Inspirer les jeunes : Professeur Francisca Nneka Okeke

Francisca Okeke, professeur de Physique à l’Université de Nsukka, Nigéria, vient de recevoir le prix L’Oréal - UNESCO « Pour les Femmes et la Science » pour ses contributions à l’étude des variations quotidiennes des courants ioniques dans l’ionosphère, qui peut contribuer à une meilleure compréhension du changement climatique. Elle a également été doyenne de la Faculté des sciences physiques de 2008 à 2010.

Elle nous a parlé de son expérience et de ses sources d’inspiration. Elle nous a aussi expliqué les défis culturels qu’elle a dû relever et comment elle a utilisé sa position pour encourager les jeunes femmes scientifiques au Nigéria.  

Professeur Francisca Nneka Okeke dans son laboratoire.

Quels défis avez-vous dû relever en particulier en ce qui concerne les stéréotypes sur les femmes dans votre pays, le Nigéria, lorsque vous avez commencé à vous intéresser à la science?

Autrefois, les sciences fondamentales, comme la physique, étaient considérées comme des domaines réservés aux hommes, où on s'attendait à ce que les femmes soient entendues, mais pas vues. Les gens pensaient que lorsqu’une femme se lançait dans les sciences fondamentales, comme la physique, elle perdait en conséquence les caractéristiques qui sont le plus souvent attribuées aux femmes dans nos sociétés, y compris la passivité, l'émotivité, l'intuition et la réceptivité. Par conséquence, ils se sont battus contre les femmes qui essayaient de poursuivre des études dans ces matières fondamentales.

Par contre, dans mon propre cas, la situation était un peu différente. Mon père, qui était diplômé en mathématiques, a été mon mentor, donc je n’ai pas rencontré ce problème dans ma famille parce qu’il était en faveur de tout ce qui était lié à la science. Non seulement il m’a encouragée, mais il a aussi été mon mentor. Il a semé et arrosé la graine de mon excellence académique que nous célébrons aujourd'hui. Il a beaucoup travaillé et a inspiré mon amour pour la science en général, et les mathématiques en particulier. Cet amour pour les mathématiques s’est transformé en un amour spécial pour la physique.

Professeur Francisca Nneka Okeke

Quels ont été les autres défis que vous avez dû contourner en progressant dans votre carrière et avez-vous remarqué un changement d’attitude à l’égard des femmes en physique ?

Dans notre Université, l’Université du Nigéria, je connaissais déjà toutes les étapes et enjeux avant de devenir la première femme à occuper le poste de direction de la Section de physique. Ensuite, je suis devenue la première femme à occuper le poste de Doyenne de la faculté des sciences physiques. Ce n’était pas très facile mais ils ont vu certaines vraies qualités en moi et j’ai été élue doyenne de l’Université.  

Cela veut dire qu’en tant que femmes nous devons connaître nos objectifs et être déterminées et courageuses, car c’est par le courage que nous pouvons gagner la majorité et non avec un esprit querelleur. On y arrivera par le biais de la détermination et d’un véritable engagement.

Il y a eu beaucoup de changements pendant et après l'exercice de mes fonctions de leadership, en tant que directrice de la Section de physique et doyenne de la Faculté des sciences physiques. Quand j’ai commencé, il n’y avait que deux femmes dans le Département de physique. Mais, quand j’en étais la directrice, j’ai joué un rôle clé pour que trois autres femmes soient engagées et en tant que Doyenne, ma priorité était d’embaucher des femmes qualifiées pour travailler au sein de la Faculté, en mathématiques, physique, géologie, chimie, statistique et informatique. Maintenant il y a beaucoup de femmes à la Faculté des sciences physiques.

J’encourage toujours les femmes qui occupent des postes de direction à motiver d’autres femmes plutôt que d'être trop sévères et effrayantes.

La Professeur Francisca Nneka Okeke, lauréate Afrique & États Arabes du prix L'Oréal-UNESCO pour les Femmes et la Science

Quels sont les défis principaux pour les femmes et les jeunes filles dans le domaine de la science au Nigéria, et que peut-on faire pour encourager les jeunes filles à envisager des études scientifiques?

C’est l’encouragement. Lorsque c’est possible, il faut communiquer aux parents et gardiens l’importance de la participation des femmes aux sciences.

Je vais parler du cas des villages parce que, même si il y a des personnes éclairées, la situation y est pire. Parfois, des filles très intelligentes sont contraintes à se marier très jeunes. On peut parler aux parents des avantages de la participation de leurs filles à la science et leur expliquer qu’ils ont plus à gagner si leurs filles deviennent scientifiques plutôt que si elles se marient à l’âge de 16, 17 ou 18 ans. Comme cela a déjà été fait il y a quelques années, on peut organiser des réunions collectives au cours desquelles un intervenant présente le thème « des Femmes et de la Science ». On peut montrer des exemples, tels que des vidéos mettant en scène des femmes scientifiques qui ont réussi. Cela peut faire des merveilles.

Les conseillers d'orientation peuvent aider ces jeunes femmes ;  certaines d’entre elles auraient dû opter pour ces sujets mais comme elles n’ont pas l’expérience nécessaire ou les conseils adaptés, elles disent « c’est un domaine réservé aux hommes, je ne peux pas le faire ».

Un autre moyen est de leur donner l’exemple, de servir de modèle. J’ai plusieurs étudiantes de troisième cycle. Beaucoup d’entre elles ont poursuivi des études doctorales grâce à mes conseils et encouragements. Mais, si je ne les laisse pas m’approcher, elles auront peur. Et une fois qu’elles ont peur de vous, elles ont peur du sujet. Il faut qu’on leur dise que ce n’est pas aussi difficile qu’elles se l’imaginent. Si possible, il nous faut engager des femmes pour enseigner aux femmes, parce que voir c’est croire. Ainsi elles vont voir que c’est atteignable,  que c’est un sujet qu’elles peuvent étudier, et elles n’auront plus peur du « qu’en dira-t-on ».

Finalement, en tant que femmes scientifiques, il nous faut établir de bonnes relations avec les jeunes femmes et entre nous-mêmes afin que nous puissions bien nous entendre. Les femmes scientifiques de haut niveau doivent développer une forme de leadership qui sera très appréciée. Pour moi, recevoir le prix L’Oréal - UNESCO « Pour les Femmes et la Science » est un grand défi ; il m’a encouragé dans le travail que je fais pour encourager les filles et les femmes à participer au développement de la science et de la technologie en donnant des cours en sciences fondamentales dans les écoles et les universités. Cela favorise bien évidemment le développement d'une nation.

Le prix L’Oréal - UNESCO « Pour les Femmes et la Science » connaît un immense succès et de plus en plus de femmes sont encouragées à poursuivre des études scientifiques, ce dont nous sommes très fières.

Retour en haut de la page