25.07.2016 - Sciences exactes et naturelles

Les scientifiques n’ont jamais été aussi mobiles

© Atul Loke. Étudiants étrangers travaillant aux côtés d’étudiants indiens sur le campus de l’Institut indien de Gestion (IIM) à Bangalore.

La Suisse négocie actuellement les nouvelles modalités de ses relations avec l’Union européenne, suite au référendum de février 2014 qui restreint l’immigration dans le pays, ce qui « contrevient à l’un des principes directeurs de l’UE : la libre circulation des personnes ». Le Rapport de l’UNESCO sur la science, vers 2030 souligne que « la réussite de la Suisse dans le domaine scientifique repose sur le développement d’un réseau international robuste. Ironie de l’histoire, les retombées du référendum suisse de 2014 pourraient compromettre ce fier succès. »

Le vote suisse, et plus récemment le référendum au Royaume-Uni en faveur du Brexit, constituent des cas exceptionnels, parce que ces deux pays sont des pôles d’attraction internationaux pour les talents et parce que la tendance mondiale est à un accroissement de la mobilité des scientifiques. Le nombre d'étudiants internationaux a augmenté de 46 % entre 2005 et 2013, passant de 2,8 millions à 4,1 millions, selon l’Institut de statistique de l’UNESCO (ISU). De nombreux gouvernements encouragent cette mobilité, soit parce qu’ils souhaitent créer une économie du savoir soit parce qu’ils cherchent à maintenir leur compétitivité sur le plan international.

Ce n’est pas une coïncidence si c’est aux États-Unis, au Royaume-Uni et en France que l’on dénombrait en 2012 les plus gros contingents de doctorants internationaux en sciences et en ingénierie. Les États-Unis à eux seuls représentent la moitié de ces étudiants (49 %), suivis par le Royaume-Uni (9 %) et la France (7 %). Les États-Unis se distinguent également par leur faible part de doctorants choisissant d'étudier à l’étranger, seulement 1,7 %, contre 12,3 % des doctorants français et 18,0 % des doctorants canadiens. La mobilité croissante des doctorants entraîne à son tour un accroissement de la mobilité des scientifiques.

Près de la moitié (44%) des doctorants vietnamiens étudient à l’étranger, conformément à la stratégie gouvernementale qui ambitionne de rajouter 20 000 docteurs à la faculté de ses universités d’ici 2020. L’Arabie saoudite, quant à elle, a un plus grand nombre de doctorants vivant à l’étranger qu’au pays.

La mobilité accrue qu’on observe au niveau du doctorat engendre à son tour une plus forte mobilité scientifique. D'après le Rapport de l’UNESCO sur la science, « cela pourrait bien être l’une des tendances les plus importantes de ces dernières années. »

 

Le Japon cherche à créer des campus « transnationaux »

Le Japon, aussi, accueille un nombre croissant de doctorants. ‘Les Japonais ont toujours été conscients du fait que les interactions internationales ne sont pas leur point fort,’ explique le rapport, ‘en grande partie en raison de leur maîtrise limitée de l’anglais. Au début du 21e siècle, cependant, pratiquement toutes les entreprises se sentaient à l’étroit sur un marché japonais ferme.

Le gouvernement a donc décidé, en 2012, de verser aux universités de généreux subsides afin qu’elles produisent des spécialistes armés pour travailler à l’étranger. Les universités japonaises elles-mêmes se sont fixé cette priorité, et s’efforcent donc de recruter des étudiants étrangers. Ainsi, en 2013, près de 40 000 étudiants de deuxième et troisième cycles venaient de pays étrangers (15,5%). La grande majorité d’entre eux (88 %) étaient asiatiques, surtout Chinois (près de 23 000).

Alors que 4% seulement des professeurs à plein temps dans le secteur universitaire étaient étrangers en 2013, le gouvernement japonais a également pris des mesures incitatives dans ce domaine. Les critères de sélection de la plupart des grosses subventions versées aux universités prennent désormais en compte la proportion d’étrangers dans le corps professoral et parmi les chercheurs.

Les politiques sont souvent à double sens

Souvent, les politiques favorisant la mobilité sont à double sens, les États encouragent leurs propres étudiants à aller enrichir leurs compétences à l’étranger, tout en cherchant à attirer de jeunes chercheurs ou des experts confirmés. À titre d’exemple, le programme brésilien Sciences sans frontière a permis d’envoyer 70 000 étudiants de premier cycle à l’étranger entre 2011 et 2014. Les chercheurs employés par des entreprises du secteur privé pouvaient également demander à suivre une formation spécialisée à l’étranger dans ce cadre. En parallèle, le programme cherchait à attirer de jeunes chercheurs étrangers désireux de s’installer au Brésil ou d'établir des partenariats avec des chercheurs brésiliens dans des domaines prioritaires. Le programme s’est interrompu fin 2015, suite à l’entrée en récession de l’économie brésilienne.

