07.11.2016 - Sciences exactes et naturelles

Le Rwanda marie protection environnementale et stratégie de croissance

© World Bank Photo Library. Le Rwanda investit dans des infrastructures matérielles et immatérielles pour augmenter les exportations dans les secteurs manufacturier et agroalimentaire.

Le 2 septembre 2016, le Président Kagame a assisté à la cérémonie annuelle d’attribution de noms aux nouveaux-nés parmi les gorilles de la Réserve de biosphère des volcans, un événement connu sous le nom de Kwita Izina. « Aujourd’hui, il ne s’agit pas uniquement de Kwita Izina », a-t-il dit aux participants, « c’est aussi l’occasion de se remémorer que le développement doit être fondé sur la protection de notre environnement. Il ne peut y avoir de marchandage entre croissance économique et protection de l’environnement, puisque les deux vont de pair ».

Le Rwanda a défrayé la chronique en septembre 2008, lorsqu’il est devenu un des premiers pays au monde à interdire les sacs plastiques, qui ont été remplacés par des sacs biodégradables en matériaux tels que la fibre de coton, de banane ou de papyrus.

L’engagement du Rwanda en faveur de l’environnement n’a pas entravé la croissance, bien au contraire. Depuis une décennie, l’économie croît à un rythme annuel de 5,5% en moyenne, selon la Banque mondiale, dont 4,4% en 2015. La population tire son épingle du jeu, avec un revenu par habitant qui a grimpé de 44% à PPP$ 1 474 entre 2007 et 2013.

Le gouvernement en est convaincu : la science, la technologie et l’innovation (STI) constituent l’une des clés de son développement durable. Cette conviction est inscrite dans la Vision 2020 du Rwanda (2000), qui entend faire de lui un pays à revenu intermédiaire d’ici 2020, et dans sa Politique nationale de science, de technologie et d’innovation, publiée en octobre 2005 avec le concours de l’UNESCO et de l’Université des Nations Unies. Il n’existe pas de ministère dédié à la science et à la technologie au Rwanda, mais, en 2009, une Direction générale des sciences, de la technologie et de la recherche a ete rattachée au Ministère de l’éducation en vue de la mise en oeuvre de la Politique nationale de science, de technologie et d’innovation.

L’industrialisation au coeur de la stratégie de développement économique

La priorité accordée à la STI transparait également dans les première et deuxième Stratégies de développement économique et de réduction de la pauvreté (couvrant 2008-2012 et 2013-2018). La deuxième Stratégie donne la priorité aux technologies de l’information et de la communication (TIC), à l’énergie et à l’innovation dite « verte », ainsi qu’à la création d’un Centre d’innovation sur le changement climatique et l’environnement. Elle met l’accent également sur le développement du secteur privé et l’augmentation des investissements directs étrangers, ces derniers ayant contribué en tout et pour tout 1,5% du PIB en 2013.

L’un des grands axes de la stratégie est d’investir dans des infrastructures matérielles et immatérielles pour satisfaire la demande énergétique du secteur privé. Conformément à la Politique énergétique (2012), la procédure de passation de marchés sera plus transparente et plus compétitive. Les finances publiques serviront à couvrir les risques des projets de production d’électricité pour le secteur privé afin d’intéresser un éventail plus large d’investisseurs à des conditions plus avantageuses. Par ailleurs, un fonds de développement des énergies sera créé avec l’aide de donateurs pour financer des études de faisabilité relatives aux ressources en géothermie, en tourbe et en méthane ainsi qu’à l’hydroélectricité.

Par ailleurs, la Zone économique de Kigali entrera bientôt en fonction, avec un technopole associé. Le gouvernement développe actuellement un parc dédié aux TIC, en partenariat avec l’Université Carnegie Mellon aux Etats-Unis et la Banque africaine de développement.

Au cours des cinq dernières années, le Rwanda a mis en place un réseau de fibres optiques pour assurer la connectivité de tout le pays et le relier à ses voisins. Le Centre d’innovation sur les technologies de l’information (kLab) a ouvert ses portes en 2012, afin de permettre aux jeunes développeurs de logiciels et aux jeunes informaticiens et ingénieurs de travailler sur leurs projets d’entreprise. Cet incubateur technologique est soutenu par le Conseil de développement du Rwanda.

