27.01.2016 - Sciences exactes et naturelles

L’industrie automobile en Iran : un attrait potentiel pour les investisseurs

© Mirahmadian/ Shutterstock.com

Les exportations iraniennes de produits non pétroliers ont augmenté avant même la levée des sanctions par les États-Unis et l’Union européenne au début du mois. Selon le Rapport de l’UNESCO sur la science : vers 2030, paru en novembre 2015, les entreprises qui ont été privées des revenus du pétrole et du gaz ont manifesté une tendance à exporter des services techniques et d’ingénierie dans les pays voisins. Depuis la signature de l’accord sur le nucléaire en juillet dernier, la Banque mondiale a observé que les sociétés multinationales portaient un intérêt croissant aux investissements en Iran. L’un des secteurs suscitant l’attention est celui de l’industrie automobile iranienne.

Après le pétrole et le gaz, l’industrie automobile est la plus importante d’Iran. Elle représente environ 10 % du PIB et emploie près de 4 % de la population active. La construction automobile locale a fait un bond considérable entre 2000 et 2013, dopée par des droits de douane élevés et l’essor des classes moyennes. L’instauration de nouvelles sanctions en juillet 2013 a empêché les sociétés iraniennes d’importer les pièces automobiles nécessaires à la production domestique, ce qui a conduit l’Iran à céder sa place de premier constructeur automobile de la région à la Turquie.

Les véhicules iraniens ont pour marchés d’exportation traditionnels l’Algérie, l’Azerbaïdjan, le Cameroun, l’Égypte, le Ghana, l’Iraq, le Pakistan, le Sénégal, le Soudan, la Syrie et le Venezuela. Les sanctions imposées en 2013 ont durement frappé les exportations automobiles, qui avaient été multipliées par deux pour atteindre 50 000 véhicules en 2011 et 2012.

Le marché automobile iranien est dominé par Iran Khodro (IKCO) et SAIPA, des filiales de l’Organisation publique iranienne pour la rénovation et le développement industriel. IKCO a été fondée en 1962 et SAIPA en 1966. Les deux entreprises assemblent des voitures européennes et asiatiques sous licence, ainsi que leurs propres marques. IKCO est le plus grand constructeur automobile du Moyen-Orient. En 2012, il a annoncé des plans prévoyant le réinvestissement d’au moins 3 % du revenu des ventes de l’entreprise dans la R&D.

En 2008 et 2009, les pouvoirs publics ont dépensé plus de 3 milliards de dollars des États-Unis pour mettre en place des infrastructures permettant aux véhicules de rouler au gaz naturel comprimé. L’objectif était de réduire les coûteuses importations de pétrole dues à l’insuffisance des capacités de raffinage en Iran. Doté des plus grosses réserves de gaz naturel dans le monde après la Fédération de Russie, l’Iran a rapidement occupé le premier rang mondial pour le nombre de véhicules roulant au gaz naturel : on en comptait plus de 3,7 millions sur les routes en 2014.

Environ 3 % des sociétés iraniennes spécialisées dans les nanotechnologies travaillent dans le secteur automobile. Les fabricants de voitures iraniens recourent aux nanotechnologies pour satisfaire les consommateurs et accroître leur sécurité en leur offrant des commodités telles que des tableaux de bord traités contre les salissures, des vitrages hydrophobes et des peintures anti-rayures. En 2009, les chercheurs de l’Université de technologie d’Ispahan ont mis au point un acier nanostructuré solide mais léger, aussi résistant à la corrosion que l’acier antitache, destiné aux véhicules routiers mais qui peut aussi potentiellement être utilisé pour les avions, les panneaux solaires et d’autres applications. La recherche sur les nanotechnologies a pris son essor en Iran à la suite de la création du Conseil sur les nanotechnologies, en 2002. En 2014, l’Iran se classait au 7e rang mondial pour le volume d’articles consacrés à cette discipline. Le nombre de publications par million d’habitants est ainsi passé de 19, en 2009, à 59, en 2013, dépassant ainsi le Japon (56 par million) et talonnant les États-Unis (69 par million).

