29.09.2016 - Sciences exactes et naturelles

Une petite puissance s’affirme grâce à la diplomatie scientifique

© Shutterstock/SkyLynx. Selon le bureau national de statistique, la Nouvelle-Zélande a une population de 4,6 millions, ainsi que 10 millions de bovins, dont les deux-tiers fournissent des produits laitiers. Le pays compte également 30 millions de moutons.

Le 25 juillet 2016, Sir Peter Gluckman – principal conseiller scientifique du Premier Ministre néozélandais – raconta lors du Forum européen ouvert sur la science que « l’agenda mondial a plus de chances d’aboutir quand les nations soutiennent des objectifs mondiaux ou régionaux dans un esprit d’intérêt national éclairé ».

Il y soulignait le rôle que joueraient les avis scientifiques au niveau national dans la réalisation des Objectifs du développement durable d’ici 2030, mais cela aurait aussi bien pu décrire son approche de la diplomatie scientifique. Le Rapport de l’UNESCO sur la science (2015) relate comment, lors du sommet sur le climat à Copenhague (Danemark) en 2009, la Nouvelle-Zélande avait proposé une Alliance mondiale de recherche sur les gaz à effet de serre d’origine agricole.

Le large cheptel de la Nouvelle-Zélande en fait le premier émetteur mondial de méthane par habitant. A ce titre, le pays est particulièrement désireux de promouvoir le dialogue scientifique international sur des thèmes ayant trait à la fois à la sécurité alimentaire et aux émissions de gaz à effet de serre imputables à l’agriculture, secteur qui est à l’origine d’environ 20 % des émissions mondiales. L’une des motivations derrière cette proposition était donc « l’inquiétude existentielle concernant l’hostilité à venir des marchés vis à vis [des produits agricoles de la Nouvelle-Zélande] », dit Sir Peter.

L’Alliance mondiale de recherche sur les gaz à effet de serre d’origine agricole est une des manifestations de « l’intérêt national éclairé » qui caractérise l’approche de la Nouvelle-Zélande de la diplomatie scientifique. L’économie dépend étroitement du commerce international, les industries primaires fournissant le gros des exportations du pays, notamment produits laitiers, viande, bois, laine et poissons. Les aliments et les boissons comptaient pour 38% des produits d’exportation du pays en 2013, selon le Rapport de l’UNESCO sur la science.

En 2015, l’alliance comptait 45 membres. Selon le Professeur Gluckman, elle a pour particularité d’être dirigée par des scientifiques, et non par des fonctionnaires, pour tenir compte du fait que les pays préfèrent dépenser leurs fonds de recherche sur leur propre territoire. Pour reprendre ses mots, « dans ce cas précis, les intérêts diplomatiques de la Nouvelle-Zélande exigeaient de mobiliser la science, mais pour cela, il fallait que les diplomates créent la structure mais qu’ils laissent ensuite la place aux scientifiques ».

Cette alliance s’inscrit dans une dynamique globale visant à renforcer l’interface science-politique-société. Comme le souligne le nouveau rapport du Conseil consultatif scientifique du Secrétaire général de l’ONU, instance hébergée par l’UNESCO, cette interface est un élément clef pour atteindre « la voie de la durabilité » dans la mesure où « sans la politique, la science peut se disperser et s’avère souvent vaine. Sans la science, la politique manque généralement l’objectif immédiat, et fait douter du fait que la prochaine politique puisse être meilleure. Lorsque science et politique s’unissent, les chances de réussite augmentent considérablement ».

L’UNESCO scelle un accord avec le Réseau international pour le conseil scientifique aux gouvernements

L’interface science-politique-société est un élément de base de la diplomatie scientifique, car sans l’existence d’une communauté renforcée de scientifiques et de décideurs, qui se comprennent, il est difficile de construire ensemble des projets scientifiques ayant un impact positif sur la promotion de la paix et le développement durable.

L’UNESCO soutient des initiatives qui renforcent cette interface. Dans cet esprit, l’UNESCO collabore étroitement avec le Réseau international pour le conseil scientifique aux gouvernements (International Network for Government Science Advice, INGSA). Cette initiative a été lancée en Nouvelle-Zélande en août 2014 et regroupe des conseillers scientifiques auprès de gouvernements de différents pays.

Lors de la deuxième conférence du réseau qui s’est tenue du 29 au 30 septembre 2016 à Bruxelles, en Belgique, la Directrice générale adjointe de l’UNESCO pour les sciences naturelles et exactes a annoncé la signature d’une lettre d’accord entre l’UNESCO et INGSA en vue d’une coopération accrue, notamment dans le domaine du renforcement des capacités des différentes parties prenantes de l’interface science-politique-société.

Une « coalition informelle des volontaires » avec d’autres petites économies avancées

Le Rapport de l’UNESCO sur la science raconte comment la Nouvelle-Zélande a formé un autre réseau afin de défendre les intérêts et la présence des petites puissances sur le plan international, une « coalition informelle des volontaires » avec d’autres économies avancées dont la population est inférieure à 10 millions d’habitants.

Il s’agit d’un groupe restreint, puisque le Fonds monétaire international ne range que trois pays dans cette catégorie en dehors de l’Europe : Israël, la Nouvelle-Zélande et Singapour. Si l’on rajoute les quatre petits États européens qui se sont joints à la « coalition informelle des volontaires » (le Danemark, la Finlande, l’Irlande et la Suisse), ce réseau compte actuellement sept membres.

La Nouvelle-Zélande héberge le secrétariat de cette communauté, appelée Initiative des petites économies avancées. Ses membres partagent des données, des analyses, des réflexions et des projets dans trois domaines : la science publique et l’enseignement supérieur, l’innovation et l’économie. Un quatrième domaine de coopération concerne des discussions entre les membres sur les moyens de renforcer l’image de marque nationale des petits États et de leur donner plus de poids dans les grands échanges diplomatiques.

À l’heure où la gouvernance économique internationale semble être de plus en plus l’apanage de groupements de pays influents comme le G8 ou le G20, la Nouvelle-Zélande joue un rôle d’« éclaireur » pour les grandes puissances, explique le Professeur Gluckman, c’est-à-dire qu’elle les sensibilise aux particularités des autres États qui n’ont pas toujours été reflétées dans l’ordre international réglementé traditionnel.

Dans le cadre de sa politique d’aide au développement, la Nouvelle-Zélande s’attache tout particulièrement à prendre en compte les intérêts des petits pays, en ciblant des problèmes (comme l’énergie, la sécurité alimentaire ou les maladies non transmissibles) pour lesquels la taille de ces pays constitue un handicap particulier. Par exemple, les projets d’aide prioritaires mis en oeuvre par la Nouvelle-Zélande en Afrique (système de clôture électrique à alimentation solaire, bétail résistant à la chaleur et variétés de plantes fourragères améliorées) reposent tous sur la science et son application locale.

« J’ai essayé de montrer comment un petit pays pouvait miser sur la science dans la sphère diplomatique pour protéger et promouvoir ses intérêts », a expliqué le Professeur Gluckman lors d’une intervention devant des étudiants à l’Académie mondiale des sciences lors d’un cours d’été sur la diplomatie scientifique en juin 2015.

Cette approche semble avoir porté ses fruits, la Nouvelle-Zélande s’étant assuré un soutien suffisant pour obtenir un siège de membre non permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies pour la période 2015-2016.

Source: Rapport de l’UNESCO sur la science : vers 2030 (2015), voir l’encadré 27.1




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