Le Burundi avance à grands pas dans la réforme de sa politique STI

© Studio Photo Belle Image, De gauche à droite : Dr Janvière Ndirahisha, Directrice générale de l’Ecole normale supérieure, qui a accueilli le forum ; Dr Tatien Masharabu, Directeur général de la science, la technologie et la recherche ; et Madame Joséphine Ntahobari, Représentante de l’UNESCO pour la culture de la paix au bureau de Bujumbura

Depuis 2008, l’UNESCO accompagne le Burundi dans la réforme de sa politique de la science, de la technologie et de l’innovation (STI). Cette collaboration débouchera, lors d’un atelier national en mars ou avril 2014, sur la validation de trois documents clé pour la relance de la recherche au Burundi, à savoir : le Plan stratégique pour la science, la technologie et la recherche pour le développement durable, le Plan d’actions de mise en œuvre de la Politique nationale de la recherche scientifique et de l’innovation technologique et le projet de loi sur la science, la technologie et la recherche. Ces trois documents encadreront la mise en oeuvre de la Politique nationale de la recherche scientifique et de l’innovation technologique.

C’est en 2008 que le Gouvernement du Burundi a demandé à l’UNESCO de contribuer à la relance de la recherche au Burundi. Depuis, l’UNESCO collabore avec le Burundi dans le cadre du projet de Renforcement des capacités en politiques STI en Afrique (2008−2014), financé par le gouvernement espagnol.

Etat des lieux de la STI en 2009

La réforme a débuté par un Bref état des lieux du système national de recherche scientifique et technique de la République du Burundi. Ce rapport a été rédigé en 2009 par Hocine Khelfaoui, expert auprès de l’UNESCO, à l’issue d’une visite effectuée à Bujumbura et à Gitega (Burundi) du 16 au 20 juin 2008.

Dans son rapport, il observait notamment que :

« L’agriculture et l’élevage constituent de loin l’activité la plus importante du pays, et occupent plus de 90% de la population » estimée à 7,8 millions en 2005. « La productivité agricole est faible, en raison de l’émiettement des propriétés [foncières] dont la surface moyenne est inférieure à 0,5 hectare (contre 0,7 hectare en 1980) et de l’érosion des sols... De fait, le Burundi est loin de satisfaire ses besoins en viande et en lait… L’insécurité qui a prévalu aux niveaux national et régional a déstabilisé les structures d’encadrement technique (services vétérinaires, services de vulgarisation agricole) et affaibli considérablement les structures de recherche agronomique les plus importantes du pays. De plus, les cultures d’exportation (café, coton, thé) sont exposées à une dégradation continue des cours des matières premières et agricoles sur le marché international. ; Ce qui rend nécessaire la transformation locale de ces matières premières afin d’en augmenter la plus-value. »

C’est ainsi qu’il a mandaté le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique pour élaborer une Politique nationale de la recherche scientifique et de l’innovation technologique. Elaboré en 2011 par une Commission scientifique ad hoc sous la supervision du Dr Ir Jean Ndimubandi, ce document de politique comporte trois parties : la première dégage la situation du secteur de la Science, technologie et recherche au Burundi, ses contraintes et ses atouts. Elle évoque aussi l’aspect régional en positionnant la Politique nationale de la recherche scientifique et de l’innovation technologique au sein des stratégies régionales ; la deuxième met en évidence les éléments de réflexions et les idées sur les domaines prioritaires pouvant contribuer à relever les défis dans le secteur ; la troisième et dernière partie évoque les structures de mise en œuvre, suivi et évaluation de la Politique nationale de la recherche scientifique et de l’innovation technologique, dont les documents susmentionnés constituent les textes d’application.

Une consultation clé pour la relance de la recherche au Burundi

En août 2013, l’UNESCO et le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique du Burundi ont signé un accord de partenariat pour la deuxième étape du projet, qui consistait en la finalisation de l’élaboration du Plan d’actions de mise en œuvre de la Politique nationale de la recherche scientifique et de l’innovation technologique, l’élaboration d’un projet de loi sur la science, la technologie et la recherche, ainsi que la traduction en anglais de la Politique nationale de la recherche scientifique et l’innovation technologique, de son Plan d’actions pour sa mise en œuvre et du Plan stratégique.

Arturo Menendez, expert de l’UNESCO, a travaillé avec les cadres du ministère et les experts nationaux chargés d’élaborer les documents ci-haut évoqués, qui ont été présentés lors d’un forum consultatif organisé par la Direction générale de la science, de la technologie et de la recherche du Burundi, à Bujumbura, le 29 novembre 2013, avec l’appui financier de l’UNESCO.