Près de la moitié (44 %) des étudiants vietnamiens vont faire leur doctorat à l’étranger, dans le cadre de la stratégie du gouvernement visant à recruter 20 000 docteurs dans les facultés de ses universités d’ici à 2020. L’Arabie saoudite compte même plus de doctorants à l’étranger que dans le pays. La volonté de développer des universités de rang mondial a incité le gouvernement chinois à augmenter le nombre de bourses accordées pour des études à l’étranger, qui est passé de moins de 3 000 en 2003 à plus de 13 000 en 2010. Le programme Mille talents (« Thousand Talents ») propose un ensemble d'avantages pour attirer des expatriés chinois et des experts étrangers âgés de moins de 40 ans et les encourager à rejoindre les universités, instituts et entreprises chinois.

La Malaisie accueille de nombreuses multinationales spécialisées dans l’électronique et l’ingénierie, mais souffre d’une pénurie de personnel qualifié. Elle ambitionne de devenir la sixième destination mondiale pour les étudiants internationaux d’ici à 2020. Avec 2,9 % de la totalité des étudiants internationaux en sciences et en ingénierie choisissant de faire leur doctorat en Malaisie, le pays s’est déjà hissé à la huitième place du classement, ex æquo avec le Japon, derrière l’Allemagne et la Suisse. Les plus gros contingents d’étudiants internationaux en quête d’un diplôme viennent d’Iran, d’Indonésie, de Chine, du Nigéria, du Yémen, du Pakistan et du Bangladesh. Entre 2007 et 2012, le nombre d'étudiants étrangers en Malaisie a presque doublé pour atteindre 56 203. Le gouvernement prévoir d’accueillir 200 000 étudiants étrangers d’ici à 2020.

Les universités d’Afrique du Sud ont attiré 61 000 étudiants étrangers en 2009. Les étudiants issus des 14 autres pays de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) sont redevables des mêmes frais que les étudiants locaux, ce qui signifie que les contribuables sud-africains subventionnent leurs études. Cette politique s’inscrit dans la droite ligne du Protocole de la SADC sur l’éducation et la formation (1997), conçu pour faciliter la mobilité. En Afrique du Sud, près d’un chercheur sur deux (49 %) est présent à titre transitoire et passe moins de 2 ans dans les centres de recherche du pays.

L’UE a besoin de plus de chercheurs, y compris venant de l’extérieur de ses frontières

L’UE exige des organismes publics qu’ils publient leurs offres d’emploi à l’international et est en train de mettre en place un « visa scientifique » afin de lever les barrières empêchant les candidatures extérieures à ses frontières. Ces politiques sont motivées par la nécessité d’augmenter le nombre de chercheurs au sein de l’UE, dont une part significative devra être issue de pays tiers. Le Rapport rappelle que « des études menées dans toute l’Europe ont montré qu’un haut niveau de mobilité du personnel qualifié entre les pays et entre les secteurs public et privé contribue au professionnalisme global de la main-d’œuvre ainsi qu’à la performance de l’économie en matière d’innovation ».

Le secteur scientifique privé lui-même devient plus mobile, car les entreprises sont de plus en plus nombreuses à délocaliser leurs laboratoires de recherche à l'étranger. Le secteur des technologies de l’information représente six brevets de nouvelles inventions sur dix en Inde, dont 92 % sont octroyés à des sociétés multinationales étrangères. Selon une enquête menée en 2014 par la Commission européenne, pour les entreprises de l’UE envisageant de délocaliser leurs activités de R&D, les États-Unis étaient plus attractifs en termes de taille de marché et de taux de croissance, tandis que les pays de l’UE se distinguaient par la qualité de leurs chercheurs et par le niveau de soutien public à la R&D par le biais de bourses, de financements directs et d’incitations fiscales. Les entreprises citaient également les opportunités de partage des connaissances avec des universités et des organismes publics au sein de l’UE comme étant un critère déterminant.

