Stratégie de l’UNESCO pour les sciences sociales et humaines en 2010-2011
Afin de contribuer à l’élaboration de politiques publiques susceptibles de mieux répondre aux mutations de nos sociétés, le Secteur des sciences sociales et humaines de l’UNESCO agit comme un véritable Think-Tank pour les nations, s’efforçant d’associer tous les acteurs concernés par ses actions à leur conception et leur mise en œuvre.
Chargé de bâtir la paix par l’éducation, la culture et la science, l’UNESCO a toujours conjugué cette dernière au pluriel, prenant autant en compte les sciences naturelles que les sciences sociales et humaines. Comptant parmi les 5 grands programmes d’intervention de l’Organisation, le programme des sciences sociales et humaines a pour mission de « faire avancer la connaissance, les normes et la coopération intellectuelle afin de faciliter les transformations sociales porteuses des valeurs universelles de justice, de liberté et de dignité humaine ». Ce mandat lui confère un rôle de « laboratoire d’idées » et, dans un contexte de crise multidimensionnelle, l’invite plus que jamais à fonctionner comme un véritable Think-Tank pour les nations. Lors de la 35e Conférence générale de l’UNESCO, qui s’est tenue en octobre 2009, ses 193 États membres n’ont d’ailleurs pas manqué de le souligner, chargeant le Secteur des sciences sociales et humaines (SHS) de « répondre à la crise économique, financière et écologique et de travailler sur leurs implications éthiques. »
En 2010-2011, SHS continuera donc d’encourager la recherche en sciences sociales dans toutes les régions du monde et de favoriser le dialogue entre chercheurs, décideurs politiques et acteurs du développement économique, social et culturel, avec un seul et unique objectif : celui de contribuer à l’élaboration de politiques publiques susceptibles de mieux répondre aux mutations de nos sociétés et aux besoins des populations, notamment à travers son programme pour la gestion des transformations sociales (MOST).
2 priorités et 4 lignes d’action
Afin de mener à bien ces objectifs, 2 priorités ont été fixées. La première : développer et mettre en œuvre des normes dans le domaine de l’éthique et des droits humains. Il s’agira, notamment, de suivre l’application des instruments existants et d’en développer de nouveaux, tels qu’une Déclaration éthique sur le changement climatique. La seconde : renforcer l’articulation entre la recherche en sciences sociales et les politiques publiques, en développant les espaces de dialogue mis en place entre chercheurs et décideurs politiques et en en créant de nouveaux sur des thèmes prégnants, tels que l’égalité entre les hommes et les femmes, les migrations internationales, l’inclusion sociale, les questions relatives à la jeunesse et la lutte contre la pauvreté, avec une priorité accordée à l’Afrique et aux Petits États Insulaires en Développement (PEID), ainsi qu’aux populations les plus vulnérables.
Pour cela, l’action de SHS sera centrée sur 4 domaines principaux. Tout d’abord : la promotion des droits humains, en s’attachant, notamment, à favoriser le dialogue philosophique sur la démocratie et sur la paix. Deuxièmement : le soutien à la formulation de politiques concernant l’intégration régionale, les migrations, les PEID, le développement urbain ou encore la jeunesse. Troisièmement : la promotion des politiques en matière d’éducation physique et sportive, ainsi que la lutte contre le dopage, en accordant une attention particulière à la mise en œuvre de la Convention internationale contre le dopage dans le sport, adoptée en 2005. Enfin : le soutien à la formulation de politiques relatives à l’éthique des sciences et des technologies, ainsi qu’à la bioéthique, en renforçant les programmes et infrastructures spécialisées dans ces domaines et en rappelant que l’accès de tous aux bénéfices des progrès scientifiques est une affaire de respect des droits humains.
Placer les êtres humains au coeur de toutes les politiques de développement : tel est, en effet, le crédo de SHS depuis une dizaine d’années et encore plus depuis qu’il est directement chargé de coordonner l’orientation de tous les programmes de l’Organisation dans la perspective des droits humains. Avec un budget global d’un peu moins de 30 millions de dollars américains pour 2010-2011, il s’agira pour SHS de consolider tout le travail conduit depuis une dizaine d’années, en capitalisant sur l’expertise et les activités développées dans une démarche singulière consistant à penser et à agir pour et avec les premiers concernés par ses projets, tant les États membres de l’UNESCO que les organisations régionales et internationales, les chercheurs ou les représentants de la société civile, et particulièrement les organisations de jeunesse.
Sur le terrain
Dans l’élaboration et la mise en œuvre de ses activités, SHS s’appuie, en effet, sur une équipe d’une centaine de personnes réparties à travers le monde, mais aussi sur un formidable réseau de partenaires, constitué, notamment, par les Chaires UNESCO en sciences sociales, les commissions nationales pour l’UNESCO, les comités de liaison du programme MOST, ou encore les comités nationaux de bioéthique. C’est avec eux, bien sûr, qu’il s’agira de conforter les projets qui ont fait preuve d’efficacité et d’élaborer tous ceux qu’il reste encore à inventer pour répondre aux besoins spécifiques des populations. Car c’est sur le terrain, au plus près de ces dernières, en coordination avec les bureaux de l’UNESCO, que ce programme continuera d’intervenir, tirant l’expérience des multiples activités déjà initiées.
