25.01.2016 - Sciences exactes et naturelles

Les femmes sous-représentées aux postes de décision en rapport avec le changement climatique

La professeure Segenet Kelemu a reçu en 2014 le Prix L’ORÉAL-UNESCO pour ses recherches sur l’amélioration de la capacité des plantes fourragères à s’adapter au changement climatique et environnemental. © Julien Dufort/ Fondation L’Oréal

Plusieurs observateurs ont attiré l’attention sur le déséquilibre de représentation des sexes à la 21e Conférence des Parties (COP-21) de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (30 novembre – 12 décembre 2015).

L’Envoyée spéciale du Secrétaire général de l’ONU pour les changements climatiques, Mary Robinson, a souligné, par exemple, que la sous-représentation des femmes à la conférence était un frein à l’action pour sauver les populations des ravages dus au changement climatique(1). La dernière édition du Rapport de l'UNESCO sur la science confirme ce déséquilibre de même que les disparités entre les femmes et les hommes dans leur capacité à faire face aux chocs causés par le changement climatique.

Il est écrit dans le Rapport de l'UNESCO sur la science, vers 2030 publié le 10 novembre 2015 que « dans les principaux secteurs en rapport avec le changement climatique les femmes ne sont pas représentées de façon paritaire à des postes de travailleurs qualifiés, de cadres ou de dirigeants. Bien que relativement bien représentées dans certaines disciplines scientifiques – notamment la santé, l’agriculture et la gestion de l’environnement – elles sont très minoritaires dans d’autres domaines appelés à jouer un rôle déterminant dans la transition vers le changement durable, tels que l’énergie, l’ingénierie, les transports et l’informatique – ce dernier domaine ayant son importance pour les systèmes d’alerte, le partage de l’information et la surveillance de l’environnement ».

« Même dans les domaines scientifiques où elles sont présentes, les femmes sont sous-représentées dans ce qui touche à l’élaboration des politique et des programmes », souligne le rapport. « L’ex-République yougoslave de Macédoine en est un exemple. Dans ce pays, les femmes sont bien représentées dans les instances décisionnaires gouvernementales liées au changement climatique, comme l’énergie, les transports, l’environnement et les services de santé. Elles sont aussi comparativement bien représentées dans les disciplines scientifiques apparentées et sont nombreuses à siéger au Comité national sur le changement climatique. Cependant, dès qu’il s’agit de concevoir ou d’appliquer des plans, d’interpréter des décisions et d’assurer un suivi des résultats, les femmes se font beaucoup plus rares. »

En outre, « comme les hommes ont tendance à jouir d’un statut socioéconomique plus élevé, les femmes sont touchées de façon disproportionnée par les sécheresses, les inondations et autres événements climatiques extrêmes, ainsi que marginalisées dans la prise de décisions relatives aux mesures de relèvement et d’adaptation » poursuit le Rapport. « Certains secteurs économiques vont être fortement affectés par le changement climatique, mais les femmes et les hommes ne seront pas nécessairement touchés de la même façon. Dans le secteur du tourisme, par exemple, les femmes des pays en développement gagnent généralement moins d’argent que leurs homologues masculins et sont moins nombreuses à occuper des postes de direction. Elles sont également surreprésentées dans le secteur informel non agricole : 84 % en Afrique subsaharienne, 86 % en Asie et 58 % en Amérique latine. Il existe par conséquent des différences manifestes entre les sexes en ce qui concerne leur capacité à supporter les chocs causés par le changement climatique. »

Le Rapport rappelle qu’« alors que la communauté mondiale se prépare en 2016 à amorcer la transition des Objectifs du Millénaire pour le développement à ceux du développement durable, son attention qui était concentrée sur la réduction de la pauvreté va se porter sur des priorités socioéconomiques et environnementales, dans une perspective élargie. Au cours des 15 prochaines années, la recherche scientifique va occuper une place de premier plan en ce qui concerne le suivi des tendances pertinentes dans des domaines tels que la sécurité alimentaire, la santé, l’eau et l’assainissement, l’énergie, la gestion des écosystèmes océaniques et terrestres et le changement climatique. Les femmes vont jouer un rôle essentiel dans la mise en œuvre des Objectifs de développement durable en contribuant à recenser les problèmes à l’échelle mondiale et à y apporter des solutions. »

Source : d’après Huyer, S. (2015) « L’écart entre les hommes et les femmes est-il en train de se réduire dans la science et l’ingénierie ? » Rapport de l'UNESCO sur la science, vers 2030.

Répondre aux inégalités persistantes dans le domaine des sciences : les solutions de l’UNESCO

L’UNESCO œuvre à fournir aux femmes et aux filles des modèles d’identification forts dans le domaine scientifique partout dans le monde, en renforçant les capacités pour les femmes dans les sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STEM) ainsi qu’en soutenant et en encourageant leur contribution à la production et à la diffusion du savoir scientifique pour le progrès du développement durable.

Par exemple, depuis sa création en 1998, le partenariat UNESCO-L’Oréal pour les femmes et la science continue d’être un excellent moyen de mettre en avant des modèles d’identification du monde entier et de soutenir et d’inspirer les femmes et les filles pour qu’elles s’engagent et s’impliquent durablement dans des carrières scientifiques, tandis que des réseaux tels que l’Organisation des femmes scientifiques du monde en développement  du tiers monde contribuent à renforcer le dialogue entre les femmes scientifiques et à partager les enseignements de leur expérience.

Le projet SAGA pour les STEM et l’égalité des genres a lui aussi pour objectif de contribuer à réduire l’écart entre les hommes et les femmes par la définition, la mesure et l’évaluation de données ventilées par sexe, ainsi que l’établissement d’un inventaire des instruments de politique publique qui influent sur l’égalité des genres dans le domaine des STEM, en vue de produire et de perfectionner des indicateurs qui serviront à l’élaboration de futures politiques fondées sur des données factuelles.

En outre, le Secteur œuvre à promouvoir la participation des femmes aux processus de haut niveau qui déterminent les orientations du programme de la science et des politiques scientifiques, assurant ainsi la prise en compte des points de vue particuliers des femmes scientifiques ou détentrices de savoirs dans les solutions apportées à divers défis – tels que le changement climatique, la perte de biodiversité, la gestion de l’eau douce, la santé des océans, le développement d’industries et de sociétés vertes – en vue de promouvoir un développement durable et équitable.

(1)  Source: COP21 is too male dominated and has male priorities, says UN special envoy (The Guardian)




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