En juillet 2010, les cinq membres de la Communauté de l’Afrique de l’Est ont constitué un marché commun. L’accord prévoit la libre circulation des marchandises, de la main-d’oeuvre, des services et des capitaux. Trois ans plus tard, ils ont signé un Protocole d’union monétaire destiné à établir une monnaie commune d’ici 2023.

A l’heure actuelle, pourtant, les échanges commerciaux du Rwanda avec ses voisins et le reste du monde sont entravés par le mauvais état des infrastructures de transport. Le Rwanda prévoit donc de construire un nouvel aéroport, de développer la compagnie aérienne nationale (Rwandair) et de créer une liaison ferroviaire. Un intérêt stratégique sera accordé aux exportations et aux ré-exportations vers le Burundi et l’est de la République democratique du Congo. L’un des principaux défis consistera à créer des liaisons ferroviaires et routières vers les ports afin de mieux relier les pays entre eux et avec l’économie internationale.

L’investissement dans des infrastructures matérielles et immatérielles devrait permetttre de stimuler la croissance dans les secteurs du tourisme et des matières premières, ainsi que d’augmenter les exportations dans les secteurs manufacturier et agroalimentaire.

L’industrie ne contribue que 15% du PIB Rwandais, dont un tiers est imputable au secteur manufacturier. Le Rwanda demeure dépendant du secteur des services pour plus de la moitié de son PIB (57%), ainsi que de l’agriculture (33%). La Deuxième Stratégie de développement économique et de réduction de la pauvreté cible des investisseurs étrangers importants dans les secteurs économiques prioritaires, en accroissant l’épargne à long terme et en augmentant, par ricochet, le volume de crédits offert au secteur privé à hauteur de 30 % du PIB d’ici 2018, mais aussi en consolidant le secteur prive à l’aide d’une réforme fiscale et réglementaire.

Un fonds pour soutenir le développement de produits et procédés novateurs

Le Fonds rwandais de dotation pour l’innovation a été créé en 2012 par le Ministère de l’éducation en partenariat avec la Commission économique pour l’Afrique des Nations Unies. Il soutient la recherche-développement en vue de la conception de produits et procédés novateurs axes sur le marché dans trois secteurs prioritaires de l’économie : le secteur manufacturier, l’agriculture et les TIC. Le premier appel à propositions a reçu 370 réponses, parmi lesquelles huit projets seulement ont été retenus. Ils ont reçu environ 50 000 dollars US chacun en mai 2013. Le concept ayant fait ses preuves, il a été décidé de lancer un deuxième cycle.

En 2012, le gouvernement a officiellement créé une Commission nationale des sciences et technologies. Stratégiquement rattachée à la Primature en qualité d’instance de conseil sur les questions relatives à la STI dans tous les secteurs économiques, elle est entrée en fonction en 2014.

En janvier 2013, le Ministère de l’éducation a initié un Programme de partenariat pour le transfert de connaissances, en collaboration avec la Banque africaine de développement, pour favoriser le développement industriel. A ce jour, le programme a parrainé cinq partenariats entre des entreprises privées et deux facultés de l’Université du Rwanda, le Collège des sciences et technologies et le Collège d’agriculture, des sciences animales et de médecine vétérinaire. L’entreprise apporte ses idées de produit ou service à développer et l’université fournit l’expertise correspondante.

L’Agence nationale de recherche et développement industriels a été créée en juin 2013, conformément à la Politique industrielle nationale d’avril 2011. La principale mission de cet organe de recherche consiste à produire des solutions technologiques et industrielles endogènes pour répondre aux besoins du marché national et régional.

Le manque d’experts risque d’entraver l’industrialisation et l’innovation

La pénurie de scientifiques et d’ingénieurs, malgré une croissance démographique de 2,7% par an, risque d’entraver l’industrialisation et l’innovation du pays. Le Rwanda ne comptait que 123 chercheurs en 2009. Cela équivaut à 12 chercheurs par million d’habitants (en équivalents plein temps), ce qui est en-dessous de la moyenne (20) du sous-continent.

Le Rwanda a accordé une grande priorité à l’Objectif de développement du millénaire d’éducation primaire pour tous d’ici 2015. Cet engagement a eu un coût : l’investissement public dans l’éducation supérieure ne comptait que pour 14% des dépenses publiques en éducation en 2013, en recul par rapport à 2008 (25%), selon l’Institut de statistiques de l’UNESCO. Alors que 0,96% du PIB avait été consacré à l’éducation supérieure en 2008, ce pourcentage est tombé à 0,71% en 2013. Au cours de la même période, les dépenses publiques par étudiant exprimées en pourcentage du PIB par habitant ont baissé de moitié à 105.