L’une des principales stratégies de l’UE pour attirer les meilleurs chercheurs du monde sont les bourses décernées par le Conseil européen de la recherche (CER), premier organe pan-européen de financement de la recherche fondamentale. La plupart des boursiers sont des ressortissants du pays où se trouve leur institution d’accueil, mais deux pays comptent un nombre important de boursiers étrangers : le Royaume-Uni (426) et la Suisse (237). La Grèce (3 %), la Hongrie (8 %) et l’Italie (9 %) détiennent quant à elles la part la plus petite de boursiers étrangers au sein des pays de l’UE. Certaines nationalités semblent préférer travailler à l'étranger plutôt que dans leur pays d’origine : environ 55 % des boursiers grecs, autrichiens et irlandais sont basés dans des pays étrangers. Avec respectivement 253 et 178 boursiers nationaux accueillis par des institutions à l’étranger, l’Allemagne et l’Italie affichent des scores particulièrement élevés en termes absolus.

Selon le Rapport de l’UNESCO sur la science, près de 600 instituts de recherche dans 29 pays, à la fois des États membres de l’UE et des pays associés au Septième programme-cadre, ont accueilli au moins un boursier depuis la création du Conseil européen de la recherche en 2007, un constat symptomatique d’une tendance plus large en Europe. Selon, le rapport, « environ 31 % des postdoctorants dans l’Union européenne ont travaillé pendant plus de 3 mois à l'étranger au moins une fois au cours des 10 dernières années ».

La Suisse, pôle d’attraction des talents à l’échelle internationale

Avec un titulaire de doctorat sur trois né à l'étranger, comme près de la moitié des chercheurs du secteur privé. la Suisse est devenue une destination prisée des talents à l’échelle internationale. Ce petit pays enclavé représente moins de 0,1 % de la population mondiale mais accueille 3,1 % de l’ensemble des doctorants internationaux en sciences et en ingénierie, ce qui le place juste derrière l’Allemagne (3,5 %) et fait de lui la septième destination la plus recherchée par cette catégorie d’étudiants. La plupart des étrangers sont d’origine européenne, mais la Suisse est également la destination favorite des doctorants du Brésil, du Canada, de l’Inde, de la République de Corée, de la Turquie et des États-Unis, selon le Rapport de l’UNESCO sur la science.

Les étudiants et les entreprises sont attirés par la Suisse en raison de la qualité de ses infrastructures de recherche et de son niveau élevé d’engagement en faveur de la recherche (3 % du PIB), son environnement favorable aux entreprises et sa main-d’œuvre qualifiée, qui sont le produit de ses universités de rang mondial et de l’excellence de ses formations professionnelles. Entre 2002 et 2012, la Suisse a vu sa part mondiale de brevets triadiques, c’est-à-dire octroyés simultanément par les offices des brevets aux États-Unis, au Japon et en Europe, augmenter de 1,8 % à 2,2 %, le plus grand bond enregistré au sein des pays à fort revenu.

Un accord bilatéral avec l’UE permet à la Suisse de tirer parti des principaux instruments européens mis en place pour la recherche, y compris les programmes-cadres sur sept ans pour la recherche et l’innovation, le programme Technologies futures et émergentes (FET), les bourses du Conseil européen de la recherche, et le programme Erasmus d'échanges universitaires. En retour, la Suisse respecte les quatre pierres angulaires du marché unique européen : la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux.

« Les liens politiques de la Suisse avec l’UE sont plus fragiles que ceux des trois autres pays membres de l’Association européenne de libre-échange (AELE) », note le rapport. En effet, la Suisse ne peut pas faire partie de l’Espace économique européen (EEE) en raison du résultat négatif du référendum national de novembre 1992, bien qu’elle ait participé activement à l’élaboration du traité fondateur de l’EEE. L’Islande, le Liechtenstein et la Norvège, en revanche, ont tous trois signé le traité. Cela leur confère le droit de « prendre part aux principales activités de recherche de l’UE en tant qu’États associés au même titre que les États membres de l’UE ».

La Suisse pourrait-elle se retrouver seule, voire isolée en Europe ?

« Les relations de la Suisse avec l’UE ont été récemment compromises par un autre référendum », rappelle le Rapport de l’UNESCO sur la science. Peu après le vote de février 2014, le Gouvernement suisse a informé l’UE et la Croatie qu’il se trouvait dans l’impossibilité de signer un protocole à son accord avec la Commission européenne qui aurait automatiquement étendu ledit accord au nouvel État membre de l’UE. Donner aux citoyens croates un accès illimité au marché de l’emploi en Suisse aurait été incompatible avec le résultat positif du référendum sur l’initiative « Contre l'immigration de masse ».

