04.05.2015 - EXB

Perspectives d'avenir: Femme et Science

Perspectives d’avenir: Femme et science Le jeudi 19 Mars 2015, une réunion s’est tenue sur le thème «Femmes et science", avec les membres du Conseil exécutif, au Siège de l'UNESCO à Paris, France. La réunion a rassemblé les cinq lauréates du Prix UNESCO-L'OREAL 2015 pour les femmes et la science. Ce fut la première fois dans l'histoire du prix, créé en 1999, que les cinq lauréates étaient réunies au sein du Conseil exécutif. La réunion a été organisée dans le cadre de la série de manifestations organisées en vertu de la décision «l'UNESCO à 70 et perspectives d'avenir" (194 EX / 31).

Introduction par le Président du Conseil exécutif, SE Ambassadeur Mohamed Amr Sameh:

L’Ambassadeur Mohamed Amr Sameh, au nom du Conseil exécutif, a exprimé sa gratitude envers la Fondation L'Oréal pour son soutien à l'égalité des sexes dans le domaine des sciences. Il a ensuite félicité les cinq lauréates du Prix UNESCO-L'OREAL 2015 pour les femmes et la science, soulignant qu’en recevant ce prix, elles accroitraient la reconnaissance des réalisations accomplies par les femmes scientifiques à travers le monde. Il a dit que leurs «expériences peuvent servir d'exemples concrets pour aider à inspirer d'autres jeunes femmes qui suivent vos traces." En attendant, il a souligné que le programme de l’UNESCO pour les Femmes et la Science «favorise l'excellence et offre la possibilité aux jeunes femmes scientifiques prometteuses d'aspirer à de plus hauts sommets dans leur recherche. » Enfin, il a mentionné le caractère historique de cette réunion. C’est la première fois en effet que les cinq lauréates ont été réunies pour s’exprimer devant l’organe de l'UNESCO en charge d’approuver et de mettre en place tous les prix UNESCO.

Intervention de M. HAN Qunli, directeur de la Division des sciences écologiques et sciences de la terre, et Représentant de la Directrice générale:

Au nom de la Directrice générale, M. Han, a exprimé sa gratitude à la Fondation L'Oréal pour son soutien continu aux programmes de l'UNESCO. Il a rappelé la coopération de longue date entre les deux organisations, qui est basée sur une vision partagée sur l’importance du rôle des femmes dans la science. Selon lui, la Fondation L'Oréal constitue "un partenaire phare de l'UNESCO", fondé sur la coopération à long terme, "inspiré par un objectif commun de promouvoir le rôle et la participation des femmes dans la science."

M. Han a indiqué que cette réunion est particulièrement importante car elle s’inscrit dans le cadre du 70ème anniversaire de l’Organisation, à un moment où la communauté internationale élabore un programme de développement durable post-2015. Il a dit que "les sciences et l'égalité des sexes doivent avoir une place centrale dans le nouvel ordre du jour." Il a renforcé cette nécessité en déclarant que: "Pour forger de nouvelles voies de développement durable et une paix durable, nous devons favoriser la pleine puissance des sciences et l'égalité des sexes, afin d'assurer le progrès pour tous, en particulier les individus les plus défavorisés et vulnérables de la société. "Il a félicité les lauréates en les qualifiant de «modèles» et a invité chacun "à appuyer, épauler et soutenir les jeunes femmes qui débutent dans leur carrière scientifique."

Le Président a ensuite présenté chacune des lauréates, et les a invitées à partager leurs expériences avec les membres présents. Présentations des cinq lauréates du Prix UNESCO-L'OREAL 2015 pour les femmes et la science

Lauréate pour l'Amérique latine

Madame le Professeur Thaisa Storchi Bergmann enseigne la physique et l'astronomie à l'Université fédérale de Rio Grande Do Sul, Porto Alegre, BRÉSIL.