Les universités produisent peu de diplômés en sciences naturelles et exactes ou en sciences agricoles. Parmi les 10 947 candidats qui ont décroché un diplôme en 2013, 537 (4,9%) avaient obtenu un master, mais un seul un doctorat – et encore, en sciences humaines. La grande majorité des diplômés au niveau master avait étudié le commerce, le droit ou d’autres sciences sociales (86,6%), suivi de l’ingénierie (9,3%). Seuls neuf (0,2%) avaient obtenu un master dans le domaine de la santé et les affaires sociales, et sept dans une discipline scientifique. Quant aux sciences agricoles, il n’y avait aucun diplômé au niveau master dans ce domaine d’études.

Le Rwanda a pris des mesures ces dernières années pour stimuler son système d’éducation supérieure. Une politique publique adoptée en 2012 prévoit d’attribuer 70 % des bourses universitaires aux étudiants inscrits dans les filières scientifiques et d’ingénierie pour augmenter le nombre de diplômes.

En septembre 2013, le Parlement a adopté une loi faisant de l’Université du Rwanda une institution de recherche universitaire autonome. Cette grande université est le fruit de la fusion de sept institutions publiques d’enseignement supérieur. « La philosophie à l’origine de sa création visait à produire des diplômés mieux formés et à renforcer les capacités de recherche du système universitaire rwandais. L’Université du Rwanda a déjà conclu un accord avec l’Agence suédoise de développement international en vue de la délivrance de 1 500 doctorats d’ici 2022.

En octobre 2013, le Centre international Abdus Salam de physique théorique de l’UNESCO a ouvert une branche à l’Université du Rwanda, hébergée par le Collège des sciences et technologies.

L’Université Carnegie Mellon, quant à elle, est devenue la première institution de recherche américaine à conférer des diplômes par le biais d’une présence sur place en Afrique. Depuis 2012, son campus au Rwanda sert de centre régional d’excellence dans le domaine des TIC, dans le but de former des ingénieurs et des cadres « qui savent concilier technologie, sens des affaires et innovation pour répondre aux besoins de l’industrie ».

Prendre le virage de l’innovation et l’économie verte

La deuxième Stratégie de développement économique et de réduction de la pauvreté adopte une démarche d’« économie verte » en vue d’une transformation économique, en ciblant une urbanisation et une innovation vertes dans les industries publiques et privées, y compris la promotion de logements financièrement abordables.

Une cité verte pilote sera lancée en 2018 pour « tester et promouvoir une nouvelle approche de l’urbanisation » reposant sur des technologies variées pour créer des villes durables. Le Fonds national pour l’environnement et le changement climatique au Rwanda (FONERWA) participe à la recherche de fonds pour cette cité verte pilote.

Le FONERWA a été créé en 2008. Il tient lieu de dispositif de financement intersectoriel en vue d’atteindre les objectifs de croissance verte et résiliente définis dans la Stratégie nationale de croissance verte et de résilience climatique. Son sixième appel à propositions a donné lieu au financement de 14 projets présentés par des entreprises privées, des ONG, des districts rwandais et le Ministère des infrastructures. Ces projets prévoient notamment de fournir de l’énergie solaire aux communautés non raccordées au réseau, de construire des microcentrales hydrauliques, de récupérer et réutiliser les eaux de pluie et de créer des jardins potagers pour les citadins pauvres dans les régions marécageuses développées de Kigali.

Le gouvernement met actuellement en place un cadre de comptabilité écologique pour évaluer les avantages économiques de la protection de l’environnement, conformément à la Déclaration de Gaborone sur le développement durable en Afrique. Par le biais de cette déclaration, le Rwanda et neuf autres pays africains se sont engagés à intégrer la valeur du capital naturel aux comptes nationaux et à la planification d’entreprise. Les autres neuf signataires sont l’Afrique du Sud, le Botswana, le Gabon, le Ghana, le Kenya, le Libéria, le Mozambique, la Namibie et la République-Unie de Tanzanie.

Le Rwanda fait partie d’un nombre croissant de pays africains qui ont intégré croissance économique et protection de l’environnement dans leur planification de développement. En 2013, par exemple, le Botswana a entrepris d’élaborer une stratégie et un plan d’action nationaux pour le changement climatique.

Source: Rapport de l’UNESCO sur la science, voir le chapitre sur l’Afrique orientale et centrale.




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