06.10.2016 - Sciences exactes et naturelles

L’Accord de Paris reflète les priorités des pays, démontre un rapport

Ces inondations à Marblehead ont été provoquées par l’Ouragan Sandy en octobre 2012. Marblehead se trouve sur la côte est des États-Unis, à mi-chemin entre la métropole de New York et la frontière canadienne. © The Birkes/Wikipedia CC by 2.0

Alors que le Parlement européen vient d’entériner la ratification de l’Accord de Paris, le 4 octobre 2016, et que l’Inde a également sauté le pas, les conditions sont désormais réunies pour que l’accord sur le climat entre en vigueur avant que ne débute le prochain sommet sur le climat en novembre (COP22).

L’Accord de Paris a été adopté en décembre 2015 à la 21ème Conférence des Parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (COP21). L’accord entrera en vigueur une fois qu’au moins 55 Parties de la Convention représentant au minimum 55% des émissions de gaz à effet de serre l’auront ratifié. Jusqu’ici, 62 pays, dont l’Inde, qui représentent environ 52% des émissions mondiales, ont déposé leurs instruments de ratification. L’engagement pris par l’Union européenne permet de dépasser le seuil des 55%.

Le processus de ratification s’est accéléré depuis le 3 septembre 2016, lorsque la Chine et les États-Unis ont ratifié l’accord à la veille du sommet du G20 à Huangzhou, portant ainsi le nombre d’États ayant ratifié, accepté ou approuvé cet accord à 26, ce qui correspond à 39% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Les 24 pays qu’ils ont rejoints comptent, en tout et pour tout, pour un peu plus d’1% des émissions mondiales.

Le Rapport de l’UNESCO sur la science : vers 2030 est paru en novembre 2015, deux mois seulement après l’adoption des Objectifs du développement durable par les Nations Unies. L’un de ces objectifs porte sur le changement climatique. Le Rapport de l’UNESCO sur la science révèle que le changement climatique et les énergies alternatives sont désormais partie intégrante de la politique scientifique de nombreux pays.

En Europe, l’industrie de l’environnement ne connaît pas la crise

Selon le Rapport de l’UNESCO sur la science, « l’Union européenne devrait atteindre son objectif de réduire de 20% ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990 d’ici 2020, grâce au ralentissement économique qu’elle connait depuis 2008, mais surtout grâce à la ferme conviction « qu’une croissance durable sur le plan environnemental (croissance verte) augmentera sa compétitivité ». Le rapport cite une étude publiée par l’Agence européenne pour l’environnement en 2015 qui révèle que l’industrie de l’environnement « est l’un des rares secteurs économiques européens à s’être développé (en termes de revenus, d’échanges commerciaux et d’emplois) malgré la crise financière de 2008 ».

Entre 2007 et 2013, au moins un quart des projets financés par le septième programme-cadre de recherche et développement technologique avaient trait au développement durable dans 21 pays sur 28. Ce domaine attirait moins de 20% des projets dans seulement trois pays : Chypre, Malte et Royaume-Uni.

Bon nombre des enjeux sociétaux couverts par le huitième programme-cadre, Horizon 2020, « concernent les domaines de la croissance verte : agriculture et exploitation forestière durables, action climatique, transports verts ou utilisation efficace des ressources », selon le rapport.

Les technologies vertes progressent en Inde

L’Inde aussi investit davantage dans la croissance verte. Elle est le cinquième producteur d’énergie éolienne au monde, et possède d’importantes infrastructures de recherche et de fabrication’, selon le rapport. Depuis 2010, on assiste à une nette augmentation du nombre de brevets de technologies vertes délivrés, qui sont passés de 9 à 46 (2012). Le fait qu’une minorité d’États (8 sur 29) aient une politique explicite en faveur des technologies vertes constitue un obstacle à leur plus grande diffusion.

Le gouvernement Modi prévoit un investissement en obligations exonérées d’impôt à hauteur de 100 milliards de dollars US pour atteindre son objectif : installer une capacité de production de 100 gigawatts d’énergie solaire à l’échelle nationale d’ici 2022. Il a annoncé son projet de former une ≪ armée solaire ≫ de 50 000 personnes qui travaillera aux nouveaux projets.

Le changement climatique : une priorité pour les deux plus grands émetteurs

Diversifier le bouquet énergétique et améliorer l’efficacité énergétique, voici deux priorités commune à la Chine et aux États-Unis. Selon le Rapport de l’UNESCO sur la science, aux États-Unis, le Plan d’action pour le climat (2013) comprend un programme d’action au niveau national et international qui vise à réduire rapidement et efficacement les émissions de gaz à effet de serre ».

Au plan national, « l’administration Obama a fait du changement climatique la priorité absolue de sa politique scientifique », selon le rapport. L’investissement dans les nouvelles énergies pour réduire les émissions de gaz à effet de serre responsables du changement climatique est l’une des principales stratégies adoptées. Elle se traduit notamment par l’allocation de fonds à la recherche fondamentale dans le domaine de l’énergie au niveau des universités, par des prêts aux entreprises et par d’autres incitations en faveur de la R&D ».