Y ont participé des cadres du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique et des ministères sectoriels, des professeurs de l’Université du Burundi et de l’Ecole normale supérieure, des représentants de l’Institut supérieur des cadres militaires, des responsables des établissements d’enseignement supérieur public et privé du Burundi ainsi que des experts nationaux spécialisés dans les domaines variés qui cadraient avec les différents exposés de ce Forum. Etaient également conviés des représentants de la société civile et des entreprises publiques et privées.

Le premier orateur fut le Dr Tatien Masharabu, Directeur général de la science, de la technologie et la recherche au ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, et Vice-président de la commission chargée de préparer des projets de Plan d’actions, de Stratégie et de la loi sur la science, la technologie et la recherche. Son intervention portait sur l’enquête menée au Burundi en 2013 sur les instruments de politique, les organes directeurs, le cadre juridique et les politiques en matière de science, ingénierie, technologie et innovation (SITI) du pays. Il a évoqué, entre autres, le projet de loi qui doit régir la gouvernance de la STI, ainsi que la collecte en cours de données sur la recherche-développement (R&D) et l’innovation, en collaboration avec l’Initiative africaine en matière d’indicateurs de STI du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD).

Ensuite, les trois documents de politique en matière de STI ont été présentés à l’auditoire par : Arturo Menendez, expert de l’UNESCO, Francois Xavier Sezikeye et Jean-Bosco Manirambona, tous deux experts nationaux.

Arturo Menendez a axé son exposé sur les lignes générales du Plan stratégique. Il a analysé les huit domaines prioritaires pour la science, la technologie, la recherche et l’innovation (STRI) tels que contenus dans le document de Politique nationale de la recherche scientifique et de l’innovation technologique, à savoir :

  1. Les technologies agro-alimentaires ;
  2. Les sciences médicales ;
  3. L’énergie, les mines et le transport ;
  4. L’eau, la désertification, et l’environnement ;
  5. La biotechnologie et le savoir autochtone ;
  6. Les sciences des matériaux, l’ingénierie et les industries ;
  7. Les technologies de l’information et de la communication (TIC), les sciences spatiales et les sciences mathématiques, et enfin ;
  8. Les sciences sociales et humaines.

Pour chaque domaine prioritaire, il est prévu notamment la création de capacités de recherche, dont des ressources humaines suffisantes ; , le renforcement du cadre institutionnel et de l’infrastructure ; , le transfert des connaissances, en favorisant la recherche par le secteur privé et la société civile ; , la coopération régionale et internationale et ; enfin ; la science au service des communautés.

Parmi les mesures stratégiques prévues, il convient de citer, sans être exhaustif : le renforcement de la capacité des chercheurs, la mise en place d’unités de recherche, la coordination avec les politiques sectorielles, la création d’un campus central pour la STRI, l’incitation à l’innovation et à la création d’entreprises innovantes, l’adhésion à des organisations internationales, l’ouverture d’établissements de recherche et la promotion auprès des jeunes de la créativité scientifique.

Des rapports annuels de suivi, basés sur les indicateurs et les informations relevées, seront publiés. L’évaluation de l’efficacité du Plan d'actions, quant à elle, sera basée sur les informations disponibles, notamment dans les bases de données.

L’exposé de François Xavier Sezikeye portait sur le Plan d’actions et les stratégies de mise en œuvre de la Politique nationale de la recherche scientifique et de l’innovation technologique. Après avoir décrit le peu de moyens financiers, matériels et humains dont disposent la recherche, la technologie et l’innovation au Burundi, il a élaboré des scénarios futurs dans tous les domaines prioritaires de la recherche, basés sur une méthode hiérarchisée qui privilégie la coordination des activités. Il a aussi évoqué le principal obstacle à la recherche à ses yeux, à savoir l’inertie de la population, des pouvoirs publics et des organismes internationaux.

Il revenait à Jean Bosco Manirambona de définir les grandes lignes du projet de loi sur la STI. Cette loi repose sur une série d’articles organisés autour de l’orientation de la recherche scientifique, du développement technologique et de l’innovation, ainsi que des moyens d’encourager la recherche et l’innovation.

Ensuite, l’auditoire a participé à un débat qui a débouché sur une série de recommandations. Aussi bien le Plan stratégique que le Plan d’actions et le projet de loi seront révisés à la lumière de ces recommandations, avant d’être présentés lors d’un atelier national de lancement officiel prévu en mars-avril 2014.

Une fois finalisés, les trois documents seront soumis à l’approbation du Gouvernement et des deux chambres du Parlement burundais.

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