Ainsi, en Afrique – continent qui demeure plus que jamais une priorité pour l’ensemble de l’Organisation –, le Secteur des sciences sociales et humaines continuera de soutenir la stratégie de développement élaborée par et pour les Africains, incarnée par le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD), qui place les sciences et la santé aux premiers rangs de ses priorités. Dans cet esprit, SHS a organisé les 1res Journées de bioéthique pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre et mis sur pieds le 1er Centre de documentation sur la bioéthique en Afrique à l’université d’Egerton (Kenya). Le Secteur a également conduit un important projet sur les défis posés par l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest, ainsi qu’un autre projet visant à lutter contre la pauvreté en l’envisageant comme un déni des droits humains.
Dans les États arabes, SHS poursuivra ses initiatives en faveur du renforcement des droits humains et de la place de la femme dans la société, en s’appuyant notamment sur l’important réseau de recherche-action sur les droits économiques, sociaux et culturels pour les États arabes (ARADESC), créé en 2006. Dans cette région, une base de données sur les droits humains, tenant compte de la dimension des genres, et regroupant tous les acteurs impliqués d’Algérie, du Maroc, de Mauritanie et de Tunisie, a déjà été créée et sera développée. L’important travail sur les femmes, le droit de la famille et le système judiciaire conduit en Algérie, au Maroc et en Tunisie, pour dresser un état des lieux et dégager des pistes d’action, sera également poursuivi.
En Europe de l’Est et centrale, SHS soutiendra activement le comité d’experts sur la migration des travailleurs qu’il a contribué à mettre en place, ainsi que le projet de développement du réseau de recherche sur les migrations de l’Université américaine d’Asie centrale, initié en 2009. Il poursuivra également son action en faveur de la bioéthique, en appuyant notamment l’association des centres de bioéthique d’Asie centrale, ainsi que le réseau régional des comités nationaux de bioéthique et le réseau international sur l’éthique environnementale, tous trois constitués en 2008. Il continuera également à promouvoir les droits humains, notamment à travers le projet de sensibilisation contre les discriminations liées au VIH/Sida, développé depuis Moscou, avec l’ONU/Sida, ou encore en coopérant avec le réseau caucasien pour l’éducation civique des femmes et des enfants, lancé en 2006, afin de renforcer l’autonomie des femmes dans les différentes sphères de la vie sociale.
En Asie-Pacifique, où un vaste projet sur l’éthique des technologies énergétiques a été initié, en 2007, un an après la création d’une École UNESCO d’éthique, la coopération scientifique et l’élaboration de recommandations politiques sur ces questions particulièrement importantes pour la région restent parmi ses priorités. Dans le domaine des droits humains, l’exploration et l’analyse des réalités contemporaines continueront de faire l’objet d’une attention constante, à l’image de l’étude sur les femmes et le genre en Asie-Pacifique, publiée, en 2003, ou encore du projet de sensibilisation des étudiants, intitulé « Semer les graines de la paix dans le bassin du Mékong », lancé deux ans plus tard.
En Amérique latine et dans les Caraïbes, où le 1er Forum régional des ministres du Développement social a vu le jour, en 2003, dans le cadre du programme MOST, la lutte contre la pauvreté et le soutien au développement des politiques de jeunesse seront au centre de son action. Ainsi, entre autres activités, le projet sur le développement des jeunes et la prévention de la violence juvénile, initié au Honduras, au Nicaragua et au Salvador, sera développé au Guatemala et en République dominicaine dans le prolongement d’un autre projet sur le même thème conduit au Brésil. Dans ce pays, fort du succès du programme « Criança Esperança », mené avec le groupe Media « Globo », l’UNESCO s’emploiera, entre autres, à favoriser l’intégration des jeunes les plus démunis, tout en continuant de contribuer à la consolidation des politiques nationales en faveur de la jeunesse.
En Amérique latine, région qui a sans doute été l’une des plus actives pour promouvoir auprès des chercheurs, des décideurs locaux et des populations, la Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’Homme, adoptée en 2005, le programme de l’UNESCO pour les sciences sociales et humaines ne relâchera pas ses efforts pour faire valoir l’éthique scientifique, tout comme les droits humains.
Un défi majeur
À l’occasion de l’une des 4 grandes conférences internationales organisée à Carthagène (Colombie), dans le cadre de l’année de commémoration du 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, coordonnée par SHS, Pierre Sané, 7e responsable de ce programme depuis sa création, rappelait, en effet, combien aujourd’hui, partout dans le monde, « le défi majeur est la réalisation du droit proclamé dans l’article 28 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme qui stipule que toute personne a droit à ce que règne, sur le plan social et sur le plan international, un ordre tel que les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration puissent y trouver plein effet. »
C’est, au fond, à rendre possible l’exercice de ce droit que le programme des sciences sociales et humaines de l’UNESCO s’emploie.