Selon l’auteur du chapitre du Rapport de l’UNESCO sur la science consacré à l’Iran, les sanctions ont indirectement accéléré le passage d’une économie fondée sur les ressources à une économie fondée sur le savoir. Les sanctions ont durement frappé le secteur privé, en augmentant les coûts des sociétés financières et le risque de crédit des banques, en érodant les réserves en devises et en restreignant l’accès des sociétés aux actifs étrangers et aux marchés d’exportation. Les entreprises dont les activités s’articulent autour du savoir ont été également pénalisées par un accès limité aux équipements de haute qualité, aux outils de recherche, aux matières premières et au transfert de technologie. Malgré cela, le nombre d’entreprises faisant état d’activités en recherche et développement (R&D) a plus que doublé entre 2006 et 2011, passant de 30 935 à 64 642. L’auteur estime qu’en isolant les sociétés iraniennes du monde extérieur, les sanctions les ont encouragées à innover. En faisant obstacle aux importations étrangères et en encourageant les entreprises du savoir à localiser leur production, elles ont contribué à développer l’activité des PME. En outre, avec un taux de chômage élevé et une population qualifiée, les entreprises n’ont eu aucune difficulté à recruter du personnel formé. Les sanctions ont ainsi aidé à faire converger la R&D avec la résolution de problèmes et la recherche d’intérêt public en Iran, estime-t-il, après de nombreuses années pendant lesquelles les revenus élevés du pétrole ont tenu la science éloignée des préoccupations socioéconomiques.

Les pouvoirs publics ont pour la première fois exposé leur politique de mise en place d’une économie du savoir en 2005, dans le document Vision 2025, qui indique comment faire de l’Iran la première économie de la région avant 2025. Même le plan économique adopté par décret en 2014, prévoyant une « économie de résistance » pour faire face au régime de sanctions de plus en plus sévère, réaffirme pour l’essentiel les objectifs de Vision 2025.

Vision 2025 prévoit un investissement de 3 700 milliards de dollars des États-Unis d’ici à 2025 pour financer la transition vers une économie du savoir. Une grande partie de ce montant doit servir à appuyer les investissements en R&D réalisés par les entreprises du secteur de la connaissance et la commercialisation des résultats de recherche. Une loi a été adoptée en 2010 pour instaurer un mécanisme à cette fin, le Fonds pour l’innovation et la prospérité. Selon le Président du Fonds, Behzad Soltani, 4 600 milliards de rials iraniens (environ 171,4 millions de dollars des États-Unis) avaient été alloués à 100 entreprises du secteur de la connaissance à la fin de l’année 2014. Les universités publiques et privées qui souhaitent monter des entreprises privées peuvent également adresser des demandes à ce Fonds.

Le cinquième Plan quinquennal de développement économique (2010-2015) visait à permettre à l’Iran de se placer à la deuxième place de la région, derrière la Turquie, dans le domaine de la science, de la technologie et de l’innovation (STI). Dans le cadre de ce Plan, un Fonds national pour le développement a été établi pour financer les efforts de diversification de l’économie. En 2013, le Fonds recevait 26 % des revenus du pétrole et du gaz.

D’après Vision 2025, près d’un tiers de l’investissement global dans la transition vers une économie du savoir doit venir de sources étrangères, qui devraient représenter 3 % du PIB pour 2015. Cette cible pouvait paraître optimiste en 2013, lorsque les investissements étrangers directs ne représentaient que 0,8 % du PIB. Cependant, compte tenu de l’intérêt croissant des sociétés multinationales pour l’investissement en Iran depuis la signature de l’accord sur le nucléaire en juillet 2015, cette cible pourrait désormais être à la portée du pays.




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