06.04.2016 - Sciences exactes et naturelles

La parité hommes-femmes dans la science n’est pas encore une réalité.

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Un Manifeste pour les femmes et la science a fait l’objet d’un lancement à Paris, le 24 mars 2016, à la clôture de la cérémonie de remise du prix L'ORÉAL-UNESCO pour les femmes et la science, qui a distingué cinq scientifiques remarquables et 15 chercheuses prometteuses. Ce manifeste rappelle la nécessité de viser la parité entre les hommes et les femmes dans la science.

D’après le Rapport de l’UNESCO sur la science : vers 2030, les femmes représentent désormais 53 % des titulaires d’une licence ou d’un mastère et 43 % des docteurs, mais seulement 28 % des chercheurs dans le monde, des chiffres qui masquent souvent d’importantes disparités intrarégionales. Ainsi, 52 % des chercheurs sont des femmes aux Philippines et en Thaïlande, et la parité est presque atteinte en Malaisie et au Viet Nam, mais seulement un chercheur sur trois est une chercheuse en Indonésie et à Singapour. Au Japon et en République de Corée, deux pays qui se caractérisent par un important contingent de chercheurs, seuls 15 % et 18 % d’entre eux sont des femmes, respectivement.

Il existe par ailleurs de grandes disparités entre les régions. La parité est atteinte chez les chercheurs en Europe du Sud-Est, par exemple, et l’est presque avec 44 % de femmes dans la recherche en Asie centrale, ainsi qu’en Amérique latine et aux Caraïbes. En revanche, dans l’Union européenne, seul un chercheur sur 3 (33 %) est une femme, et 37 % dans le monde arabe. Les femmes sont également mieux représentées en Afrique subsaharienne (30 %) qu’en Asie du Sud (17 %).

La forte représentation des femmes diplômées dans les sciences de la vie est une constante, avec un pourcentage se situant souvent à plus de 50 %. Mais dans d’autres domaines, leur représentation est insignifiante. Par exemple, en Amérique du Nord et dans une grande part de l’Europe, peu de femmes sont diplômées en physique, mathématique et informatique, alors que dans d’autres régions on observe une quasi-parité en physique et en mathématiques.

Plus de diplômées dans le secteur de l’agriculture

Les tendances dans le domaine des sciences agricoles sont particulièrement intéressantes. Partout dans le monde, on constate une progression régulière du nombre de diplômées depuis 2000. En Afrique subsaharienne, par exemple, le nombre de diplômées en agronomie a augmenté de façon constante et elles représentent 40 % ou plus du total des diplômés dans huit pays : Afrique du Sud, Lesotho, Madagascar, Mozambique, Namibie, Sierra Leone, Swaziland et Zimbabwe.

Les motifs de cette augmentation sont incertains, mais les observations empiriques suggèrent qu’elle pourrait s’expliquer par l’importance croissante de la sécurité alimentaire au niveau national et de l’industrie alimentaire. La forte représentation des femmes dans les biotechnologies est une autre explication possible. Par exemple, en Afrique du Sud, les femmes étaient sous-représentées dans le domaine des sciences de l’ingénieur (16 %) en 2004 et des sciences naturelles (16 %) en 2006, mais constituaient 52 % des salariés des entreprises du secteur des biotechnologies.

Parallèlement, dans les pays en développement, les femmes sont faiblement représentées dans les services de vulgarisation agricole. Le Rapport de l’UNESCO sur la science suggère qu’« une meilleure compréhension de l’incursion des femmes dans ce secteur et de leur parcours professionnel pourrait fournir quelques indications sur les obstacles et les opportunités qui se présentent à elles dans les autres domaines scientifiques ».

Sous-représentation constante des femmes dans les sciences de l’ingénieur

Les femmes sont sous-représentées de façon constante dans les sciences de l’ingénieur. En Israël, par exemple, où elles forment 28 % du corps professoral de haut niveau, leur présence reste marginale dans les sciences de l’ingénieur (14 %), la physique (11 %), ainsi que les mathématiques et l’informatique (10 %), par rapport à l’éducation (52 %) et aux professions paramédicales (63 %).

Le nombre d’ingénieurs en Europe et en Amérique du Nord est généralement faible : 19 % au Canada, en Allemagne et aux États-Unis et 22 % en Finlande, par exemple, mais il existe quelques heureuses exceptions : à Chypre, 50 % des diplômés en sciences de l’ingénieur sont des femmes, et au Danemark 38 %.

Dans de nombreux cas, les sciences de l’ingénieur ont perdu du terrain par rapport à d’autres disciplines, y compris l’agronomie. Le cas de la Nouvelle-Zélande est assez exemplaire à cet égard. En effet, entre 2000 et 2012, les femmes sont passées d’une représentation de 39 % des diplômés en agronomie à 70 %, ont continué à dominer dans le domaine de la santé (80–78 %), mais ont cédé du terrain dans la science (43–39 %) et l’ingénierie (33–27 %).