Elle est reconnue pour son travail exceptionnel sur la formation les trous noirs massifs, et la manière dont ils évoluent et se façonne dans les centres des galaxies.

Elle a évoqué le souvenir à l'école secondaire de son professeur de chimie qui a inspiré son parcours scientifique quand son objectif initial était d'être un architecte. Elle a gardé ce rêve vivant en le poursuivant jusqu’à l'université.

En racontant sa propre histoire, elle a partagé avec les membres du Conseil les difficultés encourues par les femmes scientifiques, pour concilier travail et famille. Elle a souligné la nécessité de sensibiliser le public sur l’importance de l’égalité des conditions de travail. Elle a dit que recevoir ce prix contribue à «apporter une meilleure capacité pour les femmes dans la science, et a pour but d’inspirer les jeunes femmes». Au Brésil, elle a mentionné qu'il existait de bons programmes pour les femmes scientifiques au niveau de l'enseignement supérieur. Toutefois, elle a noté que des difficultés sont présentes au niveau de l'éducation de base, où de nombreux enseignants de collège et le lycée ne sont pas bien traités. Elle a qualifié ce problème d’urgent car ce sont les enseignants eux-mêmes qui forment les nouvelles générations et le niveau initial de l'éducation est le meilleur moyen de promouvoir le changement.

Lauréate pour l'Afrique et les Etats arabes

Le Professeur Rajaâ Cherkaoui El Moursli enseigne la physique des hautes énergies et la physique nucléaire à l'Université Mohammed V - Agdal de Rabat, au Maroc. Elle est reconnue pour sa contribution essentielle à la détection du boson de Higgs, la particule responsable de la création de la masse dans l'univers.

Elle a tout d’abord fait remarquer que certaines femmes scientifiques étaient obligées d’abandonner leur carrière pour leur famille. Dans son pays, de plus en plus de filles se sentent indépendantes, mais l’égalité des sexes au sein de la famille n’existe pas encore. Le programme « Femmes pour le futur » est essentiel pour résoudre ce problème, et pourrait permettre aux familles de changer leurs visions sur les filles. Elle continuera à soutenir les filles qui souhaiteraient poursuivre leurs études scientifiques, quelles que soient leurs origines et leurs religions. Enfin, elle a signalé qu’un soutien financier considérable serait également nécessaire au sein des universités. Elle a remercié ses collègues et sa famille, et a déclaré qu’elle « espère que la coopération entre les nations se poursuivra. »

Lauréate pour l'Asie-Pacifique

Madame le Professeur Xie Yi est un professeur de chimie inorganique à l'Université des Sciences et Technologies de Chine, à Hefei, en Chine. Elle est reconnue pour sa contribution significative à la création de nouveaux matériaux épais de quelques atomes ayant des applications prometteuses dans la conversion de la chaleur ou de la lumière du soleil en électricité. Elle a souligné que les femmes sont souvent confrontés à plus de difficultés que les hommes, et ont besoin de plus d'encouragements et de modèles. Le programme L'Oréal-UNESCO a contribué à promouvoir cela, justement. En Chine, le gouvernement soutien énormément les femmes scientifiques. Toutefois, les familles chinoises placent moins d’attentes sur les filles que sur les garçons, il est donc plus facile que les femmes abandonnent leurs activités même après de longues études en pensant qu'elles doivent se dédier à la famille. Cette mentalité conduit beaucoup de femmes scientifiques en Chine à renoncer à leur carrière. C’est la raison pour laquelle le pourcentage des meilleurs femmes scientifiques est inférieur au celui des meilleurs élèves de sexe féminin à l'école. Par conséquent, elle voudrait aider plus de filles à développer leur intérêt pour la science.

Lauréate pour l'Europe

Le Professeur Carol Robinson est un professeur de chimie physique et de spectrométrie de masse à l'Université d'Oxford, au Royaume-Uni. Elle est reconnue pour avoir créé une méthode révolutionnaire pour étudier le fonctionnement des protéines, en particulier des protéines membranaires, qui jouent un rôle essentiel dans de nombreux processus vitaux.

