29.10.2010 - UNESCOPRESS

La pénurie d’ingénieurs est une menace pour le développement, selon le premier rapport de l’UNESCO sur le sujet

Plus que jamais, le monde a besoin de solutions innovantes en matière d’ingénierie pour affronter les grands défis, de la pauvreté au changement climatique. Or, de nombreux pays constatent une baisse du nombre de jeunes, de femmes en particulier, dans les écoles d’ingénieurs. Cette baisse des effectifs menace d’affecter les capacités futures en matière d’ingénierie, notamment dans les pays en développement où la fuite des cerveaux constitue un problème supplémentaire.

La pénurie d’ingénieurs est le thème principal du premier Rapport international sur l’ingénierie que vient de publier l’UNESCO et qui s’intitule « Engineering: Issues, challenges and opportunities for development ». Cette étude, qui s’appuie sur les contributions de plus de 120 experts du monde entier, devrait permettre de mieux comprendre un domaine extraordinairement varié et étendu qui se situe au coeur du progrès humain depuis l’invention de la roue.              

« Ces 150 dernières années en particulier, l’ingénierie et la technologie ont transformé le monde dans lequel nous vivons », analyse la Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, dans l’avant-propos du rapport. Toutefois, les avantages qui en ont été tirés sont inégalement répartis dans le monde – près de trois milliards de personnes, par exemple, ne disposent pas d’eau potable, tandis que près de deux milliards n’ont pas l’électricité.              

Alors que se rapproche la date butoir de 2015 pour la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement de l’ONU (OMD), Irina Bokova affirme qu’il est « vital que nous prenions la pleine mesure du pouvoir de l’ingénierie afin de faire la différence dans le monde en développement ».              

Le besoin croissant de compétences dans le domaine de l’ingénierie est illustré tout au long du rapport. On estime ainsi qu’environ 2,5 millions de nouveaux ingénieurs et techniciens seront nécessaires pour la seule Afrique subsaharienne si la région entend atteindre l’Objectif du Millénaire pour le développement relatif à un meilleur accès à l’eau potable et à l’assainissement. Dans le même temps, les experts prédisent que le marché mondial lié à la recherche de solutions pour faire face au changement climatique – tels que des produits à basse teneur en carbone ou les systèmes d’énergie renouvelable – atteindra rapidement 1 000 milliards de dollars et qu’il continuera de croître.  

Or, le manque d’ingénieurs est patent dans de nombreux pays. L’Allemagne enregistre ainsi une pénurie sérieuse d’ingénieurs dans la plupart des secteurs. Au Danemark, une étude montre que d’ici 2020, 14 000 ingénieurs feront défaut. Et bien qu’en chiffres absolus le nombre d’étudiants ingénieurs augmente dans le monde, leur pourcentage est en baisse par rapport aux autres disciplines. Au Japon, aux Pays-Bas, en Norvège et en République de Corée par exemple, une baisse de cinq à dix pour cent des inscriptions a été enregistrée depuis la fin des années 1990.              

« La baisse d’attractivité des études d’ingénieur chez les étudiants vient apparemment de ce qu’elle est perçue comme une matière ennuyeuse et qui demande beaucoup de travail, qui débouche sur des emplois mal payés eu égard aux responsabilités qu’ils impliquent, que l’ingénierie a un impact négatif sur l’environnement et peut-être considérée plutôt comme une partie du problème que comme la solution », explique Tony Marjoram, qui a dirigé la publication du rapport.              

En ce qui concerne l’égalité entre les sexes, les efforts visant à accroître la participation des femmes dans de nombreux pays a permis d’augmenter leur nombre qui, de 10 à 15% au départ, est passé à 20% voire plus même si on constate un recul depuis 2000. Dans certains pays, le pourcentage de femmes ingénieurs est inférieur à 10% et elles sont quasi absentes dans certains pays. Une étude récente menée pendant deux ans au Royaume-Uni montre la persistance de préjugés identifiant l’ingénierie comme une discipline strictement technique et masculine.              

Les étudiants ne sont pas les seuls à avoir des conceptions erronées : l’ingénierie est « couramment négligée par les politiques de développement et de planification », par exemple dans le cadre des Objectifs du Millénaire pour le développement, constate Tony Marjoram. Le rapport souligne aussi la nécessité d’une meilleure compréhension des questions d’ingénierie et de la manière dont elles orientent le développement. C’est particulièrement important dans le contexte de la crise financière mondiale ; le rapport souligne l’importance d’investir dans les infrastructures et l’innovation dans les périodes de ralentissement économique.              

Pour susciter plus d’intérêt et d’adhésion, l’ingénierie exige innovation et transformation. Le rapport formule un certain nombre de propositions en ce sens. De nouvelles démarches doivent par exemple être développées en matière d’éducation et de formation, dans le sens d’un apprentissage plus concret, démontrant ainsi que l’ingénierie permet, par sa nature même, de résoudre les problèmes posés. Un autre secteur de croissance important concerne l’ingénierie « verte » ou durable. « L’ingénierie doit se présenter comme un domaine pertinent capable de résoudre les problèmes contemporains, afin de devenir plus responsable socialement et de faire le lien avec  les questions éthiques liées au développement », explique encore Tony Marjoram. « Cela contribuera aussi à attirer les jeunes ».              

Le rapport souligne aussi l’urgente nécessité de disposer de meilleures statistiques et d’indicateurs pertinents. Ainsi, il n’est actuellement pas possible de comparer le nombre d’ingénieurs ou leur spécialité par tête dans le monde car les données actuelles au niveau international ne différencient pas les ingénieurs des scientifiques. Des indicateurs plus précis permettraient d’améliorer l’information disponible pour les décideurs et les planificateurs.              

Le rapport dénombre plus d’une cinquantaine de domaines, brossant le tableau de la situation dans le monde en ouvrant des perspectives régionales et par pays. Il se concentre sur les apports des ingénieurs au développement durable humain, social et économique. Il traite des problèmes qui se posent, des applications et des innovations, des infrastructures, du renforcement des capacités et de la formation, le tout illustré par des études de cas et des exemples de bonne pratique.              

Ce premier rapport de l’UNESCO sur les ingénieurs s’appuie sur des discussions informelles tenues en 2005 entre les membres de la Fédération mondiale des organisations d’ingénieurs (FMOI/WFEO), du Conseil international des académies d’ingénierie et des sciences technologiques (CAETS), de la Fédération internationale des ingénieurs conseils (FIDIC), de l’organisation Ingénieurs sans frontières, ainsi que des associations d’ingénieurs professionnelles ou non gouvernementales.  

****   Des exemplaires du rapport (en anglais) sont disponibles sur demande.

Il est également disponible en format PDF:  unesdoc.unesco.org/images/0018/001897/189753e.pdf  

Contact presse :
Cathy Nolan
Division de l’information du public
c.nolan(at)unesco.org
+ 33(0)1.45.68.16.86  

Contact éditorial :
Dr Tony Marjoram
Secteur des sciences exactes et naturelles
Division des sciences fondamentales et des sciences de l’ingénieur
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