« La réaction de l’UE ne s’est pas fait attendre », constate le rapport. « La Commission européenne a exclu la Suisse de programmes de recherche potentiellement porteurs de centaines de millions d’euros pour ses universités et a suspendu les négociations sur sa participation, en tant que membre à part entière, au programme le plus ambitieux et le mieux financé au monde en faveur de la recherche et de l’innovation, le programme Horizon 2020 et son budget de 77 milliards d’euros. La Commission européenne a également suspendu la participation de la Suisse au programme Erasmus d'échanges universitaires. Selon l’agence de presse ATS, quelque 2 600 étudiants suisses ont bénéficié du programme Erasmus en 2011 et la Suisse a accueilli la même année environ 2 900 étudiants étrangers dans le cadre de ce même programme financé par l’UE ».

« Grâce à une activité diplomatique intense en coulisse et à des discussions bilatérales fructueuses, la situation a pris un tour moins dramatique à la mi-2015 », note le Rapport. « Finalement, la Suisse pourra participer au pilier central du programme Horizon 2020, « Excellence Scientifique ». Cela signifie que les universités suisses pourront bénéficier des bourses proposées par le Conseil européen de la recherche et par le programme Technologies futures et émergentes (FET), entre autres.

C’est une bonne nouvelle pour l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), qui pilote l’un des deux projets phares du programme Technologies futures et émergentes de l’UE, le Human Brain Project (HBP), qui vise à approfondir nos connaissances sur le fonctionnement du cerveau. Le second projet phare de l’UE porte sur le développement de nouveaux matériaux d'avenir, tels que le graphène.

« Jusqu’ici, tout va bien, pourrait-on dire, mais l'épée de Damoclès reste suspendue au-dessus du Gouvernement suisse. L’accord actuel est limité dans le temps et doit expirer en décembre 2016. Si la Suisse ne parvient pas à définir d’ici là une politique d’immigration compatible avec le principe de liberté de circulation des personnes, elle perdra son statut d’État pleinement associé au programme Horizon 2020 et conservera un statut de pays tiers dans le cadre du programme Erasmus+. Dans cette éventualité, sans que son engagement en Europe (avec le CERN notamment) en dehors des projets de l’UE en soit affecté, la Suisse n’en deviendra pas moins un pays très isolé dans le paysage des sciences et technologies en Europe. »

Andreas Mortensen, professeur de science des matériaux et vice-provost pour la recherche à l’EPFL, a déclaré au journal The Guardian en novembre 2015(1) : « être exclu du Conseil européen de la Recherche en particulier, même temporairement, est un revers majeur. Prenez un jeune professeur de premier ordre, le meilleur de son domaine. Il peut très bien bénéficier d’une bourse du Conseil européen de la recherche, un élément des plus prisés sur un CV, mais cela, de même que les 1,5 million d’euros qui l’accompagnent, ne peut être utilisé que dans l’UE. Quelle sont les chances qu’il vienne en Suisse maintenant, si cela signifie dire adieu à sa bourse du CER ? Cette situation nous prive non seulement du financement, mais aussi des talents. Le recrutement n’en est que plus difficile ».

Hors de l’Europe, la tendance est à une plus grande intégration scientifique

Un nombre croissant de communautés économiques du monde encouragent la mobilité scientifique afin de faciliter l’intégration scientifique. L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), par exemple, a adopté un Plan d’action pour la science, la technologie et l’inovation (APASTI) 2016-2020, qui « vise à renforcer les capacités scientifiques des États membres en favorisant les échanges entre les chercheurs dans la région et au-delà », selon le Rapport de l’UNESCO sur la science. L’ASEAN couvre une région vaste et densément peuplée qui comprend le Brunei Darussalam, le Cambodge, l’Indonésie, la République démocratique populaire lao, la Malaisie, le Myanmar, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Viet Nam.

« La création de la Communauté économique de l’ASEAN à la fin 2015 avait pour but de « transformer cette vaste région en un marché et une base de production communs », rappelle le Rapport. « La levée prévue des restrictions aux mouvements transfrontaliers des personnes et des services devrait stimuler la coopération en matière de sciences et de technologies et par conséquent renforcer le pôle de connaissances émergent de l’Asie-Pacifique ».

Selon le Rapport, « la plus grande mobilité du personnel qualifié devrait être une aubaine pour la région et renforcer le rôle du Réseau des universités de l’ASEAN, qui compte déjà 30 membres ».