Elle a quitté l'école à seize ans et a travaillé pour des entreprises industrielles pendant plusieurs années tout en fréquentant l'école l’après-midi, à temps partiel. Elle a également dédié huit ans de sa vie à élever ses trois enfants. Malgré la difficulté de revenir à la science, après un si long arrêt, elle y est arrivée, malgré le fait qu’elle se soit retrouvée en compétition avec des personnes bien plus jeunes qu’’elle. Cela l’a amenée à lancer un programme à l’Université d’Oxford pour les femmes qui souhaitent retourner à la recherche scientifique.

Laureate for North America

Madame le Professeur Molly S. Shoichet est professeur de chimie des polymères, ingénieur en chimie et chimie appliquée et ingénieur en chimie pour les biomatériaux et le biomédical à l'Université de Toronto, en Ontario au Canada. Elle est reconnue pour son approche novatrice pour régénérer les tissus nerveux endommagés et pour le développement d'une nouvelle méthode médicamenteuse pour la moelle épinière et le cerveau.

Tout en soulignant l'importance de la science, elle a souligné que le défi aujourd’hui était d'accroître la compréhension du public sur ce que font exactement les scientifiques et sur l’impact de leurs recherches. Sa carrière a également été inspirée par son professeur de chimie à l’école secondaire ainsi que par l’appui de sa famille, qu’elle a remercié. C’est à l'Université que lui a été donnée la possibilité d’avancer dans des domaines qu’elle ne connaissait pas auparavant. Elle a exprimé la nécessité d'encourager les femmes et les hommes à prendre des risques dans la science - comme un moyen de susciter l'innovation. Elle a également décrit les progrès accomplis grâce à l’application des sciences médicales à la biologie. Elle a souligné que la seule façon de réaliser des changements était de travailler en collaboration, et que l'UNESCO était une excellente plateforme pour le partage d’idées. Enfin, elle a déclaré qu'elle a lancé une campagne de médias sociaux, visant à informer le public sur les avancés de sa recherche, et permettant de s’engager en ouvrant un forum de discussion.

Ensuite, chacune des lauréates a partagé son expérience avec les membres du Conseil exécutif de l'UNESCO. Le Président a également profité de l'occasion pour présenter les 15 jeunes scientifiques prometteuses reconnues comme " International Rising Talents ". Cette reconnaissance a pour but de les encourager à poursuivre leur recherche, qui pourrait apporter des vrais changements dans le monde. C’est une nouvelle initiative de la Fondation L'Oréal et de l'UNESCO, qui a débuté cette année. Saisissant cette occasion, un scientifique danois a déclaré que l'avenir était loin d’être prévisible : « alors au lieu d'encourager les jeunes dans le domaine de l'économie, nous devons les inciter à être plus créatifs et innovants. »

Questions et réponses avec les membres du Conseil exécutif de l'UNESCO

Après le discours des cinq lauréates, le Président a ouvert une séance de questions-réponses. Les délégations ont discuté des sujets de la manière suivante:

Des stratégies efficaces pour les écoles au niveau élémentaire pour promouvoir l'enseignement des sciences dans les pays en voie de développement, surtout en Afrique.

Les représentants de la Gambie, du Togo et de la Turquie ont demandé à Mme Moursli et Mme Thaisa quelle pourrait être une stratégie efficace pour que les élèves des écoles de niveau élémentaire s’intéressent à la science et y poursuivent leur carrière. Le représentant de la Gambie a démontré que dans le monde en développement, tandis que les filles sont encouragées à étudier les sciences, le niveau de l’engagement reste faible, car l'accent est mis sur le business. Le représentant de l'Ouganda a suggéré que l'UNESCO et L'Oréal portent une plus grande attention à l'Afrique, en vue de renforcer les capacités de l'enseignement des sciences. En outre, le représentant a demandé au professeur Xie de s’inspirer des progrès réalisés en Chine pour l’Afrique. Le Professeur Bergmann a suggéré que la meilleure façon dont l'UNESCO pourrait collaborer serait en assurant plus de soutien aux enseignantes femmes, par exemple par un système de bourses. Le Professeur Moursli a mentionné qu'au Maroc, des clubs scientifiques ont été établis dans certaines écoles pour aider les filles à s’intéresser davantage à la science dès leur plus jeune âge.

