer un observatoire pour l’Afrique de l’Est du changement climatique, qui serait accueilli par le CERD, et participer au programme des Chaires UNESCO/Unitwin. Le 4 décembre, une lettre d’intention a été signée par le Président de la République de Djibouti et la Directrice générale de l’UNESCO pour formaliser cet engagement réciproque.

Comment préparer les jeunes aux métiers d’après-demain

La journée a pris fin après une dernière session de questions-réponses impliquant la Professeur Zohra ben Lakhdar, lauréate du Prix L’Oréal-UNESCO pour les femmes en science, et environ 80 étudiants de l’Université de Djibouti, sur le thème de comment préparer pour le monde de travail de demain. Comme d’autres orateurs, la Professor ben Lakhdar a insisté sur le rôle clé que joueront les techniciens et les ingénieurs dans le monde de demain, qui sera dominé par les industries fondées sur la science. Elle a préconisé des stages en entreprises pour des étudiants en ingénierie, puisque rien ne vaut une expérience pratique et des projets concrets pour bien former des ingénieurs aux réalités du métier. Aux entrepreneurs en herbe, elle leur a conseillé de bien maîtriser le savoir-faire dans leur domaine, qu’il s’agisse de la pharmaceutique ou de la fourniture de services.




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