Interview du Professeur Ruth Arnon

Professeur Ruth Arnon, Présidente de l’Académie israélienne des sciences et des humanités

L’économie d’Israël est sortie relativement indemne de la récession mondiale. La dépense intérieure brute en recherche et développement13 (DIRD) a perdu à peine 0,4 point du PIB entre 2008 et 2010 pour se situer à 4,4 %, ce qui a maintenu l’avance mondiale du pays quant au niveau engagement en R&D. Le secteur des affaires (qui effectue 80 % de l’ensemble de la R&D14) a été extrêmement exposé aux turbulences financières en raison de son degré de dépendance par rapport au marché mondial pour ses exportations high-tech et son capital-risque. Un événement qui devrait avoir de grandes répercussions sur l’économie du pays est l’entrée d’Israël en 2010 dans l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Bien que le gouvernement ait récemment augmenté ses subventions à la R&D à finalité commerciale afin de l’aider à traverser la tempête, le plus important bénéficiaire des changements récents de politique pourrait bien être le secteur universitaire. Avec ses maigres ressources naturelles, Israël a toujours compté sur ses ressources humaines comme moteur du développement. Ce gisement commence cependant à fondre de nos jours. Le plan sexennal du gouvernement allant jusqu’en 2017 se propose d’augmenter d’au moins 30 % le financement des universités et de leurs recherches afin d’attirer davantage d’étudiants et de faire revenir de l’étranger en Israël les scientifiques nationaux, tout en diversifiant le socle industriel du pays. Comme pour souligner cette ambition, Daniel Shechtman, attaché au Technion – l’Institut israélien de technologie – s’est vu attribuer le prix Nobel de chimie en octobre 2011 pour sa découverte des quasi-cristaux, une forme nouvelle de la matière.

Ici, la Pr Ruth Arnon, Présidente de l’Académie israélienne des sciences et des humanités, décrypte les méandres du système scientifique d’Israël et évoque les défi s auxquels il est confronté dans un monde en évolution rapide.

  • Q1 - Comment expliquer que le ratio DIRD/PIB d’Israël soit tombé de 4,8 % à 4,4 % entre 2008 et 2010 ?

Selon les données provisoires du Bureau central de la statistique, la baisse de ce ratio est due selon toute probabilité à la réduction des dépenses de R&D dans deux secteurs clés qui, en 2008, absorbaient ensemble environ 30 % de la R & D : -8,5 % dans le secteur des services15 et -3 % dans les industries manufacturières entre 2008 et 2009.

Les statistiques sur le financement de la R&D sont en retard par rapport à celles de la performance de la R&D. Nous sommes cependant certains que, dans ces deux secteurs, le financement provient dans une très large mesure d’entreprises locales et étrangères, mais très peu du gouvernement.

Il y a un an et demi environ, le Conseil de l’enseignement supérieur annonçait le lancement du programme des Centres de recherche israéliens d’excellence (I-CORE), dans le cadre du plan sexennal du gouvernement allant jusqu’en 2017. Cela indique, je pense, que le gouvernement révise sa stratégie de ne financer qu’une faible partie de la R&D. Ce programme inédit prévoit la création de centres dotés d’une infrastructure de recherche à la pointe de la technique, constitués de clusters recoupant les institutions et réunissant les chercheurs les plus performants dans chaque domaine ainsi que de jeunes scientifiques israéliens revenant de l’étranger. Quatre de ces centres sont déjà opérationnels, et dans les quatre prochaines années, leur nombre devrait s’élever à 30, couvrant l’ensemble du domaine des sciences naturelles et exactes, des humanités et des sciences sociales, et dotés d’un budget total de 1,35 milliards de nouveaux shekels israéliens (365 millions de dollars). Les domaines du projet I-CORE sont présélectionnés par le comité de gestion sur la base d’un appel à propositions, et les centres d’excellence en ces domaines sont eux-mêmes sélectionnés par un examen collégial au sein de la Fondation israélienne des sciences (ISF). I-CORE est financé par le Conseil de l’enseignement supérieur, les institutions qui les hébergent et les partenaires commerciaux stratégiques.

En Israël, la science doit faire face à un double défi. Nous devons d’une part soutenir les domaines de recherche dans lesquels nous excellons déjà, en fournissant aux scientifiques les moyens de poursuivre leurs travaux et de s’épanouir ; dans de nombreux cas, cela exige de construire des infrastructures coûteuses. Le second défi consistera à promouvoir la recherche appliquée, à savoir notamment la recherche biomédicale dans laquelle la partie clinique aussi bien que pharmaceutique et la mise au point de médicaments sont des objectifs accessibles (voir graphique). Pour ce faire, il est essentiel d’accroître la part gouvernementale de soutien à la R&D par rapport à celle que fournissent les entreprises privées. Des progrès viennent d’être réalisés avec l’ouverture d’une division de médecine biomédicale et appliquée au sein de l’ISF.

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[1] Le terme R&D englobe la R&D civile uniquement, car la R&D militaire est classifiée en Israël.
[2] Le secteur des affaires effectue et finance 80% de la R&D.
[3] Les start-ups, les pépinières technologiques et les instituts de recherche commerciale, tels que définis par la Classification internationale 73 pour les normes industrielles.

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