En Afrique subsaharienne aussi, la tendance est à davantage d’intégration régionale. Le continent prépare actuellement le terrain pour la mise en place de la Communauté économique africaine, prévue pour 2028. À cette fin, les communautés régionales consolident leurs liens. Les cinq membres de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE), à savoir le Burundi, le Kenya, le Rwanda, la Tanzanie et l’Ouganda, ont par exemple établi un marché commun en 2010. Ils prévoient de mettre en place une monnaie unique d’ici à 2023 et sont en train de développer une zone commune d’enseignement supérieur inspirée du modèle de l’UE. En 2015, la Communauté d’Afrique de l’Est a signé un accord de libre-échange tripartite avec le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), qui regroupe 20 États, et la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), qui en comprend 15.

L’intégration économique africaine est cependant gênée par la structure similaire des économies (basées sur l’exploitation minière et l’agriculture), la faible diversification économique et le commerce intrarégional peu développé, qui représente seulement 12 % du commerce total en Afrique, contre 55 % en Asie et 70 % en Europe. Le rapport souligne néanmoins que « l’obstacle le plus redoutable à l’intégration régionale est probablement la réticence de chacun des gouvernements à renoncer à sa souveraineté nationale ».

Selon le Rapport de l’UNESCO sur la science, « le développement de programmes régionaux dans le domaine de la science, la technologie et l’innovation est haut placé dans la liste des priorités » de l’Union africaine et des organismes régionaux. La mobilité scientifique est encouragée par l’expansion sur le continent des réseaux de centres d’excellence, à l’image du réseau sur les biosciences, qui permet aux instituts participants de mettre à disposition leurs installations pour une utilisation à l'échelle sous-régionale.

Les difficultés auxquelles se heurtent les scientifiques africains qui souhaitent voyager librement sur le continent restent un obstacle persistant à la mobilité scientifique. Ce point a été soulevé dans le Rapport de l’UNESCO sur la science 2010, qui relève que « la question de l’allègement des réglementations et procédures en matière d’immigration pour faciliter la mobilité des experts internationaux, et particulièrement des expatriés africains, a régulièrement figuré à l’ordre du jour des sommets de l’Union africaine sans jamais aboutir à une solution concrète ». En 2014, le Kenya, le Rwanda et l’Ouganda ont fait un pas vers la levée des restrictions à la circulation en adoptant un visa touristique unique.

L'édition 2015 du Rapport de l’UNESCO sur la science affirme qu’« un aspect important de l’intégration économique [en Afrique] serait de passer de systèmes d'innovation nationaux à un unique système d’innovation régional... L’ouverture des frontières à la libre circulation des personnes et des services permettrait également la formation de pôles transfrontaliers informels de connaissances tacites et de capital social ». Le Rapport insiste sur « le besoin de plus en plus pressant pour l’Afrique de s’engager de manière unifiée dans un monde de plus en plus caractérisé par la présence de blocs économiques et de grandes puissances économiques émergentes ».

En Amérique latine, la nouvelle Union des nations sud-américaines (UNASUR) a adopté la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes à l’intérieur du sous-continent. Prenant pour modèle l’UE, elle cherche à établir un parlement commun et une monnaie unique pour ses 12 membres.

L’idée d’une normalisation des diplômes universitaires dans les pays membres de l’UNASUR pour favoriser la mobilité étudiante est débattue par les gouvernements de l’Union. L’UNASUR compte parmi ses membres certaines des destinations les plus prisées des étudiants en Amérique latine, notamment le Brésil qui attire environ 5 000 étudiants de la région chaque année, et l’Argentine et le Chili, qui en attirent 2 000 chacun. À titre d’exemple, la moitié des étudiants de l’Institut de mathématiques pures et appliquées (IMPA) de Rio de Janeiro viennent de l’étranger, principalement d’autres pays d’Amérique latine.

La grande majorité des Latino-Américains partis étudier à l’étranger sortent néanmoins de la région. On estime que les étudiants basés en Europe de l’Ouest ou en Amérique du Nord sont quatre fois plus nombreux que dans d’autres pays d’Amérique latine. En 2013, le Conseil mexicain pour la science et la technologie (CONACYT) et l’Organisation des États américains ont créé un programme conjoint proposant 500 bourses d'études universitaires de troisième cycle allant jusqu’en 2018 en sciences et ingénierie, dans le but de faciliter les échanges universitaires à l’intérieur du continent américain.

(1) Henley, J. (2015) Whatever you do, don't become Switzerland, Swiss academics tell UK. The Guardian, 11 November.

Source: Rapport de l'UNESCO sur la science, vers 2030




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