Toujours selon le rapport, « la Maison-Blanche a su tirer profit de la crise économique qui a suivi la crise financière [de 2008] pour investir dans la science et la recherche et développement. Depuis, les difficultés politiques ont toutefois contraint le président à revoir ses ambitions à la baisse ».

Le gouvernement a décidé d’utiliser le mandat de l’Agence de protection de l’environnement (EPA) pour réguler les émissions de gaz à effet de serre américaines, devant l’opposition du Congrès. « L’EPA s’est fixé comme objectif de réduire de 30 % les émissions de CO2 des centrales électriques. Certains Etats contribuent également à cette politique, puisqu’ils sont libres de fixer leurs propres objectifs en matière d’émissions ».

Le gouvernement noue également des partenariats avec l’industrie. Ainsi, en juillet 2015, 13 entreprises importantes se sont engagées à investir 140 milliards de dollars dans des projets pour réduire leurs émissions, conformément à l’American Business Act on Climate Pledge annoncé par la Maison Blanche.

Le rapport rappelle que, « conformément aux grandes priorités qu’a fixées le président, le principal objectif de la diplomatie scientifique à l’heure actuelle et dans les années à venir est la lutte contre le changement climatique ». En vue de la conférence de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique à Paris, les États-Unis « ont fourni une assistance technique à certains pays en développement pour les aider à préparer leurs Contributions prévues déterminées au niveau national ».

L’administration Obama a signé plusieurs accords bilatéraux and multilatéraux relatifs au changement climatique. Ainsi, «à l’occasion d’une visite du président Obama en Chine en novembre 2014, les États-Unis se sont engagés à réduire leurs émissions de CO2 de 26-28 % en 2025 par rapport à leur niveau de 2005 », relate le rapport. Par ailleurs, les présidents américain et chinois ont rendu publique une Déclaration conjointe sur le climat.

Les détails de l’accord avaient été réglés par le Centre sino-américain de recherche sur les énergies propres. Ce centre virtuel a été établi en novembre 2009 par le Président Obama et le Président Hu Jintao et doté d’un budget de 150 millions de dollars. Le plan de travail conjoint prévoit des partenariats public-privé dans les domaines des technologies du charbon propre, des véhicules propres, de l’efficacité énergétique, de l’énergie et de l’eau.

Les émissions et l’augmentation des températures pourraient freiner l’ascension de la Chine vers la modernité

Le Rapport de l’UNESCO sur la science rappelle que la Chine, l’Inde et d’autres économies émergentes invoquent depuis longtemps le principe de ≪ responsabilités communes mais différenciées ≫ pour lutter contre le changement climatique. Cependant, en tant que premier émetteur mondial de dioxyde de carbone, « la Chine risque de souffrir elle-même des émissions de gaz à effet de serre et de l’augmentation des températures, ce qui pourrait freiner son ascension vers la modernité. Le rapport fait remarquer que la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l’assainissement de l’environnement sont susceptibles d’être approuvés par la classe moyenne émergente ».

Le 19 septembre 2014, le Conseil d’État chinois a présenté son Plan d’action stratégique pour le développement énergétique (2014-2020), qui vise une production et une consommation énergétiques innovantes, écologiques, autonomes et efficaces. Parmi une longue liste d’objectifs, on pourrait citer : réduire de 40 à 50 % les émissions de CO2 par unité de PIB par rapport au niveau de 2005 ; augmenter de 9,8 % (2013) a 15 % la part des combustibles non fossiles dans le bouquet énergétique primaire ; et diminuer de 66 % (2015) a moins de 62 % la part du charbon dans le bouquet énergétique national.

Alors que la Chine a utilisé 3,6 milliards de tonnes de charbon en 2013 et compte limiter sa consommation a approximativement 4,2 milliards de tonnes d’ici 2020, selon son Plan d’action, elle ne pourra augmenter sa consommation que de 17% d’ici 2020. Autrement dit, en vertu du plafond fixe, la consommation annuelle de charbon ne pourra augmenter que de 3,5 % ou moins entre 2013 et 2020.

Pour compenser la baisse de la consommation de charbon, la Chine compte augmenter sa production d’énergie nucléaire en construisant de nouvelles centrales et développer les énergies hydraulique, éolienne et solaire.

« La volonté de diversification du bouquet énergétique peut s’expliquer de différentes façons. Outre les aspects liés à l’environnement, la Chine souhaite réduire sa dépendance à l’égard des fournisseurs d’énergie étrangers. À l’heure actuelle, elle importe près de 60 % de son pétrole et plus de 30 % de son gaz naturel. Si la production nationale doit assurer 85 % de la consommation totale d’énergie d’ici 2020, le pays aura besoin d’accroitre sa production de gaz naturel, de gaz de schiste et de méthane de houille ».

Le nouveau plan d’action énergétique de la Chine « mise sur le forage en eaux profondes, ainsi que sur le développement de l’extraction sous-marine de pétrole et de gaz, de manière indépendante et en collaboration avec d’autres pays », rappelle le rapport.

Source: Rapport de l’UNESCO sur la science : vers 2030 (paru en 2015, version française à paraître fin 2016) ; voir les chapitres sur l’Union europeénne, l’Inde, la Chine et les États-Uni.




<- retour vers Toutes les actualités
Retour en haut de la page
t3test.com