Diversité et caractéristiques communes des lauréats : Le représentant de la France a souligné que, bien que les cinq lauréates aient leurs propres spécialités, elles partageaient toutes une caractéristique commune, au-delà de leurs différences. Ce point commun est une aspiration à devenir une jeune femme scientifique. Il a insisté sur l’importance de sensibiliser le public sur leurs accomplissements, afin de banaliser l’idée que des femmes puissent remporter des prix dans la science. Il a demandé à chacune d’elles les conseils qu'elles pourraient donner aux futures femmes scientifiques. Le Professeur Shoichet a souligné que l’avancement de la science était basé sur l’échange d’idées, et que l'UNESCO pourrait aider dans ce sens. « Il est important d'encourager les chercheurs des pays en voie de développement, et de ramener les connaissances dans le pays d'origine des scientifiques » a-t-elle déclaré.

Comment les femmes scientifiques peuvent maintenir l'équilibre entre travail et famille; les moyens utilisés par la Chine pour encourager les femmes scientifiques

Le représentant de la Chine a demandé au professeur Xie comment trouver le juste équilibre entre travail et famille, et quels conseils pouvait-elle donner aux élèves. Le représentant du Togo a demandé de plus amples informations sur la façon dont la Chine soutient les femmes scientifiques. Professeur Xie a dit qu'elle pensait que la conciliation travail-famille n’était pas une question cruciale pour elle, du fait qu’elle recevait beaucoup de soutien de sa famille. En termes de motivation des élèves, elle a répondu que la communication avec eux était capitale, et qu’elle appréciait pouvoir répondre a leurs questions sur leurs études et sur leur vie personnelle, afin de les encourager à rester motivés. Elle a dit que les organisations en Chine, comme la Fondation nationale scientifique, ont beaucoup œuvré pour appuyer les femmes scientifiques. Le gouvernement offre ainsi aujourd’hui d’avantage de soutien aux femmes scientifiques.

Impact du prix pour la future carrière de gagnantes

La représentante du Maroc a félicité le professeur Moursli pour sa carrière et a demandé aux lauréates comment le fait d’avoir remporté ce prix pourrait avoir un impact sur leurs futures carrières. Le Professeur Bergmann a déclaré que remporter ce prix lui apportait une grande influence au sein du public brésilien. Depuis sa victoire, elle a été invitée à plusieurs entrevues et présentations. Ce prix est synonyme de reconnaissance et de compréhension auprès du grand public. Enfin, elle a suggéré que les gouvernements et les organisations devraient continuer à plaider en faveur d'un soutien aux femmes scientifiques qui ont des enfants, ainsi qu’en faveur de l’éducation des enfants dans les sciences dès leur plus jeune âge. En outre, Madame Shoichet mentionné que la réalisation du professeur Robinson encouragera les femmes à garder une passion pour la science. Elle a ajouté que ce prix les aidera également à équilibrer vie personnelle et travail professionnel.

Façons d’affronter les obstacles dans leur recherche

La représentante des États-Unis a demandé comment les lauréates arrivaient à surmonter les défis auxquels elles étaient confrontées dans la poursuite de leurs recherches. Le Professeur Shoichet a dit qu'il n'y existait pas de miracles : il s’agit de travailler, d’accroitre la sensibilisation du public et d’encourager plus de jeunes femmes à poursuivre leurs études malgré les difficultés qu'elles peuvent rencontrer.




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