»  Déclaration de la Directrice générale de l’UNESCO sur la suspension de la contribution des États-Unis
02.11.2011 -

Déclaration de la Directrice générale de l’UNESCO sur la suspension de la contribution des États-Unis

Dans une période marquée par la crise économique et les transformations sociales, je crois que le travail vital de l’UNESCO en vue de promouvoir une stabilité mondiale et les valeurs démocratiques se trouve au cœur même des intérêts américains.

Les États-Unis sont un partenaire essentiel de l’UNESCO. La suspension des versements américains et des autres contributions financières –qui résulte d’une loi américaine- affaiblira l’efficacité de l’UNESCO et mettra à mal sa capacité à construire des sociétés libres et ouvertes.

Les financements américains permettent à l’UNESCO de développer et rendre viables des médias libres et concurrentiels en Iraq, en Tunisie et en Egypte. Les programmes d’alphabétisation de l’UNESCO dans les zones de conflit donnent aux populations des outils de pensée critique et la confiance dont elles ont besoin pour lutter contre l’extrémisme violent. Pour maintenir l’esprit démocratique du Printemps arabe, l’UNESCO forme des journalistes à couvrir les élections avec objectivité.

Partout dans le monde, nous défendons chaque journaliste qui est attaqué ou tué parce que nous sommes l’agence des Nations Unies dotée d’un mandat visant à protéger la liberté d’expression. A Washington cette année, j’ai remis le Prix UNESCO de la liberté de la presse à un journaliste iranien emprisonné, Ahmad Zeidabadi.

L’UNESCO est la seule agence des Nations Unies disposant d’un mandat pour promouvoir l’éducation relative à l’Holocauste dans le monde. Grâce à des fonds versés par les États-Unis et Israël, l’UNESCO développe des programmes scolaires pour faire en sorte que l’Holocauste ne soit jamais oublié. En février dernier, j’ai conduit une visite historique au camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau avec plus de 150 responsables politiques et religieux, venus pour la plupart de pays arabes et musulmans. Je me rappelle encore les mots du Dr. Mustafa Ceric, Grand mufti de Bosnie, qui a déclaré : « Nous devons enseigner aux jeunes dans les mosquées, les églises et les synagogues ce qui s’est produit ici ».

Avec l’aide des États-Unis, nous mettons la science au service du peuple. L’UNESCO est à la tête d’un effort mondial visant à mettre en place un système d’alerte aux tsunamis. Ce système a sauvé des dizaines de milliers de vies lorsqu’un tsunami a frappé le Japon. Au Moyen-Orient, le Programme Sesame de l’UNESCO permet de mener des recherches de haut-niveau et construit des passerelles scientifiques et culturelles entre des pays voisins, notamment Israël et l’Égypte.

Le gouvernement américain reconnaît la valeur de ce travail. Pour citer le Département d’Etat : « L’engagement des États-Unis auprès de l’UNESCO sert un grand nombre de nos intérêts nationaux dans les domaines de l’éducation, de la science, de la culture et de la communication…. Nous travaillerons avec le Congrès pour faire en sorte que les intérêts et l’influence des États-Unis soient préservés ».

L’UNESCO se félicite du fait que les États-Unis restent membre de l’Organisation et espère qu’une solution concernant le financement sera bientôt trouvée. En attendant, il nous sera impossible de maintenir notre niveau d’activité actuel.

La suspension annoncée de la contribution américaine pour 2011 affectera immédiatement notre capacité à maintenir nos programmes dans des domaines critiques : atteindre l’éducation universelle, apporter un soutien aux nouvelles démocraties et lutter contre l’extrémisme. J’en appelle donc à l’administration américaine, au Congrès et au peuple américain pour trouver un moyen de poursuivre l’aide apportée à l’UNESCO en cette période troublée.

Irina Bokova

2 novembre 2011




<- retour vers Toutes les actualités
Retour en haut de la page