Cinq lauréates jettent un regard neuf sur des problématiques anciennes

Lors d’une cérémonie qui se tiendra au siège de l’UNESCO à Paris le 29 mars, cinq lauréates recevront le prix l’Oréal−UNESCO Pour les femmes et la science, assorti d’une récompense de 100 000 dollars. Elles seront rejointes par les 15 boursières internationales de cette année et la boursière spéciale en sciences de la vie. A l’exception de l’une d’entre d’elles dont les travaux portent sur « la résurrection des plantes », les lauréates se sont illustrées par leurs travaux dans le domaine de la médecine. Selon Günter Blobel, président du jury et lauréat du prix Nobel de médecine (1999), « chacune est parvenue à aborder des problématiques anciennes sous un angle différent ».

 

La Pr Jill Farrant est lauréate pour l’Afrique et les États arabes. Titulaire de la chaire de recherche en physiologie moléculaire des plantes à l’Université du Cap (Afrique du Sud), elle est récompensée pour la découverte des mécanismes qui permettent aux plantes de survivre à la sécheresse. La Pr Farrant est la plus grande experte du monde en plantes de la résurrection, qui « reviennent à la vie » après avoir connu un état de dessèchement apparemment mortel, dès qu’elles reçoivent de l’eau. Son équipe a pour ambition de créer des cultures tolérantes à la sécheresse, qui serviront à nourrir les populations vivant sous des climats arides frappés de fréquentes sécheresses, notamment en Afrique. Ses recherches peuvent aussi avoir des applications thérapeutiques.

La Pr Ingrid Scheffer est lauréate pour la région Asie-Pacifique. Neuropédiatre à l’Université de Melbourne (Australie), elle est récompensée pour avoir identifié les gènes impliqués dans certaines formes d’épilepsie, maladie du cerveau caractérisée par des convulsions et autres symptômes, pouvant être particulièrement gênants dans la vie des 50 millions de personnes qui en souffrent. Elle a distingué plusieurs nouvelles formes de la maladie ; son groupe de recherche a été la première à démontrer que les gènes du canal sodique provoquaient des convulsions fébriles, par exemple, ce qui a conduit à la découverte, réalisée en Belgique, que les mutations de ces gènes étaient responsables du syndrome de Dravet, une forme sévère d’épilepsie. Ses travaux ont déjà amélioré le diagnostic et le traitement de nombreux patients et pourraient ouvrir la voie à de nouvelles thérapies.

La Pr Frances Ashcroft est lauréate pour l’Europe. Fellow de Trinity College à l’Université d’Oxford (Royaume-Uni), elle est récompensée pour sa contribution à la compréhension de la sécrétion d’insuline et du diabète chez le nouveau-né. En 1984, elle a découvert une protéine faisant le lien entre la glycémie et la sécrétion d’insuline. De sorte que les personnes porteuses d’une forme génétique rare de diabète peuvent désormais ingérer un médicament disponible sous forme de comprimé, sans avoir à pratiquer quotidiennement des injections d’insuline. Ce médicament leur permet de contrôler plus efficacement leur glycémie et de réduire ainsi le risque de complications diabétiques telles que la cécité et les insuffisances rénales. La Pr Ashcroft cherche maintenant pourquoi 25 % de ces patients développent également des problèmes neurologiques et elle continue d’explorer les défaillances de la sécrétion d’insuline dans le diabète de l’adulte (type 2), dont souffrent 336 millions de personnes dans le monde.

La Pr Susana López est lauréate pour l’Amérique latine. Attachée à l’Université nationale du Mexique, elle est récompensée pour ses recherches sur un rotavirus responsable de gastroentérites chez la quasi-totalité des enfants de moins de cinq ans dans le monde. Chaque année, 600 000 enfants de pays en développement meurent de la diarrhée qui en résulte. Le rotavirus a été découvert en 1973 mais il n’existe pas encore de médicament antiviral qui maîtrise cette infection. Pour l’instant, les antiviraux ne sont disponibles que pour enrayer la réplication du VIH, de l’herpès et des grippes A et B. Avec ses collègues, la Pr Lopez a mis au point de nouveaux tests de diagnostic, isolé plusieurs nouvelles souches de rotavirus et contribué aux recherches sur un vaccin.

La Pr Bonnie Bassler est lauréate pour l’Amérique du Nord. Chercheuse à l’Institut médical Howard Hughes et Professeur Squibb à l’Université Princeton (É.-U.), elle est récompensée pour avoir montré que les bactéries « se parlent » entre elles à l’aide de mots chimiques. Quelque 1 250 g de bactéries vivent dans l’intestin et sur la peau de chaque être humain. Bien que les bactéries se composent d’une unique cellule, la Pr Bassler est convaincue qu’elles sont inefficaces individuellement et qu’il leur faut agir comme des « armées » coordonnées pour nous garder en bonne santé (digérer la nourriture, par exemple) ou nous rendre malades. Pour agir de concert, les groupes de bactéries doivent communiquer entre elles. Ses ahurissantes découvertes pourraient un jour mener à la conception de nouveaux antibiotiques qui brouilleront les conversations bactériennes, ainsi qu’à de nombreuses autres applications, telles que les implants chirurgicaux résistants à l’infection.

En 2011, l’UNESCO célèbre l’Année internationale de la chimie, associée au centenaire de l’attribution du prix Nobel de chimie à Marie Curie. La même année, l’UNESCO et la Fondation L’Oréal créent une Bourse spéciale L’Oréal-UNESCO « Sur les pas de Marie Curie » destinée à récompenser une ancienne boursière internationale L’Oréal-UNESCO ayant fait une carrière particulièrement brillante depuis sa nomination. Voir la carte pour la liste des 16 boursières de cette année.

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