07.04.2010 -

Début de réouverture des établissements scolaires à Port-au-Prince

Les écoles de Port-au-Prince ont commencé à rouvrir leurs portes cette semaine après pratiquement trois mois d’interruption des cours à la suite du séisme du 12 janvier dernier. Cette rentrée ne concerne cependant qu’un petit nombre d’établissements, la plupart de ceux qui se sont effondrés nécessitant encore d’importants travaux de déblaiement et l’installation de tentes avant de pouvoir accueillir leurs élèves.

C’est le cas de l’école mixte Thérèse-Rouchon, dans le quartier de Turgeau, complètement détruite. Au milieu des décombres, on distingue des bancs en bois, des copies d’examen et un tableau noir sur lequel est encore inscrite la dernière leçon de rhétorique donnée quelques heures avant le drame. « Nous comptons reprendre les activités de l’école au cours du mois d’avril parce que le déblaiement va commencer dans deux jours », explique la directrice Astrid Rouchon. « Il va être effectué par le ministère de l’Education nationale qui va aussi nous fournir du matériel et installer des tentes. » Elle s’attend à ce que la reprise des cours se fasse d’ici la mi-avril.

L’institution Sainte-Marie-des-Anges, située dans le quartier chic de Paco, a subi un sort similaire. Le bâtiment des garçons s’est complément effondré ; quant à la vieille bâtisse de briques qui abritait l’école de filles, elle est inutilisable pour causes de fissures et de trous béants dans la façade. Afin de pouvoir accueillir ses élèves le premier jour de la rentrée, le directeur, le pasteur Franck Petit, a fait bâtir un grand hangar sous lequel ont été installées les classes, séparées entre elles par des panneaux en bois.

La rentrée ne s’est pas faite sans difficultés, reconnaît pourtant le directeur : «Les enfants ont eu des réactions différentes, certains étaient en pleurs et ne voulaient pas entrer car ils avaient peur de mourir sous le béton. Il a fallu leur expliquer patiemment que nous avions des classes en bois. Pendant que nous faisions la montée du drapeau ce matin, plusieurs pleuraient, peut-être la mort d’un parent, d’une mère, d’une sœur, nous ne savons pas. C’est très dur, à la fois pour les élèves et pour les professeurs. »

La majorité des élèves de Sainte-Marie-des-Anges semble pourtant heureuse de ces retrouvailles scolaires. Des activités plus ludiques comme des chants et des danses en groupe sont organisées par les enseignants assistés d’une psychologue. Les élèves sont encouragés à évoquer l’événement du 12 janvier pour pouvoir les aider à se libérer de l’angoisse et, pour certains, du traumatisme provoqué par le tremblement de terre.

Seulement 130 enfants sont présents sur les 1.400 inscrits auparavant. A la suite du tremblement de terre, de nombreux parents se sont réfugiés en province tandis que d’autres, par prudence, préfèrent attendre avant de renvoyer leurs enfants à l’école. Trois enseignants et une trentaine d’élèves ont été tués par le séisme, qui a eu lieu en fin d'après-midi, alors que les élèves et les enseignants étaient rentrés chez eux.

Le ministère de l’Education nationale et de la Formation professionnelle a organisé, avec le soutien de l’UNESCO, un séminaire destiné à aménager les cours de l’enseignement primaire et secondaire. Il s'agit d'adapter le programme à une année scolaire écourtée en reportant certains enseignements à l'an prochain. Ce réaménagement du calendrier et des programmes concerne environ 600.000 élèves de l’enseignement public et privé. « Le but de ce séminaire était de procéder à un aménagement des programmes afin de mettre d’avantage l’accent sur des objectifs essentiels », explique Jackson Pleteau, directeur de l’enseignement secondaire au ministère. « Pour cela, nous avons défini un socle de connaissances que les enfants doivent maîtriser pour passer d’une classe à l’autre. »

Le plan du ministère préconise un certain nombre d’étapes pour la reprise des cours. Les élèves commenceront par des activités « psychosociales » (chant, danse notamment), puis ils recevront un enseignement sur le phénomène des séismes, enfin les semaines suivantes seront consacrées à l’apprentissage classique. Le ministère prévoit un programme condensé en 18 semaines afin de valider l’année scolaire qui s’achèvera en août. Ce programme adapté sera mis en ligne par l’UNESCO afin qu’il soit  disponible pour tous les enseignants en Haïti.

Dans l’ensemble du pays, le séisme a tué environ 38.000 écoliers et étudiants ainsi que 1.300 enseignants et personnels de l’éducation. Le ministère de l’Education nationale a été détruit, ainsi que 4.000 écoles, soit près de 80 % des établissements scolaires de la région de Port-au-Prince.

Le tremblement de terre a détruit un système déjà très fragile, puis qu’en Haïti le taux d’analphabétisme est estimé à 54% et que 40% de la population de moins de 14 ans n’était pas scolarisée avant le 12 janvier. Au début avril, le ministère n’était pas en mesure d’indiquer combien d’écoles devaient effectivement rouvrir.




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