Il existe pourtant des exceptions. Dans un certain nombre de pays africains, arabes et asiatiques, la part des diplômées en ingénierie devient conséquente. Plus de trois ingénieurs sur dix sont désormais des femmes, par exemple, au Viet Nam et aux États arabes unis (31 %), en Algérie (32%), au Mozambique (34%), en Malaisie (39 %), en Tunisie (41%) et au Brunéi Darussalam (42 %). Oman, quant à lui, enregistre un taux étonnant de 53%. Sur les treize pays d’Afrique subsaharienne qui ont communiqué des données, sept ont relevé une augmentation sensible (supérieure à 5 %) des femmes ingénieures depuis 2000 : le Bénin, le Burundi, l’Érythrée, l’Éthiopie, Madagascar, le Mozambique et la Namibie.

Sur les sept pays arabes qui ont communiqué des données, quatre relèvent un pourcentage stable voire une augmentation. Pourquoi une proportion si forte de femmes ingénieures dans le monde arabe ? Le cas des Émirats arabes unis nous offre un élément de réponse. Le gouvernement a fait du développement d'une économie du savoir une priorité, après avoir pris conscience du besoin de disposer de solides ressources humaines en science, technologie et ingénierie. Alors que seul 1 % de la main-d’œuvre est de nationalité émirienne, il s’inquiète également du faible pourcentage de citoyens émiriens travaillant dans les secteurs clés. Il a donc instauré des politiques pour promouvoir la formation et l’emploi des citoyens émiriens ainsi qu’une plus large participation des Émiriennes à la vie active. Les étudiantes émiriennes en ingénierie déclarent être attirées par une carrière dans cette branche pour des raisons liées à l’indépendance financière, au fort statut social dont jouissent ces professions, à la possibilité de participer à des projets créatifs et ambitieux et aux nombreuses perspectives de carrière.

Une fois diplômées, les femmes arabes scientifiques et ingénieures risquent de se heurter à des difficultés pour trouver un emploi rémunérateur, avance le Rapport. Ceci est dû au « décalage entre les programmes universitaires et les exigences du marché du travail (un phénomène qui touche également les hommes), à la méconnaissance des implications d’une carrière dans la spécialité choisie, aux préjugés familiaux sur le fait de travailler dans un environnement mixte, ainsi qu’à un manque d’exemples et de modèles féminins ».

Moins de femmes dans l’informatique

L’analyse du secteur de l’informatique montre une diminution régulière du nombre de diplômées depuis 2000, en particulier dans les pays à revenu élevé. En Europe, deux pays font exception : le Danemark, où le pourcentage de diplômées est passé de 15 % à 24 % entre 2000 et 2012, et l’Allemagne, où il est passé de 10 % à 17 %, mais ces taux restent néanmoins très faibles.

Sur la même période, la proportion de diplômées a diminué en Australie, aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande et en République de Corée.

La situation est particulièrement inquiétante en Amérique latine et aux Caraïbes : dans tous les pays pour lesquels des données sont disponibles, la proportion de diplômées en informatique a chuté de 2 à 13 points de pourcentage depuis 2000.

Cette observation devrait être un signal d’alarme : la participation des femmes diminue dans un secteur en plein essor à l’échelle mondiale, qui occupe une place de plus en plus importante dans les économies nationales et qui intervient dans tous les aspects de notre vie quotidienne. Pourrait-il s’agir d’un symptôme du phénomène selon lequel « les femmes sont les premières embauchées et les premières licenciées » ? En d’autres termes, sont-elles poussées dehors lorsque les entreprises acquièrent un certain prestige et augmentent la rémunération de leur personnel, ou quand elles rencontrent des difficultés financières ?

Il existe cependant des exceptions. En Turquie, par exemple, la proportion de diplômées en informatique, d’un score déjà relativement haut de 29 %, a grimpé à 33 %.

En Malaisie, le secteur des technologies de l’information est composé à parts égales d’hommes et de femmes, et un grand nombre d’entre elles travaillent comme professeur d’université et dans le secteur privé. Deux tendances historiques expliquent ce phénomène : la prédominance des femmes dans l’industrie électronique malaise, précurseur de l’industrie des technologies de l’information ; et les efforts nationaux visant à créer une culture « panmalaise » dépassant les clivages entre les trois groupes ethniques du pays (Indiens, Chinois et Malais). Le gouvernement fournit une aide en matière d’éducation à ces trois groupes, sur la base de quotas ; étant donné que peu de Malais sont intéressés par le secteur des technologies de l’information, cela laisse une plus grande place aux femmes. De plus, les familles soutiennent généralement l’entrée de leurs filles dans ce secteur prestigieux et très rémunérateur, qui offre des perspectives d’ascension sociale.

En Inde, l’augmentation considérable du nombre de diplômées du premier cycle universitaire en sciences de l’ingénieur pourrait indiquer un changement d’attitude à l’égard de cette spécialité dans ce pays, habituellement perçue comme un secteur « masculin ». C’est aussi le signe d’un intérêt de la part des parents, puisque leurs filles sont assurées de trouver du travail dans ce secteur en plein essor et de faire un bon mariage. En outre, cette hausse peut s’expliquer par deux autres facteurs : tout d’abord l’image « favorable » dont jouit l’ingénierie par rapport à l’informatique, et ensuite la facilité de suivre des études dans ce secteur grâce à l’augmentation du nombre d’écoles d’ingénieur destinées aux femmes au cours des vingt dernières années.

Insertion des femmes dans le monde scientifique : des résultats décevants

Dans une grande partie du monde, on observe des avancées concrètes en ce qui concerne la proportion d’étudiantes dans les filières scientifiques. Néanmoins, comme le montre le cas de l’Europe, le déséquilibre entre les sexes dans la recherche scientifique reste beaucoup trop élevé ; dans de telles circonstances, il semble moins probable que les femmes puissent « rattraper » automatiquement les hommes. Des écarts et des obstacles persistants subsistent dans le système de la recherche scientifique. Cela signifie que l’on n’atteindra pas la parité en se contentant d’attendre que le contingent grandissant des diplômées de troisième cycle s’ouvre une voie dans le système.

La tendance a fait l’objet d’un suivi systématique en Europe et aux États-Unis, où après un peu plus d’une décennie de politiques, de programmes et de fonds destinés à promouvoir l’égalité des sexes dans la recherche, les progrès ont été moins encourageants qu’on l’avait espéré. Aux États-Unis, les chiffres ont stagné, voire reculé dans certains domaines depuis dix ans, alors que dans l’Union européenne aux postes de direction et de prestige l’équilibre entre les genres n’a guère évolué.

Plusieurs facteurs entraînent une diminution de la proportion de femmes à chaque étape de la carrière scientifique : l’environnement universitaire de troisième cycle ; le « mur maternel »/plafond de verre ; les critères d’évaluation des performances ; le manque de reconnaissance ; le manque de soutien aux femmes souhaitant accéder à des postes de direction ; et des préjugés sexistes inconscients.

Parmi les pays industrialisés, l’UE et les États-Unis ont tous deux adopté des politiques solides et des incitations financières dans le but d’encourager la participation des femmes à la science. Horizon 2020, le programme de financement de l’UE pour la recherche et l’innovation pour la période 2014-2020, considère la problématique hommes-femmes comme une question transversale. Sa stratégie vise à promouvoir l’égalité des sexes dans la recherche et l’innovation, y compris l’équilibre entre les sexes au sein des équipes de recherche, des groupes d’experts et des groupes consultatifs ; elle prévoit également l’intégration de la problématique hommes-femmes dans le contenu des projets de recherche et d’innovation afin d’en améliorer la qualité scientifique et l’intérêt pour la société.

Aux États-Unis, le Science and Engineering Equal Opportunity Act de 1980 (loi sur l’égalité des chances dans la science et l’ingénierie) exige l’égalité d’accès à l’éducation, à la formation et à l’emploi pour les hommes et les femmes dans les filières scientifiques et techniques. Par conséquent, la National Science Foundation soutient et entreprend différents types d’activités, comme des travaux de recherche et le recueil de données, afin d’évaluer, de mesurer et d’accroître la participation des femmes dans les domaines de la science, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques. L’un de ses programmes, ADVANCE, accorde des bourses et des prix en faveur de la transformation institutionnelle et du leadership, dans le but de renforcer la participation des femmes à la recherche et de récompenser l’excellence.

Un certain nombre de pays à revenu faible et intermédiaire ont également mis en œuvre des politiques dans un ou plusieurs domaines afin d’intégrer plus efficacement les femmes et les questions relatives à l’égalité des sexes à la science. En 2003, le Ministère des sciences et technologies d’Afrique du Sud a réuni un organe consultatif chargé de le conseiller sur les priorités, les grandes orientations et les stratégies efficaces à adopter pour accroître la participation des femmes dans le monde scientifique. Ce programme est ancré dans un contexte national favorisant l’égalité des sexes, et placé sous l’autorité d’un « mécanisme national de promotion de l’égalité des sexes », composé de structures coordonnées à l’intérieur et à l’extérieur du gouvernement : SET4W (Science, Engineering and Technology for Women) fait partie du Conseil consultatif national sur l’innovation, un organisme national nommé par le Ministre des sciences et technologies pour le/la conseiller, mais également du Ministère des sciences et technologies et de la Fondation nationale pour la recherche. SET4W fournit des recommandations sur des questions de politique liées à la science, la technologie, l’innovation et la problématique hommes-femmes.

Source : Rapport de l’UNESCO sur la science, vers 2030, chapitre intitulé Vers une diminution des disparités hommes-femmes dans la science ?




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